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2017 : Et si le vote des étrangers faisait la différence ?

, par François-Xavier Hen, Nessim Znaïen, Robin Huguenot-Noël

En France, la moitié des étrangers sont des ressortissants de l’Union européenne. Certains, bénéficiant de la libre circulation des personnes et des biens, principe fondateur de la construction de l’Union européenne, sont dans notre pays depuis des années, voire des décennies. Et pourtant, parfaitement intégrés, ils ne peuvent voter à aucune élection locale ou nationale. Cherchez l’erreur.

Auteurs

  • Président des JE-Rennes. Membre de la Commission politique des Jeunes Européens-France

  • Responsable de la Commission politique chez les JE-France

  • Président Jeunes Européens Université de Paris, Membre du Bureau national des Jeunes Européens-France en charge des relations internationales.

La suite logique de l’aventure européenne

Le traité de Rome en 1957 a marqué l’entrée de la construction européenne à travers un principe fondateur : la libre-circulation des personnes, qui devait entrainer une union de fait, dépassant les déclarations théoriques. L’ouverture des frontières a été par la suite entérinée par l’espace Schengen, institutionnalisée dans le traité d’Amsterdam en 1997.

L’Union européenne ne pouvait favoriser la circulation des personnes sans leur accorder un minimum de droits en retour et organiser l’espace politique européen. Pour rappel, en 1978, le droit de vote des citoyens aux élections européennes fut voté. En 2007, le traité de Lisbonne, par le droit d’initiative citoyenne, a permis un pas de plus vers la citoyenneté européenne.

Actuellement, les seuls scrutins où les Européens étrangers peuvent voter dans le pays d’adoption sont les élections européennes et municipales, mais la participation à ces deux scrutins est minime avec seulement 12% d’inscription dans le pays d’adoption en 2004.

Une étape n’a jamais été franchie, celle du droit de vote aux élections nationales. L’aboutissement logique du processus d’organisation de l’espace politique européen serait-il pas que tout Européen, où qu’il réside depuis quelques temps (par exemple cinq ans), puisse participer et voter à toutes les élections, de l’échelon local à l’échelon européen, en passant par les élections présidentielles et les referendums ?

Certes, dans certains pays – Belgique ou Luxembourg – cette décision pourrait être lourde de conséquences sur la gouvernance. Mais après tout, comment nier le fait qu’une telle décision ne sera que bénéfique à la démocratie ?

Harmoniser l’espace politique européen

Si l’on autorise tous les étrangers européens à voter aux élections, le sentiment d’appartenance à un même ensemble géographique ne peut être que décuplé. Ce beau symbole ne saurait toutefois pas faire l’économie, pour plus de lisibilité, d’une nouvelle réflexion sur l’harmonisation de certains éléments des élections sur le continent européen.

Il semblerait logique qu’une tentative d’harmonisation de l’âge d’éligibilité à tout les niveaux d’élections soit entamée par la Commission européenne. Ceci pourrait concerner très pragmatiquement d’abord les élections européennes : Pourquoi l’Union européenne ne serait-elle pas par exemple à l’avenir seule habilitée à statuer sur l’âge d’éligibilité aux élections européennes ?

Pourquoi enfin les partis nationaux n’entretiendraient-ils pas des relations quotidiennes avec leurs homologues des autres États membres, afin de s’ouvrir aux citoyens européens originaires d’autres États membres et de leur offrir une place sur leurs listes électorales ?

Dissocier citoyenneté et nationalité

Derrière le fait d’accorder le droit de vote des Français à tous les ressortissants de l’Union européenne présents en France depuis au moins cinq ans ne se cache pas qu’une question de logique ou de démocratie. Il s’agit avant tout d’un symbole fort, celui de dissocier ce couple qui s’est définitivement uni au XIXème siècle en Europe occidentale, la citoyenneté et la nationalité. En finir avec l’Etat-nation, passer à l’Europe fédérale, c’est le projet du droit de vote des Européens étrangers à tout les scrutins. Dans l’Europe future, la citoyenneté devra dépasser la nationalité.

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P.-S.

Les réflexions émises dans cet article ont été élaborées dans le cadre de la Commission politique, et du groupe « refonder la démocratie » dirigé par Robin Huguenot-Noël. Les conclusions de ce groupe seront discutées lors du séminaire international de Paris, les 16 et 17 avril prochains. N’hésitez pas à rejoindre les groupes de réflexion de la Commission politique en contactant Nessim ZNAIEN à l’adresse mail suivante : nessimznaien@yahoo

Photo : « woman who voted Rubberball », Mike Kemp, libre de droits

Vos commentaires

  • 9 avril 2011  23:06, par M.S.

    Quel beau sujet pour engager un débat - qui peut être très long - sur l’état de l’Union.

    A la lecture de cette tribune, je ne peux m’empêcher d’avoir deux réflexions paradoxalement aux antipodes l’une de l’autre.
    1. Tout d’abord, je pense tout comme les auteurs que la participation des « étrangers » aux scrutins électoraux (quelque soit le niveau) peut aider à l’intégration dans le pays. Au-delà de la perspective européenne, la réflexion est d’ailleurs valable pour toutes les origines : un Polonais ou un Espagnol résidant en France « subit » de la même manière la politique menée par les élus français qu’un Marocain, un Chinois ou un Australien.
    2. Maintenant, si le projet est bien beau, il est concrètement très difficile à mettre en place. Entre l’harmonisation des politiques européennes en matière de droit de vote (incroyablement difficile vu la forte dimension politico-électorale de la question), la question du vote pour les élections dans le pays d’origine (si je suis français et que je vis depuis 10 en Allemagne, j’aimerai quand même me faire entendre pour savoir qui représentera « mon » pays. Et donc la possibilité de voter 2 fois dans deux pays différents pour des représentants nationaux ?), la vocation « fédérale » de l’UE pas cette vocation à devenir une vraie Europe fédérale, sur le modèle américain ou encore, pour aller encore plus loin, la question de la carte électorale européenne…

    Je pense que si nous arrivons à la situation voulue du droit de vote accordé à tous les étrangers pour toutes les élections, cela ne se fera qu’au niveau national et non européen. Sauf si l’UE devient un sorte d’ « États-Unis d’Europe », organisés de la même manière électoralement - une chose inacceptable et irréalisable pour à peu près tout le monde pour le moment…

  • 10 avril 2011  21:48, par bernochelle

    Une très bonne idée, dépasser la nationalité, dépasser la citoyenneté, dépasser la Cité…
    Vous devriez proposer aux citoyens des nations membres de l’UE de se décider par référendum… ou bien peut être faudrait il également dépasser la démocratie ?

  • 17 avril 2011  00:52, par T-A-M de Glédel

    @ Bernochelle :

    Excellent.

    Les auteurs de l’article avaient sans doute fumé la marie-jeanne avant de l’écrire.

    Sérieusement, c’est bien parce que l’Union n’est pas fédérale mais une organisation supranationale à fonctionnement intergouvernementale que les Européens résidant en France n’ont pas le droit de vote aux élections nationales. Ils ne sont pas citoyens nationaux. Or, ces élections concernent uniquement les intérêts des nationaux.

    Le jour où il n’y aura plus d’intérêts nationaux (jamais sans doute), le verrou sautera automatiquement. Mais, ça n’ira jamais dans l’autre sens.

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