Telex.hu, nouvel espoir du journalisme indépendant hongrois ?

, par Théo Boucart

Telex.hu, nouvel espoir du journalisme indépendant hongrois ?
Veronika Munk, ancienne rédactrice-en-chef adjointe d’Index et désormais à l’initiative de la création de Telex. Photo : capture d’écran Youtube.

Les journalistes qui ont démissionné d’Index.hu à la suite du limogeage du rédacteur-en-chef Szabolcs Dull ont fondé début septembre un nouveau média : Telex.hu. Un nouvel espoir dans le combat du journalisme indépendant hongrois face au rouleau-compresseur liberticide du gouvernement de Viktor Orbán ?

L’esprit d’Index.hu va-t-il renaître de ses cendres ? C’est en tout cas l’espoir des dizaines de journalistes qui ont quitté fin juillet le principal média de Hongrie, après le limogeage du rédacteur-en-chef, Szabolcs Dull. Début septembre, ils ont fondé Telex.hu, un nouveau site d’information qui doit combler le vide créé par la « mise sous tutelle » d’Index.hu par des oligarques proches du gouvernement de Viktor Orbán.

Dans leur communiqué de presse inaugural du 4 septembre, les journalistes fondateurs de Telex.hu expliquent le principe de leur démarche tout en dépeignant une situation très compliquée pour la liberté de la presse en Hongrie en 2020 : « afin de remplir le vide grandissant dans le paysage médiatique hongrois et permettre au lectorat hongrois de bénéficier de nouveau d’une information libre […] car ils bénéficient de moins en moins de sources d’informations indépendantes […] Nous avons donc décidé de créer un nouveau site, entièrement indépendant où nous pouvons traiter une information factuelle et où les lecteurs peuvent se faire leur propre opinion. Nous sommes les premiers en Hongrie à essayer de construire un tel site à partir de rien ».

Car la nouvelle direction éditoriale de Telex.hu part effectivement de rien, ou presque. En juillet dernier, une vidéo a été postée sur Youtube où les journalistes démissionnaires d’Index.hu étaient filmés en train de préparer leurs cartons avant d’assister à une prise de parole de Veronika Munk, rédactrice-en-chef adjointe du média, ancienne collaboratrice de Szabolcs Dull et désormais à l’initiative de la création de Telex.hu. Sur les réseaux sociaux, une forme de résistance s’était pourtant organisée, avec la création d’une page Facebook (désormais fermée) « Pour un nouvel Index » (« Legyen másik Index »). Les protestations avaient également eu lieu dans la rue, mais sans pouvoir faire bouger les lignes.

Pour pallier les incertitudes financières inhérentes au début de chaque projet d’une telle envergure, une grande campagne de collecte de dons a été lancée le 4 septembre. Une semaine plus tard, Telex.hu a affirmé avoir reçu de l’argent de près de 29000 donateurs.

Nouvel espoir dans une sphère médiatique hongroise moribonde

La création de ce nouveau média sur les « cendres » d’un Index.hu libre est peut-être l’arbre qui cache la forêt. Depuis le retour au pouvoir du Fidesz en 2010, la pression gouvernementale ne fait que s’accroître sur la sphère médiatique. Une loi sur les médias jugée liberticide a été votée en 2011 alors que le pays assurait la présidence tournante de l’Union européenne. En 2014, l’un des sites d’opposition libérale les plus importants, Origo.hu, est devenu proche du Fidesz après le remplacement de son rédacteur-en-chef. Deux ans plus tard, c’est le quotidien historique de gauche Nepszabádsag qui a vu sa publication être suspendue. Interviewé par notre édition anglophone The New Federalist, András Dési avait alors qualifié cette décision « d’assassinat ». En 2019, la fondation KESMA a été mise en place par le gouvernement pour renforcer son contrôle sur les médias.

La mise au pas d’Index.hu n’est donc que le dernier développement d’une politique liberticide à l’égard de la presse. Dans son rapport annuel, Reporters sans frontières pointe en 2020 qu’au pays des Magyars « l’accès à l’information est de plus en plus difficile pour les journalistes indépendants. Ils ont interdiction de s’adresser aux députés au Parlement et de participer à certains évènements. Les membres du gouvernement refusent les demandes d’interviews émises par des médias critiques ».

D’aucuns estiment pourtant qu’il ne faudrait pas exagérer la situation de la presse en Hongrie et ne pas la comparer, par exemple, avec la situation turque qui subit un véritable tournant autoritaire. Lorsque Le Taurillon a interviewé Veronika Munk en juillet dernier, celle-ci nous a confié avoir « toujours espoir dans le journalisme indépendant hongrois » : « Malgré une situation de moins en moins favorable au journalisme indépendant, il y a toujours beaucoup de médias libres en Hongrie, et qui se sont développés récemment de surcroît ».

Il reste donc à savoir si Telex.hu pourra atteindre l’importance qu’avait Index.hu et s’il va pouvoir survivre aux pressions gouvernementales. Le Taurillon soutient toutes les initiatives favorisant la liberté de la presse en Europe. C’est pourquoi nous vous invitons à contribuer au développement de ce nouveau média en faisant un don ici. En tant que média libre et indépendant, nous avons le devoir de soutenir nos collègues du monde entier afin que le journalisme puisse remplir son rôle de contre-pouvoir essentiel dans toute démocratie.

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