Le mot interdit s’invite dans l’hémicycle
« Génocide, génocide, génocide » c’est par cette anaphore puissante que Manon Aubry, co-présidente du groupe de la Gauche (GUE/NGL), a lancé le débat. Ce terme a ensuite été largement utilisé, quelles que soient les appartenances politiques.
Les députés présents des groupes Renew, les Verts, les Socialistes et Démocrates (S&D) et de la Gauche se sont accordés sur un constat : Israël est le bourreau des Palestiniens. Ils citent les dégâts sur le terrain, questionnent le droit à la légitime défense d’Israël, certains allant jusqu’à accuser l’Union européenne d’être complice de ce génocide. Toutefois, la compréhension de ce terme diffère selon les idéologies.
En effet, le député espagnol Juan Carlos Girauta Vidal, membre du groupe de droite nationaliste et d’extrême droite Patriotes pour l’Europe (PfE) a qualifié cette désignation de “manipulation rhétorique”, affirmant que ces accusations de génocide sont des manifestations d’antisémitisme. Finalement, des désaccords concernant la responsabilité du génocide ont éclaté. Le député danois Kristoffer Storm du groupe Conservateurs et réformistes européens (ECR) s’est distingué en désignant le Hamas comme “seul responsable du génocide à Gaza”.
La révision de l’accord d’association au centre des discussions
Derrière ces tensions terminologiques, Gaza fait face à un désastre humanitaire. Avec plus de 90 % de la population déplacée, 55 000 morts, un accès très limité à l’eau, à la nourriture et aux soins médicaux, des implications dévastatrices pèsent sur les Palestiniens tout comme sur la stabilité de la région. Les députés appellent l’Union européenne à protéger et sanctionner afin de viser une désescalade du conflit.
L’une des sanctions les plus souvent évoquées concerne l’accord d’association. Signé en 1995, cet accord constitue la base de la coopération politique et économique entre l’Union européenne et Israël. Kaja Kallas a mentionné une prochaine révision de l’accord, rendue possible par le soutien d’une majorité de ministres des Affaires étrangères des États membres. Cependant, plusieurs députés de la Gauche, des S&D, des Verts, et de Renew ont fait pression sur la Haute Représentante pour une suspension de celui-ci. La députée slovaque, Lucia Yar, du groupe Renew a notamment justifié cette sanction comme un “minimum” en indiquant qu’ “il ne s’agit pas de parti politique, d’idéologie ou de foi. Il s’agit d’une question de dignité humaine.”
L’Europe capable de sanctionner la Russie mais muette sur Israël ?
Cependant, une différence de traitement entre les sanctions visant le régime de Benjamin Netanyahou, premier ministre d’Israël et Vladimir Poutine, président de la Russie a été pointée du doigt à plusieurs reprises par des députés. Ils ont mis en lumière une incohérence entre la fermeté face à Moscou et le silence diplomatique à l’égard du gouvernement israélien. Le député danois Per Clausen du Groupe de la Gauche estime que, la Commission a su contourner les blocages en vue de réduire l’approvisionnement en gaz russe, mais ne semble pas prête à mettre en place les mêmes sanctions envers Israël. Ces députés demandent une position plus ferme, rappelant que l’Union est le principal partenaire commercial d’Israël, représentant 32 % des importations israéliennes en 2022..
Mention tragique à l’anniversaire de la Haute Représentante
Enfin, le député chypriote Georgiou du Groupe de la Gauche a surpris l’hémicycle avec une phrase choc et inattendue souhaitant une “longue vie” à Madame Kallas, à l’occasion de son anniversaire. Bien que semblant protocolaire, son introduction a pris une tournure poignante lorsqu’il a enchaîné avec une question “Mais vous savez quoi ? Là-bas, à Gaza, ils n’ont pas le luxe de penser à leur anniversaire. Là-bas, à Gaza, la seule chose à laquelle ils pensent, c’est au moment où la mort viendra les chercher”. Soulignant la gravité de la situation, sa collègue espagnole Galán a déclaré que “le meilleur cadeau que vous puissiez faire à votre conscience est d’agir.”
Finalement, Kaja Kallas, clôturant le débat a tenu à rappeler aux parlementaires sa complexe tâche de représenter les 27 pays membres de l’Union, soulignant le besoin d’unanimité au Conseil pour pouvoir imposer une sanction. Après avoir évoqué sa frustration face à la situation, elle explique qu’elle “continue à faire pression sur son homologue israélien”. Pour finir, elle a recommandé aux députés d’exercer eux aussi une pression sur leurs gouvernements afin de faire évoluer la situation.
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