Réfugiés et migrants : les oubliés du Covid-19 ?

, par Claire Ricolleau-Condette

Réfugiés et migrants : les oubliés du Covid-19 ?
La « jungle » de Calais, ici en 2015, était l’une des illustrations fortes de la condition des migrants. Image : VOA- Nicolas Pinault / Pixabay

A l’heure du déconfinement, les gouvernements mondiaux mettent l’accent sur les mesures sanitaires pour mettre fin à la propagation du virus. Les questions comme l’hygiène dans les camps de réfugiés étaient déjà des défis avant mars 2020. Ces camps supposément temporaires restent pour certains en place des années. Alors comment la sécurité de ces personnes est mise en place dans un monde en pleine crise sanitaire mondiale ?

Depuis le début de l’année 2020, cela n’a échappé à personne, le monde est plongé dans une crise sanitaire exceptionnelle qui pousse chaque Etat à se refermer sur lui-même. Afin de stopper la propagation du virus les gouvernements ont mis en place des mesures sanitaires comme le confinement ou le port du masque plus récemment.

Des mesures sanitaires inapplicables

L’application de ces mesures dans les camps de réfugiés est un réel enjeu. L’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) a dispensé de nombreux conseils sur la façon de les mettre en place, notamment la distanciation sociale. Ces suggestions, en partie reprises par les Etats, sont plus ou moins aisées à mettre en place selon les conditions du terrain. Les réfugiés et migrants vivant dans les camps ne sont pas équipés ou ne peuvent pas mettre en pratique ces recommandations. L’accès à l’eau est difficile dans ces logements de fortune, dans certains cas le point d’eau n’est pas à côté du camp mais à plusieurs kilomètres, de même pour le savon qui est une denrée rare. Quant à la distanciation sociale elle est inexistante dans certains camps comme en Grèce ou à Calais, où des centaines, voire milliers de personnes vivent entassées les uns sur les autres. L’organisation Médecin sans Frontières (MSF) a récemment tiré la sonnette d’alarme en Grèce où il est urgent de trouver une solution pour mettre fin à cette situation intenable.

Une situation déjà soulignée en 2016

Cependant, dès 2016 l’ESCMID (Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses) a rendu un rapport lors de sa conférence annuelle concernant la résurgence de maladie comme la tuberculose ou la rougeole dans les camps de réfugiés et migrants. Ces maladies qui peuvent s’avérer bénignes si l’on dispose d’un accès aux soins, causent de nombreux dégâts au sein de ces camps. Chaque Etat applique une politique intérieure concernant l’accueil et la prise en charge des réfugiés, ainsi peu d’entre eux ont connaissance de leurs droits en matière de santé (quand ceux-ci ne sont pas inexistants) et l’accès à ces droits relèvent du parcours du combattant. L’une des conséquences que pointe le rapport est une population non vaccinée, affaiblie par le manque criant de moyens et ainsi plus vulnérable aux maladies et autres virus. En 2016, l’ESCMID avait réclamé à l’Union Européenne des fonds afin d’avoir une approche commune concernant les dépistages et vaccins et éviter la propagation de diverses maladies.

Un « double enfermement »

Parallèlement, face à la rapide évolution du virus, la France s’est retrouvée confinée dès le 17 mars. Les demandes d’asile ont été suspendues face à la fermeture des bureaux et les demandeurs sont bloqués dans les camps. Du point de vue démocratique, le virus est également une catastrophe pour les migrants et les réfugiés qui voient des gouvernements comme la Hongrie renforcer des politiques anti-migrants. Pour les camps de réfugiés, le confinement a été une épreuve de plus à traverser. Dans ceux-ci, différentes options sont appliquées concernant l’entrée dans le camps, une fermeture totale peut être un moyen de les préserver de la contamination mais les exclut de la société. Certains camps qui avaient une politique de semi-ouverture pour l’école par exemple se sont retrouvés totalement fermés laissant les réfugiés dans une situation de « double-enfermement » comme le dit Rima Hassan, fondatrice de l’Observatoire des camps de réfugiés.

La mobilisation des ONG

L’observatoire des camps de réfugiés qui vient tout juste de fêter sa première année d’activité met l’accent sur le manque de visibilité des camps mais également le manque de transparence des informations dont font preuve les institutions officielles sur la vie et l‘organisation des camps. Le bilan établi par l’Observatoire sur le territoire européen est sans appel. De nombreuses organisations se mobilisent pour faire entendre les voix des réfugiés, afin de fournir les mesures de protection nécessaires dont ils ont besoin. Face à ce bilan inquiétant dans toute l’Europe et au-delà, des organisations tel que Refugee Rights Europe ou MSF se sont regroupées afin de réclamer aux différents gouvernements d’adopter des mesures sanitaires pour les réfugiés et les migrants. Les mesures sont peu voire inexistantes, en Grèce MSF fait un bilan alarmant sur la surpopulation des camps, même constat pour Calais. L’organisation Techfugees a mis en place un site web pour recenser l’évolution des mesures sanitaires pour les personnes vivant dans ces camps.

La sécurité sanitaire des réfugiés et des migrants face au coranavirus est inexistante. Ils font parti de la catégorie de la population oubliée par les institutions et les gouvernements. Des gestes barrières impossibles à mettre en place, des moyens inexistants, le constat est alarmant. Des organisations se battent afin d’améliorer la situation de ces personnes. Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (UNHCR) a intensifié ses aides aux réfugiés en matériel d’hygiène et de soin mais aussi d’apport en eau suite à la signature d’un accord avec l’OMS. Certains Etats ont commencé à mettre en place des mesures pour permettre un accès à ces services comme en France où des réfugiés ont été relogés dans des hôtels ou habitations leur offrant un meilleur accès à l’eau.

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