Pas d’espace public européen possible sans un véritable respect du vote des citoyens !

, par Le Bureau national des Jeunes Européens - France

Pas d'espace public européen possible sans un véritable respect du vote des citoyens !

Près d’une semaine après la désignation du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker comme candidat à la Commission européenne pour le Parti Populaire Européen (PPE), qui a marqué le coup d’envoi de la campagne pour les élections européennes, l’échiquier politique européen se met progressivement en place.

La majorité des grands partis politiques semble donc disposée à jouer le jeu de respecter la lettre du traité de Lisbonne et surtout le choix des électeurs. Cependant, le chemin jusqu’à l’émergence d’un véritable espace public européen est long, tant que certains tenteront, encore et toujours de passer outre les voix du peuple.

La mise en place progressive d’un espace public européen grâce à une véritable campagne européenne

Avec la désignation de son candidat le 7 mars dernier, le PPE était le dernier parti à entrer dans la course à la présidence de la Commission européenne. Dernier parti en effet, puisque les partis socialiste, libéral, écologiste et de gauche avaient déjà choisi leurs candidats et avaient officiellement institués Martin Schulz, Guy Verhofstadt, José Bové & Ska Keller et Alexis Tsipras lors de leurs Congrès respectifs. La majorité des partis a donc accepté de jouer le jeu dont les règles ont été fixées par le traité de Lisbonne et de laisser les citoyens prendre possession de leurs institutions.

Et pourtant… les manoeuvres politiques n’ont pas cessé pour autant, et continuent de faire la pluie et le beau temps de la politique européenne. On en veut pour exemple la confusion qui règne quant à la nomination de Jean-Claude Juncker comme candidat du PPE. Mais candidat à quoi exactement ? Officiellement, à la présidence de la Commission, tout comme les candidats des autres partis. Mais d’aucuns ont l’air de penser qu’il pourrait s’agir là d’une couverture pour pouvoir accéder à la présidence du Conseil.

Un échiquier des forces en présence bien difficile à comprendre pour le citoyen européen. Mais n’est-ce pas là aussi les aléas de la politique, quel que soit l’échelon auquel elle se joue ? Les manigances, négociations de couloir et calculs ne font-ils pas partie du jeu politique ? Même les sondages, chers aux électeurs et aux médias, sont de la partie. On aime à faire des pronostics avant l’heure sur le parti gagnant, dans l’ensemble de l’Union européenne ou dans un Etat particulier pour y évaluer les tendances, comme on pourrait le faire par région pour des élections nationales.

Avec la désignation des candidats pour la présidence de la Commission européenne par les différents partis, c’est plus que le respect d’un article du traité qui est là en train de se jouer. Avec l’identification des principaux partis européens à des personnalités, c’est peu à peu à l’émergence progressive et timide d’un espace public européen à laquelle on assiste. Si c’est là un début de bonne nouvelle pour la scène européenne, c’est pourtant insuffisant pour que l’on puisse s’en trouver largement satisfait.

L’hypocrisie des eurosceptiques et des extrêmes envers leurs électeurs empêche cependant le développement d’une campagne satisfaisante à l’échelle européenne

Si la « plupart » des partis se sont montrés plus ou moins de bonne foi, il en reste néanmoins qui ont clairement décidé de faire de l’anti-jeu. C’est notamment le cas du parti conservateur européen (ECR). Bien connu pour être eurosceptique, et parti du désormais célèbre UKIP anglais, l’ECR a délibérément décidé qu’il ne présenterait pas de candidat pour la présidence de la Commission. On pourrait considérer cette prise de position comme cohérente. En effet, à quoi bon présenter un candidat à un poste auquel on n’attache aucune importance voire pire, aucun crédit ? Cependant, si on pousse la logique jusqu’au bout, elle amènerait l’ECR, ainsi que les non inscrits affiliés à des partis nationaux extrémistes et anti-européens, à ne pas présenter de candidats pour le poste de député européen non plus. Tout le monde a eu le loisir d’entendre le positionnement des conservateurs et des extrémistes sur la construction européenne et les institutions qui en sont chargées. Ce positionnement s’avère donc relever de la plus grande malhonnêteté.

De deux choses l’une : soit ils décident que ces institutions, au premier rang desquelles le Parlement européen, puisque c’est de lui dont il est d’abord question, ne sont pas dignes qu’on y siège, et dans ce cas-là, il ne faut pas y envoyer des eurodéputés ; soit ils daignent y participer et y occuper un (ou plusieurs !) fauteuil(s), et il faut alors assumer ses positions jusqu’au bout et aller jusqu’à désigner son candidat. Dans l’hypothèse inverse, qui est celle à laquelle nous assistons pour l’instant, outre leur crédibilité, dont il ne restait déjà plus grand chose, c’est la confiance des électeurs qu’ils dénigrent. Ils empêchent les citoyens qui voteront pour eux de voir leurs idées représentées de manière égale à celles défendues par les partis présentant un candidat à la Commission européenne. Et le mépris de la voix des urnes, qui constitue la seule raison d’être d’un élu, conduit un fragiliser un espace public européen pourtant si attendu.

Malgré des faiblesses encore handicapantes, un embryon d’espace public européen est aujourd’hui en construction, notamment grâce à la présentation par les grands partis d’un candidat à la présidence de la Commission européenne, faisant figure de leader, à la manière d’une tête de liste. Il est ainsi donné aux électeurs français, italiens ou croates de voter pour des eurodéputés qui soutiendront un candidat allemand, belge ou luxembourgeois à la présidence de la Commission européenne, sur la seule base de son appartenance politique. Dépasser la question de la nationalité, c’est commencer à penser réellement « européen » en donnant au vote du citoyen une autre signification ; c’est surtout lui donner plus de poids et de force, en lui faisant comprendre que l’Europe sera ce qu’il a décidé d’en faire, et en lui montrant que son vote déterminera son Europe.

Vos commentaires

  • Le 17 mars 2014 à 21:29, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Pas d’espace public européen possible sans un véritable respect du vote des citoyens !

    Des manigances et des non - dits dans l’élaboration des listes proposées aux suffrages des citoyens, dans les intentions des uns et des autres candidats ? Tout cela est vrai. Mais cela est-il foncièrement différent des mœurs politiques nationales ?

    Je ne le crois pas.

    En Belgique, personne ne sait quelle fonction l’élu choisira d’exercer, faisant ainsi place à un obscur suppléant dont personne ne voulait...sinon à l’insu de son plein gré !

    Pourquoi les mœurs particratiques seraient-elles différentes selon l’espace pris en compte ? C’est d’une nouvelle morale politique dont nous avons besoin, ici, en nos états, ici en Europe, car il n’existe aucune différence de nature entre ces lieux de citoyenneté.

    Telle serait aussi la meilleure réponse aux populistes de tout poil qui redressent le col !

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