28 septembre 2025, à Chisinau les cris de joie se font entendre, à Bruxelles et dans bon nombre de capitales européennes on pousse un soupir de soulagement. Le peuple moldave accorde une majorité parlementaire à la Présidente pro-européenne du pays Maia Sandu, confirmant ainsi une volonté désormais patente, celle de voir le pays poursuivre son cheminement européen. En effet, le parti Action et Solidarité (PAS) de la présidente Sandu a obtenu une courte majorité, lui permettant ainsi de gouverner seul jusqu’aux prochaines législatives.
Si on peut constater que le parti a effectivement perdu 8 sièges par rapport aux précédentes élections législatives de 2021, on ne peut que saluer la résilience du peuple moldave qui, malgré les crises ayant naturellement érodé le pouvoir durant le premier mandat de Maia Sandu (Covid-19 d’abord, guerre en Ukraine ensuite), et en dépit des nombreux défis économiques et sociaux auxquels la Moldavie doit faire face, à choisi de reconduire le parti de Maia Sandu, seul parti jugé capable de mener à bien les réformes nécessaires à l’intégration européenne du pays.
Arrivé au pouvoir après une démission aussi soudaine qu’inattendue
Après la victoire aux législatives, il était attendu que le premier ministre en exercice, l’indépendant Dorin Recean, très proche de Maia Sandu, demeure en fonction pour les prochains mois voire années à venir. Mais la démission surprise de Recean le 13 octobre 2025 et l’annonce, dans la foulée, de son retrait de la vie politique a surpris de nombreux observateurs moldaves et étrangers, et c’est ainsi que, le 24 octobre 2025, la présidente Sandu désigne, par décret, le très atlantiste Alexandru Munteanu pour la fonction de premier ministre. Ce dernier a constitué son cabinet et a obtenu la confiance du parlement le 31 octobre 2025, ayant pu s’appuyer sur le PAS et sa majorité de 55 députés sur 101 au parlement unicaméral de Moldavie.
Cet économiste de 61 ans établi à Kiev et ayant la triple nationalité moldave, roumaine et américaine, est un pro-occidental acharné et un francophile convaincu. Son CV est pour le moins impressionnant : études à l’université Columbia à New York, ex-employé de la Banque Mondiale, fondateur de la chambre de commerce américaine de Moldavie et de l’Alliance Française de Chisinau, il s’est même vu décerner le grade de chevalier de la légion d’honneur en 2007. Un homme au profil cosmopolite et au tropisme occidental marqué, dont la carrière n’est pas sans rappeler celle de Maia Sandu elle-même, également économiste, diplômée d’Harvard et ancienne employée de la Banque Mondiale.
Si le nom d’Alexandru Munteanu a initialement surpris, notamment en raison de la non appartenance de ce dernier au parti ayant remporté les élections, le profil du désormais nouveau premier ministre à vite su séduire le public moldave et rassurer les observateurs étrangers. Sa longue expérience professionnelle et son profil détaché du conformisme caractérisant l’appareil d’État moldave lui ont valu des critiques quasi dithyrambiques dans une partie de la presse roumanophone.
Des défis économiques et managériaux déterminants
Munteanu et son gouvernement auront la lourde tâche de réformer en profondeur les institutions moldaves, à la fois structurellement et concrètement. Le gouvernement devra notamment redoubler d’efforts pour réformer et autonomiser la justice, considérée, selon une résolution du parlement européen du 18 juin 2025, comme étant encore trop corrompue et insuffisamment impartiale en dépit des efforts de réforme des dernières années.
Sur le plan économique ensuite, le nouveau cabinet aura la tâche ardue d’absorber efficacement les aides liées au plan de croissance économique de la Commission européenne destinée à la Moldavie, d’un montant total d’environ 1,8 milliards d’euros répartis sur 3 ans, dont le but affiché est de permettre un développement économique de la Moldavie qui puisse lui permettre, à moyen terme, de s’intégrer à l’Union Européenne et au marché commun. Dans cet objectif, des financements massifs seront alloués à l’infrastructure de transport, au développement de lignes électriques destinées à lier le réseau du pays au réseau européen, et des subventions directes aux petites et moyennes entreprises du pays.
Un progrès graduel plus qu’une rupture avec le passé
L’intronisation de Munteanu à la tête du pouvoir exécutif moldave signale une ouverture des institutions vers la société civile, en effet les nominations au sein du gouvernement pour des portefeuilles importants comme les affaires étrangères, la justice ou l’économie sont caractéristiques d’une ouverture vers le secteur privé et vers l’axe euro-atlantique, à l’image d’Eugen Osmochescu, expert ayant travaillé pour l’OCDE ou la Banque Mondiale, nommé vice-premier ministre et ministre de l’économie, ou encore de Vladislav Cojuhari, haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur formé à l’académie du FBI et nouveau ministre de la justice.
Si cette professionnalisation et cette ouverture sur le monde de la sphère politique moldave ne peut être que saluée, selon plusieurs experts à l’image d’Andrei Curararu, il faut garder à l’esprit que la volonté de Munteanu n’est pas d’instaurer un gouvernement purement technocratique, qui pourrait apparaître comme trop détaché des préoccupations des Moldaves et des réalités du terrain, mais plutôt d’assurer une continuité et une consolidation progressive des institutions moldaves en se basant sur des hommes ayant baigné dans les institutions à des postes clés, à l’image de Cojuhari, évoqué auparavant, d’Emil Ceban, ministre de la santé et ancien doyen de l’université de médecine et pharmacie de Chisinau, ou encore de Mihai Popsoi, reconduit au poste de vice-premier ministre et ministre chargé des affaires étrangères. Ce pari peut s’avérer gagnant, mais il n’est pas dénué de risque. En effet, il y a un risque que l’action du prochain gouvernement soit trop timorée et ne soit pas à la hauteur des objectifs et des attentes des électeurs.
Le gouvernement devra composer avec une opposition acharnée des pro-russes, dont le poids au parlement demeure significatif, et avec le conservatisme de la haute administration moldave, qui défendra ses intérêts avec acharnement. Sur le plan extérieur, si le soutien depuis Bruxelles et d’autres capitales européennes, notamment Bucarest et Kiev, est pour l’instant incontestable, il est probable que, les manœuvres de déstabilisation menées par les services de renseignement depuis Moscou s’intensifient, en prenant notamment appui sur les régions indépendantistes de Transnistrie et Gagaouzie.
Ces nombreuses menaces pourraient potentiellement mener le pays vers un immobilisme politique délétère pour l’avenir du peuple moldave. Mais si les dernières élections nous ont démontré une chose, c’est que la volonté des Moldaves est inébranlable, et qu’à travers leur vote, ils se sont accordés, pour l’instant, une possibilité d’aspirer à une vie meilleure.
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