Les cinq visages de la nouvelle Commission à ne pas manquer

, par Julia Bernard, traduit par Meghann Verryken

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Les cinq visages de la nouvelle Commission à ne pas manquer

Des caciques européens aux néophytes de moins de 30 ans. Depuis le 16 juillet 2019, on le sait : Ursula von der Leyen est la présidente désignée de la Commission européenne. Les noms de ceux qui devraient la seconder à partir du 1er novembre viennent, quant à eux, d’être révélés. Aux côtés de huit vice-présidents et de 26 ou 27 commissaires (tout dépend du Brexit), Ursula von der Leyen veut réformer l’Europe et fixer des objectifs de développement durable.

La teneur de la sélection est révélatrice. Lors du choix des candidats, plusieurs paramètres ont été pris en compte : équilibre Est-Ouest, parité (avec 48 % de femmes, elle est presque atteinte), sans parler des intérêts nationaux. Toutefois, le profil des commissaires n’a pas été le seul élément à faire des vagues, puisque l’appellation de certains portefeuilles a, elle aussi, polarisé l’attention de toute l’Europe. Nous vous présentons brièvement les cinq personnalités à garder à l’œil pour cette nouvelle législature.

Ursula von der Leyen

Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler qui est Ursula von der Leyen. Au cours des quatorze dernières années, elle est passée par divers ministères fédéraux en Allemagne. Elle a fait ses débuts en politique à l’échelon municipal et régional avant de devenir ministre de la Famille en 2005, puis du Travail et, enfin, de la Défense. Dans le cadre de ses fonctions, elle a hérité de nombreux surnoms : de Krippen-Ursel (« Crèche Ursula »), lors de sa mesure en faveur de la construction de crèches supplémentaires, à Zensursula (« Censursula »), pendant le débat sur la censure d’Internet, qui lui a d’ailleurs valu de nombreux sobriquets.

Avec Angela Merkel, elle ne partage pas seulement un destin de femme évoluant dans un milieu d’hommes (les statistiques estiment que seuls 26,3 % des membres de la CDU sont des femmes), mais un même style politique. Beaucoup se demandent donc : encore une conservatrice au cœur libéral ? Elles ont pour sûr en commun leurs convictions politiques très audacieuses. Néanmoins, Mme von der Leyen est nettement plus combative que la très consensuelle Angela Merkel et s’est, par le passé, rarement montrée prête à reculer devant un débat risqué. La nouvelle présidente de la Commission parle allemand, mais également français et anglais couramment ; une vraie Européenne, donc. Son enfance passée à Bruxelles lui a permis d’y développer un réseau solide, aussi bien privé que politique. Son père, Ernst Albrecht, membre de la CDU et ministre-président de Basse-Saxe pendant de nombreuses années, a été un des premiers fonctionnaires européens.

Ursula von der Leyen a elle-même fréquenté l’École européenne à Bruxelles, une école allant du primaire au lycée, destinée avant tout aux enfants de fonctionnaires européens. Après une première tentative à la London School of Economics, c’est en Allemagne qu’elle achève un doctorat en médecine en 1991. Son expérience de la vie londonienne des années 1990, dynamique et agréable, l’influence encore aujourd’hui et l’a surtout convaincue de l’existence d’une culture européenne. Elle s’est rapidement hissée en politique fédérale et y a laissé sa marque, dans les cas, par exemple, de la création de places en crèche pour les enfants de plus de 12 mois ou de la mise en place d’un congé parental rémunéré d’au moins deux mois, dont jouissent aussi les pères. À l’inverse de sa mentor, Angela Merkel, elle a voté en faveur du mariage pour tous en 2017.

Lors de son mandat de ministre de la Défense, Ursula von der Leyen était l’une des personnalités les moins appréciées du gouvernement Merkel et a souvent fait les gros titres. Mais revenons à la question posée plus haut : « Est-ce une conservatrice au cœur libéral ? ». On aurait ici bel et bien affaire à une conservatrice controversée, mais européenne. En effet, par le passé, la nouvelle présidente a soutenu en tant qu’Européenne convaincue des projets tels que l’établissement d’une armée européenne, l’approfondissement des relations franco-allemandes et, en 2011 déjà, elle se prononçait en faveur d’un État fédéral européen. Des projets délaissés par les Européens convaincus d’aujourd’hui. Reste à voir si elle arrivera à mettre de telles exigences en pratique.

La vice-présidence : Frans Timmermans et Margrethe Vestager

Tout le monde sait qu’Ursula von der Leyen ne fait pas son travail seule. La Commission divise le travail en différents domaines politiques selon le principe de portefeuilles (comme de coutume au niveau national). Pour cette Commission, le nouveau « Green Deal » et la numérisation sont les sujets prioritaires. Frans Timmermans avait lui-même pour ambition de devenir président de la Commission ; il occupe désormais un des postes les plus importants et a hérité de la responsabilité de faire de l’Europe le « premier continent neutre en carbone ».

Frans Timmermans faisait déjà partie de la Commission Juncker. Il était chargé du contrôle du respect de l’État de droit dans les pays d’Europe orientale. Ses enquêtes ont à plusieurs reprises été la cible de critiques virulentes, surtout en Pologne et en Hongrie, ce qui lui a valu sa réputation d’enquêteur intransigeant. Cette dernière pourrait être l’une des raisons pour lesquelles Frans Timmermans a vu la présidence de la Commission lui filer entre les doigts. Sa notoriété établie au-delà des cercles politiques lui a permis d’être choisi comme Spitzenkandidat (tête de liste) des sociaux-démocrates lors des élections européennes. Mais c’est surtout grâce à sa détermination à appliquer le principe des Spitzenkandidat qu’il s’est fait connaître.

Comme Ursula von der Leyen, M. Timmermans n’a pas une place précise sur l’échiquier politique. En effet, il est l’homme du compromis, se situe à gauche sur le spectre politique, mais reste tout de même très modéré, dit-on au Parlement européen.

Venons-en maintenant à la troisième personnalité centrale de la nouvelle Commission : Margrethe Vestager. Elle obtient une des trois vice-présidences de la Commission et souhaite, dans le cadre de ses fonctions, « adapter l’Europe à l’ère du numérique ». Ainsi, son portefeuille coïncide fortement avec ses anciennes fonctions de commissaire à la concurrence. La Danoise sera également chargée du développement d’une stratégie industrielle à long terme en Europe. Ces attributions ne lui ont pas été confiées par hasard : Mme Vestager a déjà pris des mesures contre l’évasion fiscale et contre les cartels au sein de l’Union européenne. Elle a aussi poursuivi Apple et de grands clubs de football en justice, et s’est également prononcée en faveur d’un impôt sur le numérique (un système comparable à la taxe GAFA en France).

L’ancienne ministre des Finances danoise était sans aucun doute l’étoile montante de la Commission Juncker et l’une des seules à être un peu connues en dehors des frontières européennes. En tant que commissaire à la Concurrence, la libérale a ouvert une vraie chasse à la fraude fiscale des multinationales, mais surtout des géants du web américains. Mme Vestager était aux commandes lorsque la Commission européenne a porté plainte contre Apple. Le siège européen d’Apple se trouvant en Irlande, le géant à la pomme a été accusé de fraude fiscale évaluée à 13 milliards d’euros. À ce jour, on ne sait toujours pas si Apple devra ou non rembourser ce montant à l’Irlande. Mais peu importe l’issue de l’affaire Apple, une chose est sûre : avec Mme Vestager, c’est une commissaire haute en couleur qui a été choisie. Jusqu’à présent, elle s’est montrée intransigeante sur des questions pour lesquelles les États membres ont fait preuve de clémence, à l’image de l’Irlande en matière fiscale.

Polémique autour de Margaritis Schinas et de la « protection de nos valeurs »

Le commissaire grec Margaritis Schinas fait partie de notre liste à cause de la polémique provoquée par sa nationalité et par le titre de son portefeuille. Il hérite d’une vice-présidence substantielle au nom atypique. Afin de protéger « le mode de vie européen », il doit composer avec la culture, l’éducation, le sport, l’immigration et la sécurité. À cela s’ajoute le fait que la Grèce est championne en matière d’immigration en Europe. L’intitulé du portefeuille est donc déjà, en tous points, polémique. Toutefois, selon Ursula von der Leyen, ce titre a pour objectif d’allier deux faces d’une même pièce : le maintien des valeurs européennes d’un côté, et la transparence en matière d’immigration contrôlée de l’autre. Ce qu’en fera M. Schinas reste cependant un mystère à part entière.

Ce conservateur âgé de 57 ans est un vieux briscard de la politique européenne. Il connaît en effet tous les recoins de la Commission : il y a été fonctionnaire et plusieurs fois membre avant de devenir porte-parole de la Commission Juncker en 2014. Un rôle difficile qu’il a assumé en faisant preuve d’une grande adresse politique. L’ancien étudiant du Collège d’Europe et de la London School of Economics, connu pour ses airs autoritaires, s’est forgé une réputation solide de gestionnaire efficace. Nul ne doute que le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a soutenu M. Schinas lors de la sélection du nouveau commissaire grec.

Le jeunot de la Commission : Virginijus Sinkevicius

Jusqu’à récemment, Virginijus Sinkevicius était le plus jeune ministre de l’histoire lituanienne. Il est désormais le plus jeune membre de la Commission von der Leyen. Sous la tutelle de Frans Timmermans, le jeune homme âgé de 28 ans s’est vu confier la charge de divers domaines comme la biodiversité, l’économie circulaire, la pêche et la politique maritime internationale. M. Sinkevicius est membre de l’Union lituanienne agraire et des verts, un parti écologiste conservateur qui a déjà annoncé qu’il ne rallierait pas le Parti vert européen à Strasbourg, à cause de divergences d’opinion concernant la communauté LGBT. Le jeune Lituanien s’est, jusqu’à présent, construit une brillante carrière. En effet, avant son entrée au Parlement lituanien en 2016, où il présidait la commission économique, Virginijus Sinkevicius a étudié au Pays de Galle et aux Pays-Bas et s’est rapidement hissé dans les plus hautes sphères politiques.

En outre, sa casquette « Make America Great Again » posée sur son bureau et son choix de faire visiter Vilnius à un homme politique de haut-rang en trottinette électrique ont accru sa notoriété. Notre conclusion : il n’est pas la seule personnalité énigmatique de cette nouvelle Commission.

Cet article a été écrit par Julia Bernard, publié pour treffpunkteuropa.de et traduit de l’allemand par Meghann Verryken. Merci également à Thibault Dutoit pour son aide.

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