« Le Destin de l’Europe », un livre remarquable sur notre Union européenne

, par Charles Malot

« Le Destin de l'Europe », un livre remarquable sur notre Union européenne
Acheter un livre sur l’Union européenne, rien de plus banal pour un Européen convaincu, mais le livre d’Ivan Krastev, intitulé « Le Destin de l’Europe » (en anglais, « After Europe ») vaut le détour.

L’essai du politiste bulgare, Ivan Krastev intitulé « Le Destin de l’Europe » (en anglais, « After Europe »), traite les crises contemporaines européennes avec un regard d’Européen de l’Est. Cette réflexion est utile à tous ceux qui souhaitent une Europe plus démocratique.

Un spécialiste Est-européen des questions européennes

L’auteur, tout d’abord : politologue bulgare, né en 1965, a fondé et dirige le Center for Libéral Strategies à Sofia. Il est membre fondateur du Conseil européen des relations internationales et a été Directeur exécutif de la Commission internationale pour les Balkans. Ivan Krastev est l’auteur de plusieurs ouvrages depuis 2004, notamment sur l’Europe, et écrit régulièrement des chroniques dans le New York Times. Par conséquent, il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du monde postsoviétiques et des questions européennes.

Un essai sur l’Europe sous un prisme différent

Ensuite, son point de vue d’Européen de l’Est, marqué par sa jeunesse dans un empire soviétique privateur de liberté, donne toute l’originalité à son ouvrage. Ainsi, les exemples cités - de la chute de l’Empire austro-hongrois à la Crimée - nous éclairent avec un prisme différent des ouvrages consacrés à l’Europe rédigés par des Français, Belges ou Italiens. Ici, sa réflexion est portée sur des problématiques européennes contemporaines connues, tels la crise des réfugiés, le Brexit, la crise grecque, mais aussi sur des sujets davantage « Est-européen » comme le la fuite des cerveaux de pays de l’Est, à l’origine d’une stagnation des procédés démocratiques dans ces pays ; ou l’explication des succès électoraux des modèles démocratiques illibéraux et réactionnaires de la Hongrie et de la Pologne.

« La crise des réfugiés : le 11 septembre de l’Europe »

Un passage conséquent est consacré à la crise des réfugiés, qu’il décrit comme « le 11 septembre de l’Europe ». [1] Cela est à l’origine d’un changement total de notre modèle selon l’auteur puisque notre « modèle européen universaliste » basé au départ, sur les droits de l’Homme, devient un modèle où les frontières se ferment mettant en avant un « clash des solidarités ». Ce passage répond à la question suivante : comment se fait-il que des « citoyens d’Europe Centrale, qui furent jadis politiquement opprimés, aient à ce point tourné le dos aux valeurs fondamentales de l’Union européenne » et « montrent si peu d’empathie aux souffrances d’autrui » ? L’auteur décrit ainsi avec justesse la montée en puissance des partis réactionnaires dans certains pays d’Europe centrale et orientale.

Le spectre du populisme

L’auteur pointe avec précision « le tournant populiste » des pays européens. Malgré les différences, il indique que des similitudes peuvent être relevées d’un pays à l’autre. Il écrit que « les nouvelles majorités populistes perçoivent les élections comme une occasion non pas de choisir entre différentes options politiques, mais de se révolter contre des majorités privilégiées - dans le cas de l’Europe, de se révolter contre les élites, mais aussi contre un » autre « collectif clé : les migrants ». Ensuite, il explique que la démocratie libérale qui défend le droit de la majorité politique à gouverner et aussi le droit des minorités « n’accorde jamais à ceux qui ont gagné les élections une victoire pleine, entière et définitive ». Par conséquent, il souligne que « le paradoxe de la démocratie libérale, c’est que les citoyens sont plus libres, mais qu’ils se sentent aussi impuissants » et « que les partis populistes promettent des victoires dénuées de toute ambiguïté ». A cela, il oppose la nouvelle présidence française qui « a spectaculairement changé l’état d’esprit en Europe », mais « il n’en a encore en rien résolu les problèmes auxquels l’Union est actuellement confrontée ».

Une lecture inspirant la réflexion sur notre continent

Le livre, composé de 3 chapitres, « Nous, les Européens » ; « Eux, les gens » et « Conclusion, » Perhapsburg « , est dense. Sa lecture oblige parfois à des pauses de réflexion afin d’appréhender le mieux possible des concepts nouveaux. Par exemple, ces 154 pages permettent de » comprendre la crise que traverse l’Europe " (Timothy Snyder), mais apportent néanmoins des réponses nouvelles pour y faire face.

L’essai traitant les différentes crises contemporaines conclut par le fait que ces évènements communs à tout le continent « contribue[nt], bien plus que n’importe laquelle desdites politiques de cohésion mises en œuvre par Bruxelles, à consolider le sentiment que les Européens sont tous parties prenantes de la même communauté politique ». Qu’ainsi, « en apportant des réponses à la crise de l’euro et à la menace terroriste grandissante, l’Europe poursuit plus que jamais son processus d’intégration, du moins en matières économique et sécuritaire ».

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