Au milieu de l’agitation bruxelloise, on aperçoit une poignée de députés qui, il y a encore quelques jours, ont élaboré en secret un projet de loi visant à expulser les demandeurs d’asile. Dans un groupe WhatsApp, des députés du PPE ont échangé avec des membres de groupes d’extrême droite. Parmi eux figuraient également des représentants du parti allemand AfD. Une enquête de l’agence de presse dpa a rendu cette conversation publique. Selon le rapport de la dpa, un message indique : « Merci beaucoup pour cette excellente collaboration. »
Cette enquête a fait la une en Allemagne, et le chancelier Friedrich Merz est intervenu à la suite de sa publication. « Nous ne travaillons pas avec les extrémistes de droite au Parlement européen », déclare-t-il, en exigeant « que cela cesse et que cela ait éventuellement des conséquences. »
« C’est une tendance »
Mais cette polémique est-elle nouvelle ? – Non, car le groupe PPE avait déjà adopté, en novembre, une loi visant à assouplir la loi européenne sur les chaînes d’approvisionnement, en coopération avec les groupes de droite et d’extrême droite ECR, PfE et ESN.
« C’est une tendance que j’observe depuis le début de cette législature et qui, en novembre, s’est pour la première fois concrètement manifestée dans le processus législatif », analyse Sophia Russack dans un entretien avec l’autrice. Elle est chercheuse au think tank Centre for European Policy Studies (CEPS).
Russack n’est pas surprise que les messages du groupe WhatsApp aient été rendus publics. Elle dit l’avoir observé depuis longtemps. « Pour le PPE, il est essentiel de faire passer son agenda, au point que la majorité avec laquelle cela se fait devient secondaire », explique-t-elle. Le PPE sert ainsi de tremplin aux partis populistes de droite et d’extrême droite. « Les partis d’extrême droite ne sont puissants que dans la mesure où les démocrates-chrétiens et les conservateurs leur en donnent les moyens. »
Le cordon sanitaire existe-t-il encore ?
Russack répond clairement par la négative. Mais si l’on interroge d’autres responsables, comme Manfred Weber, président du parti et du groupe PPE, le cordon sanitaire tient toujours. Même après la révélation du groupe de discussion, il continue d’affirmer sa distance vis-à-vis de l’AfD : « Il n’y a pas de coopération avec l’AfD au Parlement européen, leurs positions ne jouent aucun rôle pour nous. »
Lors du congrès de la partie politique conservateur CDU cette année, Weber n’a toutefois pas exclu, dans son discours, de faire adopter des lois avec des majorités incluant la droite. Il a déclaré que l’AfD n’était pas un partenaire de coopération, mais que la politique envisagée serait néanmoins mise en œuvre. Russack explique qu’une coopération explicite avec la droite n’est pas nécessaire pour que le PPE impose sa ligne conservatrice. Dans certaines formulations d’amendements ou de lois, on sait que le soutien viendra de la droite radicale —comme ce fut le cas l’automne dernier avec la législation relative à la loi sur la chaîne d’approvisionnement.
En ce qui concerne la loi sur l’immigration également, il y avait déjà suffisamment de recoupements dans les positions.Interrogé par l’agence de presse allemande dpa, un porte-parole du PPE a déclaré qu’il n’avait pas été nécessaire de remanier en profondeur le projet de loi.
Les Allemands, en particulier, restent attachés au cordon sanitaire européen
Presque tous les médias allemands ont couvert les échanges secrets. Dans les médias étrangers, en revanche, la réaction est restée plus discrète, bien que l’incident se situe à l’échelle européenne.
Le contexte national joue un rôle important dans ce débat. En Italie, par exemple, la coopération entre le PPE et l’extrême droite ne suscite pas d’indignation dans les médias. Dans leur propre pays, le cordon sanitaire n’existe plus depuis longtemps, et le parti postfasciste de Giorgia Meloni gouverne avec d’autres formations conservatrices de droite. Russack explique : « Dans les médias allemands, le tollé est si important — c’est une bonne chose et c’est essentiel — car cela montre que le cordon sanitaire existe encore en Allemagne et qu’il y a une véritable indignation face à ce qui se passe au Parlement européen. »

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