Le conseil des ministres franco-allemand : thérapie de couple sur fond de crise financière

, par Niklas Kramer, Traduit de l’Allemand par Guillaume Amigues

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Le conseil des ministres franco-allemand : thérapie de couple sur fond de crise financière

Les ministres français et allemands se retrouvent une nouvelle fois jeudi prochain. Cette fois-ci, ce sont les français qui reçoivent leurs homologues à Paris pour le 12e conseil des Ministres franco-allemand. Tout en haut de l’ordre du jour, une question : comment sortir de la crise financière ?

Les deux gouvernements se rencontrent deux fois par an depuis la déclaration commune à l‘occasion du 40e anniversaire du traité de l’Elysée. Le but est de discuter des dossiers de fond et d’atteindre une meilleure coordination dans certains domaines-clés. Cette initiative témoigne de l’intensité unique des relations franco-allemandes. Ce réseau coopératif s’étend des contacts individuels aux jumelages, en passant par des échanges scolaires ou une importante coopération parlementaire.

Malheureusement, ces conseils ministériels communs ressemblent aussi fréquemment à une thérapie de couple. « Qu’est-ce qui nous unit encore ? » : la question revient sans cesse. De nouvelles élites sont au pouvoir dans les deux pays, pour lesquelles la réconciliation et la paix ne sont plus les problèmes les plus urgents. De plus, l’UE des 27 offre tout simplement davantage de constellations : l’exclusivité bilatérale ne va plus de soi, loin s’en faut.

Symbole de cette nouvelle équation : il n’y a pas eu de conseil des ministres franco-allemand à la fin de l’année passée. Il est aujourd’hui temps de se doter d’une nouvelle base d’action commune qui ne soit pas qu’un symbole, afin de pouvoir aborder les questions essentielles.

Sauver son couple en six leçons

La thérapie de couple est prise en charge par les deux responsables pour les relations franco-allemandes : le secrétaire d’Etat français Pierre Lellouche et le ministre d’Etat allemand Werner Hoyer. Six points-clés autour desquels sera organisée la coopération franco-allemande pendant les dix prochaines années doivent être présentés lors du conseil de jeudi. Au delà de la coopération en matière de politiques étrangère, climatique, énergétique, éducative, universitaire et institutionnelle ; des efforts doivent également être entrepris afin de rapprocher les populations des deux pays. Ainsi, un accord pour une loi commune en matière de divorce en cas de communauté de biens franco-allemande sera signé en grande pompe ce jeudi. Des champs politiques certes importants, mais qui sont surtout recherchés parce qu’ils font consensus des deux côtés du Rhin.

C’est donc le dernier point, beaucoup plus conflictuel, qui permettra d’évaluer l’état de la relation franco-allemande : la coopération post-crise financière en matière de financements publics, l’élaboration de stratégies de sortie de crise, et la coordination économique au sein de la zone-euro.

Beaucoup de frustrations accumulées : la sortie du piège de la dette est une question de temps.

Le passé récent a vu s’accumuler beaucoup de frustration, de jalousie, et d’erreurs de communication des deux côtés. Du côté français, on reprochait fréquemment à l’Allemagne, championne des exports, sa concurrence agressive et nocive : l’Agenda 2010 aurait causé un dumping social via de fortes baisses des salaires et une politique fiscale généreuse pour les entreprises. Le fait que ce soient les sociaux-démocrates qui aient mené cette politique a choqué de nombreux Français. En outre, on a regretté la politique de « l’Euro fort » menée par la BCE qui aurait réduit les marges de manœuvre des Etats-membres [1]

A l’inverse, les Allemands ont réagi fortement à toute discussion concernant les questions monétaires, si bien que toute proposition qui remettait ne serait-ce que marginalement en cause la politique monétaire actuelle est rapidement devenue tabou. Les propositions françaises en matière de politique industrielle sont également souvent accueillies par un mépris arrogant. Bien qu’on n’ait en fait aucune idée, ni à Berlin, ni à Paris, de ce qu’est la politique industrielle européenne, cela montre bien la nécessité qu’il y a en Allemagne d’adresser rapidement ces questions afin d’atteindre une meilleure compréhension mutuelle.

Parce qu’une chose est claire : les difficultés financières rencontrées par la Grèce, le Portugal et l’Italie ont démontré à quel point une coordination économique efficace au niveau européen était aujourd’hui nécessaire. En effet, les dommages causés par une explosion de la zone euro aux économies des Etats européens seraient bien plus importants que les avantages à court terme de la réintroduction de monnaies nationales plus faibles. La crise a démontré que le pacte de stabilité ne prévoit pas suffisamment de possibilités de sanction et qu’il est désormais important de chercher de nouveaux instruments. De plus, il faut enfin se mettre d’accord sur les règles de la régulation annoncée des marchés financiers internationaux. Certes, celles-ci ne s’appliqueront efficacement qu’en cas de consensus international, mais l’Europe pourrait jouer un rôle pionnier dans ce domaine.

L’Allemagne et la France devraient regarder dans la même direction

Il est d’autant plus important que l’Allemagne et la France parviennent à un dénominateur commun et qu’elles travaillent ensemble, qu’elles représentent malgré tout la moitié du PIB européen. Par ailleurs le passé a montré -ainsi pour le Traité de Lisbonne- que l’Europe n’avance que lorsque les Allemands et les Français travaillent ensemble.

Les différences structurelles entre les deux économies pourraient se révéler problématiques. La France a certes été moins fortement atteinte par la chute de la consommation mondiale que l’Allemagne, mais son économie, plus fortement orientée vers le marché commun, pourrait avoir davantage de difficultés à remonter la pente. Les mesures de relance ont également plongé les deux pays dans une situation budgétaire délicate. Il semble donc nécessaire de prévoir des mesures de stabilisation... Mais celles-ci risquent cependant d’étouffer dans l’œuf une reprise économique bien fragile. [2].

Afin de définir une « règle d’or » pour répondre à ces questions, le couple franco-allemand devra démontrer sa capacité à surmonter ses conflits. Le conseil des ministres de jeudi devrait livrer d’importants enseignements à ce sujet.

- Illustration : Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Londres, le 29 janvier 2008

- Source : Service Audiovisuel de la Commission européenne

Notes

[2Note du traducteur : l’auteur se réfère à l’article suivant publié en allemand.

Vos commentaires

  • Le 7 février 2010 à 06:38, par Martina Latina En réponse à : Le conseil des ministres franco-allemand : thérapie de couple sur fond de crise financière

    Merci pour cet article. Il semblerait que la seule règle du jeu européen soit de former des noyaux de partenariat, efficaces et amicaux, pour continuer de tisser l’Europe humainement, donc pour aménager l’espace commun en facilitant l’intégration administrative, concrète et quotidienne : par exemple, faire circuler par-delà les frontières nationales des trains avec de vraies correspondances, instaurer le Ministère franco-allemand des Affaires européennes dont il fut récemment question, créer un timbre unique - et bon marché - pour la correspondance nationale ET européenne, si possible à l’effigie d’EUROPE enlevée à la Phénicie, mais donnée à la future Europe avec tous ses dons pour un avenir de démocratie, de justice et de paix... ES LEBE ENDLICH EUROPA, pourrait-on dire en allemand ! Vive enfin l’Europe, et vivement !

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