Le budget annuel de l’Union européenne : Quelles priorités favoriser pour 2026 ?

Session plénière du Parlement européen

, par Paul Gelabert Y Nuez

Le budget annuel de l'Union européenne : Quelles priorités favoriser pour 2026 ?
© European Union 2025 - Source : EP

L’adoption du budget annuel est un moment essentiel de l’agenda des institutions de l’Union européenne. Il définit les priorités de l’action de l’Union. Pour adopter un budget, les trois institutions majeures entrent en jeu pour défendre tous les intérêts en présence. En effet, la Commission européenne, qui défend l’intérêt de l’Union en tant qu’entité, fait une première proposition de budget. Cette proposition est transmise au Conseil de l’Union européenne, qui intervient au nom des États membres et effectue des changements si nécessaire. Parallèlement, l’avis du Parlement européen, qui représente les citoyens, est sollicité. Celui-ci propose des amendements selon les thèmes qu’il considère comme prioritaires. C’est donc dans le cadre de la préparation du budget annuel pour 2026 qu’un débat en session plénière s’est tenu le 20 octobre 2025 au Parlement européen à Strasbourg. Chaque institution était alors représentée. Chacune avait une vision différente sur la manière dont l’Union doit utiliser ses fonds. Les débats ont alors porté sur la définition des priorités budgétaires. Comment se sont illustrés les différents intérêts en présence au sein de l’hémicycle ?

La proposition de la Commission européenne : un budget ambitieux mais encadré

La Commission européenne a présenté son projet de budget annuel pour 2026 avec un montant total de 193,26 milliards d’euros en engagements. Il a été décrit par le commissaire européen chargé du budget, Piotr Serafin, comme un instrument stratégique visant à renforcer la compétitivité de l’Union européenne, à soutenir ses priorités politiques et à répondre aux défis mondiaux actuels, notamment la crise énergétique, les tensions géopolitiques et les enjeux liés à la sécurité alimentaire. Selon lui : “le budget est un outil fondamental pour garantir la stabilité de l’Union tout en lui permettant de déployer ses ambitions politiques et stratégiques.” Il a insisté sur le fait que ce budget devait permettre à l’UE de protéger ses citoyens, de soutenir ses partenaires et de préparer l’avenir, notamment en investissant dans la recherche et l’innovation, la transition énergétique, la numérisation et les infrastructures stratégiques.

La Commission a mis l’accent sur la nécessité d’un équilibre entre ambition et prudence financière. Le budget prévoit des renforcements ciblés dans des secteurs considérés comme essentiels pour l’avenir de l’Union, comme le programme Horizon Europe pour la recherche scientifique et le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) pour les infrastructures. La Commission souhaite également garantir un soutien aux régions et États membres les plus vulnérables, ainsi qu’aux pays voisins à travers des programmes d’aide humanitaire et de coopération. La protection civile et la gestion des crises font également partie des priorités, afin de renforcer la capacité de l’Union à réagir rapidement face à des situations imprévues, qu’elles soient climatiques, sanitaires ou liées à la sécurité. Piotr Serafin a souligné que le budget 2026 doit refléter la volonté de l’UE d’agir avec cohérence.

Pour sa part, le Conseil de l’Union européenne considère la proposition de la Commission comme trop ambitieuse et manquant de “flexibilité”.

Pour le Conseil de l’UE : prudence et flexibilité au cœur des décisions

Le Conseil de l’UE, représenté par Nicolai Wammen, ministre des finances danois [le Danemark occupe la présidence tournante du Conseil de l’UE jusqu’au 31 décembre et est de fait le porte-parole du Conseil de l’UE sur cette période] prône une grande prudence pour le budget de 2026. Il rappelle que “la position du Conseil vise à protéger les priorités essentielles de l’UE en garantissant un niveau de financement approprié.”

Ainsi, par rapport au budget annuel proposé par la commission, le Conseil de l’Union européenne a souhaité effectuer des coupes drastiques sur certains sujets, principalement sur les programmes Horizon Europe, (recherche et d’innovation) et Erasmus + (mobilité universitaire). En effet, sur un budget d’une valeur totale de 193,26 milliards d’euros proposé en crédits d’engagement, il évoque un budget 186.24 milliards d’euros dans la position du Conseil.

Mais comment le Conseil de l’Union Européenne justifie-t-il cette volonté de réduire les fonds de ces programmes pourtant essentiels sur le plan social ?

Pour expliquer ces coupes drastiques, le Conseil évoque la nécessité d’une prudence sur l’allocation du budget. Le contexte de ces dernières années, entre la crise du Covid-19, la guerre en Ukraine en passant par le conflit israélo-palestinien au Moyen-Orient, a largement contribué à refroidir les États membres quant aux engagements budgétaires. Le ministre des finances du Danemark rappelle donc que l’Union doit “établir des priorités et veiller à ce que le budget 2026 permette à l’Union d’agir efficacement, sans accroître inutilement la pression sur les budgets nationaux et les contribuables”. Mais il évoque surtout la nécessité d’un budget flexible capable de répondre aux éventuels imprévus et crises qui pourraient survenir en 2026 : “le budget de l’UE doit disposer de marges et de flexibilité pour faire face aux imprévus. (...) Si presque toutes les marges et les instruments spéciaux sont consommés, comment pourrons-nous garantir la flexibilité nécessaire pour faire face à des défis imprévus  ?

Le Conseil de l’Union européenne prône donc la prudence. Il est vrai qu’avec les crises passées et actuelles, les États membres sont de plus en plus frileux quant à l’idée d’utiliser toutes les marges de manœuvre dont l’Union dispose pour son budget.

Parallèlement, le Parlement européen, malgré des visions divergentes selon les sensibilités politiques, s’accorde sur l’incompréhension au sujet de ces coupes budgétaires.

L’avis du Parlement européen : un désaccord partagé sur les coupes budgétaires, mais des priorités divergentes

Face à ces coupes budgétaires proposées par le Conseil de l’Union Européenne, le Parlement européen a réagi. En premier lieu, il est important d’établir succinctement les désaccords selon les sensibilités politiques au sein même du Parlement, puis de rappeler la position générale de celui-ci indépendamment des divergences internes.

Bien que la majorité des groupes politiques se soient accordés sur l’incompréhension des coupes budgétaires proposées, les divergences subsistent au sein de l’hémicycle quant aux priorités que devrait avoir le budget 2026.

Le groupe des Patriotes pour l’Europe (PfE), classé à l’extrême droite, s’est exprimé par la voix de l’eurodéputé français Julien Sanchez pour critiquer vivement la proposition de budget amendée par le Conseil de l’Union. En effet, il estime que “s’il y a bien un domaine où l’Union européenne est constante, je dois le reconnaître, c’est le domaine budgétaire. Comme chaque année, votre budget 2026 est à la fois une honte et un scandale.” Pour lui, les coupes proposées par le Conseil ne sont pas faites au bon endroit. Ainsi pour le groupe PfE, “au lieu de couper les très nombreuses mauvaises dépenses idéologiques comme nous le proposons, vous préférez faire le choix de sacrifier les vraies urgences, la sécurité de nos frontières, la compétitivité de nos entreprises”. Sa position est naturellement rejointe par les groupes des conservateurs et réformistes européens (CRE) et de l’Europe des nations souveraines (ESN).

Au contraire, les groupes des Verts/Alliance libre européenne et de La Gauche européenne (GUE/NGL) désignent les considérations écologistes et sociales comme une priorité absolue du budget 2026. L’eurodéputé allemand Rasmus Andresen, du groupe des Verts, s’est exprimé et soutient : “Nous nous battons pour que le programme Erasmus devienne accessible à davantage de jeunes – y compris ceux issus de familles à faibles revenus. Nous nous battons pour que davantage de fonds soient alloués au logement social, afin que les loyers puissent baisser à l’avenir.” Il estime donc que toutes ces considérations doivent être prioritaires, et se dit “déçu quelque peu de me retrouver à nouveau face à une position du Conseil qui ne mise que sur une seule chose, à savoir couper partout de manière aléatoire et ne proposer aucune priorité commune”. Dans la même orientation, le groupe de La Gauche a également mis ces sujets au centre des priorités, mais a été largement plus virulent dans sa critique. La députée espagnole Estrella Galán affirme que “peu de choses montrent mieux la mauvaise direction prise par cette Union européenne que ce budget (...) Les citoyens ont besoin d’investissements dans le logement, l’éducation, la santé, la justice sociale… mais ce budget abandonne les Européens et les Européennes.”

Malgré les visions divergentes quant aux thèmes prioritaires que doit avoir le budget annuel de 2026, les coupes budgétaires proposées par le Conseil de l’Union Européenne sont unanimement fustigées. Ainsi, le compromis au sein même du Parlement a pu être trouvé, afin de voter une résolution concernant le budget le 21 octobre. Il propose donc un budget en engagement de 193,9 milliards d’euros. en vue des négociations avec les gouvernements européens, soit une augmentation de 597,8 millions d’euros par rapport à la proposition initiale de la Commission.

Quel avenir pour le budget annuel de 2026 ?

Il appartient désormais au comité de conciliation entre le Parlement et le Conseil de se mettre d’accord sur une proposition commune. La Commission européenne joue alors un rôle de facilitateur lors des négociations. Ce comité de conciliation devrait se tenir entre le 28 octobre et le 17 novembre pour une adoption finale du budget par le Parlement, qui a le dernier mot, prévu pour fin novembre, selon la feuille de route présentée par la commission des budgets du Parlement européen. Les deux institutions se disent évidemment prêtes au compromis, pour faire avancer l’Europe vers un avenir vertueux, tant sur le plan social qu’économique et sécuritaire.

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