La liberté de la presse et le développement des pays post-totalitaires ont contribué à l’essor mondial de l’Union européenne

, par Asfandiyar, Justine Brulez

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La liberté de la presse et le développement des pays post-totalitaires ont contribué à l'essor mondial de l'Union européenne
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L’essor de l’Union européenne (UE) au niveau mondial a été attribué à un certain nombre de facteurs, notamment la liberté de la presse et le développement des pays post-totalitaires.

Les nations tout juste indépendantes issues de régimes post-totalitaires ont entamé leur transition vers la démocratie et l’économie de marché suite à la chute des régimes communistes autoritaires d’Europe de l’Est et d’Eurasie à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Afin de briser l’emprise des gouvernements sur l’information et de promouvoir la transparence, le contrôle du pouvoir et un débat public éclairé, la mise en place de médias libres et indépendants s’est avérée essentielle à ces transitions. La liberté de la presse a constitué l’une des avancées majeures de ces Etats.

Avant 1989, les gouvernements d’Europe centrale exerçaient un contrôle strict sur les médias. Journaux, périodiques et chaînes de télévision étaient tous utilisés comme outils de propagande communiste. Il en résultait une population largement mal informée et indifférente aux questions politiques et sociales.

Pour beaucoup de pays d’Europe centrale et orientale, la chute de l’Union soviétique (l’URSS) en 1991 a ouvert une nouvelle ère de liberté et de démocratie. Après des décennies de tyrannie totalitaire, ces nations étaient impatientes d’adopter les valeurs à renouer avec les valeurs de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Grâce à l’autorisation accordée aux chaînes de télévision de diffuser des informations sans censure, des journaux et périodiques indépendants ont commencé à apparaître dans le paysage médiatique . Il en a résulté un une montée de l’engagement politique

Néanmoins, développer des médias libres et indépendants s’est avéré extrêmement difficile dans les pays post-totalitaires. La distinction entre journalisme responsable et journalisme sensationnaliste était difficile à établir, faute d’expérience en matière de liberté d’expression et de critique. Les gouvernements étaient incités à limiter la diffusion d’informations accablantes révélant leur incompétence et leur corruption.

République Tchèque, Estonie et Pologne : les environnements médiatiques les plus libéraux

De plus, les entreprises de médias ont eu du mal à maintenir leur situation financière face à des marchés de l’abonnement et de la publicité encore peu développés. Selon les défenseurs de la liberté de la presse, celle-ci contribue à la croissance politique et économique des démocraties en développement. De nombreux indicateurs de développement, tels qu’une croissance du PIB plus rapide, des niveaux de corruption plus faibles et des institutions démocratiques plus solides, sont associés à la liberté des médias dans de nombreuses études. Les chercheurs divergent quant à savoir si la liberté de la presse favorise le développement ou si c’est le développement qui rend la liberté des médias possible. Il est fort probable que les deux s’influencent mutuellement de manière positive.

La plupart des pays post-totalitaires ont assoupli leur réglementation des médias au cours des dernières décennies, et les chaînes privées se sont multipliées. Cependant, le degré de liberté journalistique varie considérablement d’un pays à l’autre. La République tchèque, l’Estonie et la Pologne, entre autres nations post-communistes, ont généralement instauré les environnements médiatiques les plus libéraux. Ces pays ont également enregistré les progrès économiques et démocratiques les plus importants. La Russie, le Bélarus et l’Ukraine, qui continuent de lutter contre des tendances autoritaires, la corruption et des difficultés économiques, obtiennent de moins bons résultats en matière de liberté de la presse. La capacité de demander des comptes aux gouvernements a été l’un des avantages les plus immédiats de la liberté de la presse. Par le passé, les gouvernements exerçaient un contrôle strict sur les médias, et les journalistes subissaient fréquemment des représailles pour avoir traité de sujets sensibles. Cependant, avec l’essor de la liberté d’expression, les journalistes sont désormais en mesure d’enquêter sur la corruption, de révéler les malversations du gouvernement et de demander des comptes aux puissants.

L’évolution de ces nations a été profondément marquée par cette liberté de la presse nouvellement acquise. Par exemple, les médias ont joué un rôle crucial en révélant les fraudes et les mauvaises pratiques de gestion lors du [processus de privatisation en République tchèque- > https://www.jstor.org/stable/40687398]. Ceci a contribué à garantir un processus de privatisation équitable et transparent, ce qui a finalement dynamisé l’économie du pays.

La liberté de presse comme partie intégrante de l’État de droit

À l’approche de la frontière russe, la Pologne a également connu d’importants bouleversements. Les médias polonais ont joué un rôle déterminant dans la promotion des changements démocratiques. Par exemple, les médias indépendants ont contribué à sensibiliser le public à la nécessité d’élections libres et d’une presse libre. Cela a jeté les bases d’une transition démocratique harmonieuse après 1989. Les avantages de la liberté de la presse se sont étendus au-delà des progrès politiques et économiques. À Budapest, les médias ont également contribué à la transformation sociale. Une nouvelle législation visant à protéger les victimes a été adoptée grâce à une meilleure prise de conscience du problème des violences conjugales dans le pays. Les déclarations de Thomas Carothers, vice-président principal des programmes mondiaux de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, sont amplement étayées par ces faits. Il affirme que “les médias peuvent jouer un rôle crucial dans le développement en diffusant des connaissances, en sensibilisant le public et en responsabilisant les gouvernements”. Les médias peuvent jouer un rôle particulièrement important dans la promotion d’une société démocratique dans les pays ayant récemment connu une transition totalitaire. En Pologne, tandis que les médias officiels, notamment la TVP, sont devenus des outils de propagande gouvernementale, le secteur privé est resté majoritairement pluraliste et compte de puissants médias indépendants, tels que TVN, le quotidien Gazeta Wyborcza et le site d’information Onet.pl. Les médias privés locaux font face à une concurrence féroce de la part de ces publications régionales et des « journaux d’État » financés par des fonds publics depuis de nombreuses années. Selon le rapport 2023 de Reporters sans frontières, la Pologne a obtenu 67,66 points, contre 65 points l’année précédente, et se classe au 57e rang mondial. Par contre, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a bâti son propre empire médiatique. Bien que les médias indépendants conservent une part de marché significative, ils restent vulnérables aux pressions réglementaires, économiques et politiques. Les journalistes sont rarement victimes de violences physiques ou d’interrogatoires policiers illégaux. La Hongrie est le seul État de l’EU qui est accusé d’avoir utilisé le logiciel Pegasus pour surveiller unilatéralement les journalistes. RSF a classé la Hongrie en 2023 au 72ème rang de son “global press freedom index”. La liberté de la presse et l’essor des pays post-totalitaires sont deux facteurs qui expliquent la montée en puissance de l’Union européenne (UE) à l’échelle mondiale. L’État de droit est l’un des principes fondamentaux de l’UE. La liberté de la presse en fait partie intégrante ; elle est essentielle pour garantir la responsabilité des gouvernements et l’accès des citoyens à une information véridique. Les médias jouent un rôle crucial dans le soutien à la démocratie dans les pays post-totalitaires. L’Union européenne contribue aussi à la croissance de ses États membres. Son prestige s’est renforcé grâce à cette croissance et à la liberté de la presse. L’UE est de plus en plus considérée comme un modèle pour les nations qui émergent d’un régime autoritaire. Son attachement à la démocratie, à l’État de droit et aux droits humains en fait un partenaire de choix pour les nations du monde entier.

Les propos de Freedom House permettent de démontrer l’importance de la liberté de la presse en Europe. « Les médias sont un outil efficace pour promouvoir la démocratie et un leadership responsable au sein de l’UE. Ils peuvent contribuer à une société plus juste et plus prospère en demandant des comptes aux gouvernements et en portant les sujets importants à l’attention du public. »

Après la fin de la Guerre froide, les nations post-totalitaires se sont développées et « occidentalisées », ouvrant la voie à leur future adhésion à l’UE. Cette expansion a accéléré la montée en puissance de l’UE en tant que force politique et économique, avec des obligations et des intérêts croissants à travers le monde. En conclusion, l’expérience des nations post-totalitaires confirme qu’une presse libre est un élément essentiel du développement politique et économique. La lutte pour la liberté journalistique est un processus continu. Les démocraties émergentes et les pays en développement doivent s’inspirer des pratiques démocratiques, de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en Europe.

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