La France fracturée

, par Rémi Laurent

La France fracturée
Manifestation contre la loi travail, remise au gout du jour durant l’entre deux-tours. CC Wiki Pablo Tupin-Noriega

Au soir du 1er tour de l’élection présidentielle française, la plupart des observateurs semblaient soulagés. Emmanuel Macron arrivait en tête avec 24% des voix et si la candidate d’extrême-droite arrivait au 2nd tour, les sondages laissaient à penser que ce dernier ne serait qu’une formalité. Or, ce que dépeint ce premier tour, c’est avant tout une France divisée.

France des villes, France des champs.

La chose qui marque lorsque l’on regarde les cartes, c’est que la France est réellement divisée entre des villes dynamiques qui ont voté Emmanuel Macron et les régions en reconversion industrielle en peine qui ont voté pour Mme Le Pen. On peut tracer une ligne entre le Havre et Marseille. A l’est, les régions ayant majoritairement voté pour l’extrême-droite, à l’ouest, les régions ayant majoritairement voté pour Macron.

Cette division entre des métropoles profitant de la mondialisation et des campagnes délaissées, à la traine est la même qui explique celle que l’on a pu observer au Royaume-Uni lors du referendum sur la sortie de l’Union Européenne. Justement, l’Europe, c’est l’autre facteur de division.




L’Europe, sujet majeur

Habituellement absente des élections présidentielles, l’Europe fut l’un des sujets majeurs de cette élection présidentielle. D’abord, parce que pour une fois, un candidat, Emmanuel Macron, a clairement mis le sujet européen sur la table. Revendiquant clairement son attachement à la construction européenne, il a ainsi rallié à lui de nombreux électeurs qui ne partagent pas pour autant ses idées. Ensuite, en raison du nombre de candidats eurosceptiques ou europhobes qui étaient 9 sur les 11 candidats. Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste, a bien développé de nouvelles propositions en matière européenne, aidé en cela par Thomas Piketty, mais il a pâti du rejet de François Hollande dans l’opinion. 


Des passions exacerbées

Comme cela a été dit précédemment, beaucoup voient déjà Emmanuel Macron à l’Élysée. Il ne faut cependant pas oublier qu’il y a un second tour le 7 mai et qu’une surprise n’est pas impossible. D’abord, parce que Macron a mal commencé sa campagne de second tour. Au lieu de faire preuve de contrition face à la qualification de l’extrême-droite, il est allé célébrer sa qualification pour le 2nd tour dans une brasserie parisienne avec ses équipes. Humainement compréhensible après une campagne de premier tour difficile, la chose n’est pas bien passée dans l’opinion publique qui a estimé que le nouveau venu en politique se voyait déjà vainqueur deux semaines plus tard.

L’autre point de crispation est qu’Emmanuel Macron a axé sa campagne de 2nd tour sur son programme. Une erreur alors qu’il doit rassembler des électeurs aussi divers que ceux de Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) et de François Fillon (droite conservatrice) dans un « front républicain » pour empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Les réseaux sociaux en ont fait leurs choux gras, de nombreux électeurs n’étant pas particulièrement emballés par l’idée de voter pour un candidat très éloigné de leurs idées.



Enfin, ce qui frappe depuis dimanche dernier, c’est la violence des échanges avec les électeurs de la candidate d’extrême-droite. Galvanisés par un nouveau record de voix lors d’une élection, les sympathisants d’extrême-droite vont preuve d’une agressivité hors-norme. Ils n’ont pas manqué non plus de saluer le ralliement du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan qui disait pourtant quelques jours avant le 1er que jamais il ne ferait alliance avec l’extrême-droite, et prétendait incarner un « souverainisme humaniste ». Las, il semble s’être pris le tapis dans ses ambitions personnelles et risque d’y perdre son mandat de député lors des législatives de juin prochain.

Qu’il est loin le temps où Jacques Chirac parlait d’un « cordon sanitaire » pour isoler l’extrême-droite sur la scène politique française.




Un suspense effrayant


Après un 1er mai marqué les divisions syndicales et des violences en marge des traditionnels défilés, les derniers jours de campagne seront marqués par un débat d’entre-deux tours inédit. En effet, en 2002, Jacques Chirac avait joué à fond la posture républicaine et avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen. Dans une posture gaullienne « au-dessus des partis », il marginalisait ainsi l’extrême-droite. Élu avec plus de 80% des voix et après des manifestations monstres, Jacques Chirac n’avait toutefois pas transformé l’essai en refusant de gouverner en coalition avec les autres partis qui avaient rendu son élection possible au travers du fameux « front républicain ». De nombreux français ont alors perdu leurs illusions au sujet d’un changement profond de leur classe politique.

Loin d’être joué, le 2e tour de l’élection présidentielle doit être l’occasion de changements majeurs. Emmanuel Macron, s’il est élu, devra son élection à une mosaïque d’électeurs aux aspirations opposées. Il est à espérer qu’il entame de jeter des ponts dans une France plus que jamais divisée.



 


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