Football féminin au sein de l’Union européenne : la chute ou l’envol ?

Première partie : Les sélections européennes en (re)conquête

, par Jérôme Flury

Football féminin au sein de l'Union européenne : la chute ou l'envol ?
Les Américaines savourent leur triomphe à la Coupe du monde 2019, devant les yeux des Néerlandaises, impuissantes, au premier plan. Image : Howcheng / Wikimedia Commons

Le football a beau être né en Europe, aujourd’hui, sur le terrain du foot féminin, les Etats-Unis demeurent sans rivales. Une situation qui pourrait toutefois évoluer, alors que les pays européens semblent sur le point de franchir un pas décisif en matière de professionnalisation.

Cheveux roses, messages forts, sourire triomphal : Megan Rapinoe est la star ultime du football féminin, à la fois pour ses performances sur - ballon d’or 2019 - et hors du terrain. Et, ce n’est pas une surprise, elle est Américaine. L’attaquante a aidé sa sélection à remporter la coupe du monde en juillet dernier. Ce titre est le quatrième des Etats-Unis, en huit éditions, et il a été obtenu en France. Tout un symbole : alors que les deux dernières finales opposaient les Américaines aux Japonaises, cette année sept sélections européennes se sont retrouvées en quart de finale. Mais aucune n’a réussi à empêcher les championnes du monde en titre de conserver leur bien, même si l’Espagne, la France et l’Angleterre se sont toutes trois inclinées sur un score pas si large de 2-1.

C’est un fait, les sélections féminines européennes sont de retour. Historiquement elles ont été performantes très tôt, notamment les équipes nordiques, Suède, Danemark et Norvège, championne du monde en 1995. C’est d’ailleurs une Norvégienne, l’attaquante Ada Hegerberg, qui avait été sacrée en 2018 première ballon d’or féminin de l’histoire, une récompense chargée de symboles. Ces dernières années, l’Amérique et l’Asie se sont particulièrement distinguées, le podium des Jeux Olympiques en football féminin étant notamment composé en 2012 des Etats-Unis, du Japon et du Canada. Mais cette période semble se terminer. L’Allemagne a remporté la médaille d’or aux JO 2016 en battant la Suède et le Vieux continent a définitivement fait son retour au cours de cette Coupe du monde 2019 particulièrement appréciée par les connaisseurs.

Les Etats-Unis, un prestige aux raisons historiques

Au sein de l’Europe, la concurrence est rude. Si la France, souvent classée parmi les trois meilleures nations mondiales, n’a jamais pu franchir le stade des quarts de finale d’un championnat d’Europe, c’est à cause de la multiplication des concurrents sérieux. En 2017, la dernière édition de la Coupe d’Europe, a vu l’Allemagne, six fois tenante du titre, tomber en quart de finale. Le titre final des Pays-Bas, qui renversent le Danemark en finale, a confirmé cette montée en puissance des diverses sélections européennes. Et les Néerlandaises sont à nouveau allées en finale du mondial l’an passé, terminant devant la Suède (3e) et l’Angleterre (4e).

Ces dernières années, de nombreuses évolutions dans le domaine sont à signaler aux quatre coins de la planète. Les jeunes Japonaises ont succédé à la Corée du Nord dans le palmarès de la Coupe du monde des moins de 20 ans, l’Inde a instauré une règle obligeant les clubs à avoir une équipe féminine et les Australiennes ont obtenu des garanties sur le salaire de base, désormais égal pour les joueurs et les joueuses professionnelles. L’Afrique aussi semble franchir le pas et investir davantage l’arène du football féminin et l’Afrique du Sud a lancé son championnat national, juste après avoir participé pour la première fois à une Coupe du monde. L’organisation du prochain mondial vient par ailleurs d’être attribuée au tandem Nouvelle-Zélande - Australie. Mais les sélections européennes conservent un temps d’avance. Historiquement, seuls les Etats-Unis restent indétrônables.

C’est depuis une loi de 1972, baptisée Title IX, interdisant la discrimination sur la base du sexe dans les programmes éducatifs financés par l’État fédéral, que la pratique s’est développée de l’autre côté de l’Atlantique. Tant et si bien qu’en 2019, les Etats-Unis comptaient 1,7 millions de licenciées contre 180 000 en France… soit près de dix fois moins. « Les femmes se sont approprié le soccer, loin d’être le sport national aux États-Unis. C’est devenu culturel », analyse Mélissa Plaza, ex-joueuse professionnelle, pour l’Equipe. Fortes de leur statut, les joueuses américaines n’hésitent pas à hausser le ton pour demander plus d’égalité entre les sélections masculine et féminine et un procès est toujours en cours. Le pays est un modèle et jouer dans le championnat nord-américain reste un rêve pour beaucoup de joueuses. Amandine Henry, capitaine des Bleues, a franchi le pas et l’océan il y a quelques années, marchant dans les pas de la légendaire Marinette Pichon.

De véritables superstars dans une ambitieuse Europe

Aujourd’hui, cette revalorisation de la réputation des joueuses se généralise. Lieke Martens (Néerlandaise jouant à Barcelone) et Dzsenifer Marozsan (Allemande, numéro 10 de l’Olympique Lyonnais) font le bonheur des sponsors. La jeune Norvégienne Ada Hegerberg a même signé un contrat record avec l’équipementier Nike. Et les joueuses n’hésitent plus à se servir de cette nouvelle image pour développer des initiatives solidaires, comme Sarah Bouhaddi, gardienne de l’équipe de France, qui a lancé une cagnotte pour les proches de victimes de la Covid-19, Nadia Nadim, réfugiée afghane et joueuse vedette du Danemark qui tente de sensibiliser sur la question des réfugiés, ou encore Kosovare Asllani, attaquante suédoise, qui a mis en place une charte dans son pays pour lutter contre la discrimination de genre dans le football.

Dans ce mouvement global où la lumière semble enfin plus vive sur la discipline, l’Europe veut continuer à briller. Une réforme de la compétition continentale, la Ligue des championnes, est prévue pour la rentrée 2021. A la clé, plus d’équipes participantes, plus de matchs, et sans doute des droits télévisés croissants. “Cette réforme constitue une étape importante dans la professionnalisation du football féminin”, a affirmé Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais, six fois vainqueur de la compétition.

Les plus belles équipes européennes se retrouveront justement au mois d’août pour terminer l’édition 2019-2020 de cette Ligue des championnes. Une compétition qui ramène de l’argent, 150 000 euros pour le club vainqueur, mais surtout du prestige. Un rayonnement que seule l’Europe… et les Etats-Unis savent donner pour le moment aux joueuses.

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