Flux et reflux politiques en Italie

, par Alexis Vannier

Flux et reflux politiques en Italie
Rome. Crédit : Pxhere

Prévus initialement fin mars, un référendum constitutionnel et des élections régionales ont été repoussés à cause de la crise sanitaire. Septembre : rentrée des classes et des isoloirs. De nombreux pays ont déjà rattrapés leur retard électif (Russie, Serbie ou Macédoine du Nord) c’est donc au tour des Italiens de revenir aux urnes.

Less is more

Le référendum constitutionnel présenté aux Italiens leur propose notamment de réduire le nombre des parlementaires. Cette initiative ne leur est pas totalement étrangère. En effet, fin 2016 le gouvernement de centre-gauche dirigé par Matteo Renzi avait déjà proposé une révision de ce type. Celle-ci prévoyait la fin du bicamérisme paritaire par la transformation du rôle des sénateurs en représentants des entités régionales via la suppression de leur élection directe par tous les citoyens, mais également la réduction de leur nombre. Le projet proposait également des modifications mineures dans l’élection présidentielle, l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne plus souple et la suppression des provinces, entités territoriales infrarégionales.

Néanmoins, dans un contexte de défiance vis-à-vis du gouvernement, les Italiens s’étaient munis de leur carte d’électeur comme d’une arme pour faire tomber Matteo Renzi, entraînant la convocation d’élections législatives.

La réduction du nombre de sénateurs est donc de nouveau proposée aux électeurs, ainsi que celle des députés. Avec 315 sénateurs et 630 députés, les Italiens sont parmi les mieux – ou plutôt les plus – représentés en Europe. Le gouvernement Conte prévoit le passage de 630 à 400 députés et de 315 à 200 sénateurs. Avec cette réforme, que certains qualifient de populiste, inutile voire contre-productive, un député représentera non plus 96 000 citoyens mais plus de 151 000, contre environ 72 000 en France et 106 500 en Allemagne. Les minorités et les petits partis craignent cependant un manque de représentativité.

D’abord promesse de campagne du parti considéré jadis comme antisystème, le Mouvement 5 Étoiles (M5S), le projet de révision a été chahuté par les péripéties politiques italiennes. Réponse au rejet de la bureaucratie et une demande d’allègement du personnel politique, sonnant comme une critique de la démocratie représentative dont la lourdeur agace les transalpins, cette proposition se voit soutenue également par la Lega de Matteo Salvini, partenaire de coalition du M5S à l’issu du scrutin de 2018. Alors que les discussions s’engagent un mois seulement après le vote, les deux chambres donnent leur accord début 2019 au projet de révision, sans les voix du Parti démocrate (PD), à l’origine pourtant de la même proposition sous Renzi. Seulement, une énième crise politique éclate à l’été 2019 quand Matteo Salvini annonce sa rupture avec le M5S et réclame de nouvelles élections générales, fort d’un soutien massif dans les sondages. Luigi di Maio du M5S et le PD, effrayés par la perspective d’une vague électorale verte de la Lega, annoncent une alliance électorale regroupant près de 55% des députés à la chambre basse. Le M5S s’engage à entériner la proportionnelle intégrale pour le prochain scrutin en échange du soutien du PD à la fameuse réforme électorale, finalement votée à la quasi-unanimité de la chambre basse avec 553 votes pour sur 630.

Outre la réduction drastique du nombre de parlementaires (345 sièges supprimés), la réforme prévoit également la limitation des désignations de sénateurs à vie par le Président de la République. Titre principalement honorifique, il s’agirait plutôt d’un petit cadeau entre amis. Parmi ces immortels, on trouve l’ancien Président Giorgio Napolitano, l’ancien Président du conseil et commissaire européen Mario Monti ou encore l’architecte Renzo Piano.

Comme le permet la Constitution de 1947, c’est à la suite de la demande de 71 sénateurs que la voie référendaire est finalement choisie pour adopter la réforme.

Vague verte, assèchement jaune et reflux rouge

Initialement prévu le 29 mars, le vote est repoussé de 6 mois en raison de la crise de la Covid-19. Le vote sur deux jours, dimanche 20 et lundi 21 septembre, a été instauré pour limiter la présence simultanée de trop nombreux électeurs dans les bureaux… Voire augmenter la participation !

La victoire du « Oui » à 69%, pour à peine plus de 50% de participation (53% exactement) auréole le gouvernement d’une belle victoire, alors que le M5S vient de subir à nouveau un lourd échec électoral lors des scrutins régionaux qui se déroulent le même jour. Pour le Parti démocrate, il s’agit principalement de rebondir et donner un élan pour les prochaines élections générales, qui doivent théoriquement avoir lieu en 2023.

Le Val d’Aoste, la Ligurie, la Vénétie, la Toscane, les Marches, la Campanie et les Pouilles renouvelaient ces mêmes jours leur Parlement local. Les régionales en Val d’Aoste sont anticipées de trois ans, conséquence de la démission du président Antonio Fosson de l’Union valdotaine, chrétienne-démocrate et francophone, soupçonné de liens avec la mafia.

Le Mouvement 5 étoiles, associé à la couleur jaune, et le Parti démocrate, pourtant alliés à Rome, partaient presque partout séparément. Les sondages prévoyaient une vague verte, les résultats la prouvent.

La coalition de droite arrache le Val d’Aoste obtenant près de 22% des bulletins au détriment des régionalistes, 52% en Ligurie (contre 41% pour le centre-gauche), 47,3% dans les Marches et même 74,5% en Vénétie. Dans la région des Pouilles, à l’issu d’un tête-à-tête très serré, c’est finalement la gauche qui l’emporte avec près de 8 points d’avance. La Toscane, bastion de la gauche, tremble mais conserve la région avec 46% des voix. La gauche conserve également la Campanie pulvérisant la coalition de droite avec deux tiers des votes en sa faveur.

Le PD détenait quatre régions, il en perd 1. Lente dégringolade du PD qui, sur les 8 élections locales en 2018 et 2019, a perdu 7 régions. En début d’année, l’Émilie-Romagne s’est maintenue à gauche, comme la Toscane, tous deux bastions de la gauche. La coalition de droite, portée notamment par Forza Italia de Silvio Berlusconi du fond de son lit d’hôpital et la Liga remporte elle 4 régions en raflant les Marches à la gauche et le Val d’Aoste aux régionalistes.

Fratelli d’Italia, formation nationale-conservatrice et populiste portant fièrement la flamme néofasciste sur son logo, poursuit lui aussi sa lancée, dont Salvini attend beaucoup pour former une alliance qui pourrait le porter à la présidence du Conseil des ministres.

Le M5S totalise aux alentours de 8 à 12% dans la plupart des régions. Placé dans la situation de faiseur de roi dans les Pouilles, on peut imaginer sans trop de crainte qu’il s’alliera au président de gauche pour former une majorité au parlement e Bari. Sur les 20 régions d’Italie, 15 sont désormais contrôlées par la coalition de droite, dominée elle-même par la Lega, contre 5 par la gauche. Le virage à droite voire à l’extrême-droite de la péninsule apennine initiée en 2018 se confirme.

En outre, quelques 18 communes organisaient également des élections municipales, notamment à Aoste, Trente et Venise. La coalition de droite conserve sa majorité à Venise et celle de gauche à Trento, notamment.

La victoire du Oui au référendum et les mauvais résultats des deux partis au pouvoir dans les sept régions concernées sont les deux faces d’une même médaille. Si le gouvernement se targue déjà de l’adoption de la réforme constitutionnelle, dont l’adhésion populaire a toujours été très forte dans les sondages d’opinion, c’est une même volonté de dégagisme qui a poussé les Italiens à voter pour la Liga d’opposition et a réduction du nombre de parlementaires. Sans oublier le vote d’adhésion d’une partie des électeurs vers ce parti de la droite dure, une partie des Italiens souhaite renverser la table et donner u grand coup de balai au sein de la classe politique.

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