Extrême droite, Catalogne et Loi « Bâillon » : l’Espagne et la liberté de la presse

Un article de la série « la liberté de la presse en Europe en 2020 »

, par Thomas Moustaki

Extrême droite, Catalogne et Loi « Bâillon » : l'Espagne et la liberté de la presse
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L’organisation non gouvernementale Reporters Sans Frontières publie chaque année depuis 2002 le classement mondial de la liberté de la presse par pays, par région et par continent. Cet outil, très largement cité, est utilisé par les organisations internationales telles que les Nations unies et la Banque mondiale. À la 29eme place de ce classement et devant la France, l’Espagne fait partie des bons élèves mais certaines affaires entachent sa réputation.

En 2019, le PSOE, parti de gauche au pouvoir dirigé par Pedro Sánchez doit contenir les véhémences des minorités culturelles et gérer la montée des extrêmes enfantés des crises économiques et sociales majeures de la dernière décennie. Face à ces menaces, le gouvernement peut cependant se montrer ferme, quitte à bousculer la liberté de la presse. Pour Reporters sans frontières, la 29ème place de l’Espagne dans le classement mondial de la liberté de la presse 2020 est la conséquence de ces différents facteurs, auxquels s’ajoute la crise du COVID-19.

Le Blackout du parti d’extrême droite, VOX

A l’issue des élections législatives du 10 novembre 2019, le parti d’extrême droite VOX est devenu la troisième force politique en Espagne. Réputé agressif envers la liberté d’information, le parti dirigé par Santiago Abascal s’est notamment fait remarquer pour avoir imposé un blackout à toute une série de quotidiens et de médias numériques espagnols.

Par cette démarche, VOX veut dénoncer des journalistes « qui ne cherchent pas la vérité, qui ne se soumettent pas à la rigueur et à l’éthique professionnelle que ce métier exige ». Le parti est allé jusqu’à interdire les médias du groupe PRISA, El País et la radio Cadena SER de couvrir ses rassemblements électoraux « suite à un éditorial de El País qui évoquait des arguments “xénophobes et intolérants” prononcés par Santiago Abascal ».

Au-delà de la stratégie de VOX, les journalistes sont également pris à partie par certains militants d’extrême-droite, notamment sur les réseaux sociaux. Reporters Sans Frontières, après avoir lancé un avertissement sans appel au parti, « propose d’apporter son soutien et sa collaboration aux médias et aux journalistes touchés par ces attaques ».

La crise catalane fait couler beaucoup d’encre

En 2018, l’organisation non gouvernementale mettait déjà en garde l’Espagne en indiquant que « les journalistes ont été les victimes collatérales du conflit entre le gouvernement central et le gouvernement catalan ». Cette même année, la péninsule ibérique perdait d’ailleurs deux places au classement mondial de la liberté de la presse.

Le 1er octobre 2019, lors de la célébration par les pro indépendantistes du deuxième anniversaire du résultat du référendum sur l’indépendance, la journaliste Laila Jiménez a été la cible de violences physiques qui ont marqué toute l’Espagne. « Tuer le messager » est aujourd’hui la voie que semblent choisir les manifestants pour exprimer leur colère ». indique Reporters Sans Frontières.

Cet incident a fait réagir le président de RSF-Espagne ainsi que la directrice du bureau Union européenne-RSF. Il est certain que cet événement confirme la difficulté pour les journalistes de couvrir le mouvement séparatiste catalan dans la région.

La loi « Bâillon », l’échec du gouvernement Pedro Sánchez

La loi de protection de la sécurité publique, connue plus familièrement sous le nom de « loi Bâillon », est entrée en vigueur le 1er juin 2015 sous le mandat de Mariano Rajoy. Très décriée, elle dispose, entre autres, de l’interdiction de filmer ou photographier les actions de la police.

Si le gouvernement de Pedro Sánchez se dit en faveur de son abrogation depuis 2018, la loi reste inchangée à ce jour. Pire, le Président du gouvernement d’Espagne limite désormais la couverture par les médias de ses discours et conférences de presse. A titre d’exemple, seuls les photographes ont pu assister à l’annonce de l’accord entre Podemos et le PSOE le 30 décembre dernier. Le Président de RSF-Espagne Alfonso Armada déclare ainsi que « Ce gouvernement, qui se dit très engagé dans la défense des libertés, doit donner l’exemple en respectant la liberté d’information. Ce mépris pour le travail des journalistes doit cesser. »

Le covid-19 met à mal la liberté de la presse

« La censure ne peut pas être considérée comme une affaire intérieure de tel ou tel pays : le contrôle de l’information dans un pays donné a des conséquences partout sur la planète et nous en subissons aujourd’hui les effets ». Ces mots prononcés par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, font sens après l’épisode que vient de traverser la presse espagnole.

Avec l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire le 14 mars 2020, les journalistes n’avaient plus la possibilité d’assister physiquement aux conférences de presse du gouvernement. En lieu et place, leurs questions écrites étaient transmises au Secrétariat d’État à la Communication qui se chargeait de faire le lien avec le gouvernement. Cette situation, bien que légitime au premier abord dans un tel contexte, laissait cependant présager d’un filtrage de la part des autorités. Certaines questions jugées importantes par les médias n’ont jamais été relevées, et la méthode employée permettait au gouvernement de préparer ses réponses, sans possibilité de dialogue. Pour remédier à la situation, 400 journalistes, rejoints par RSF-Espagne ont adressé une lettre ouverte au gouvernement intitulée « la liberté de demander ».

Face à la pression, le gouvernement a finalement accepté le 6 avril une visio-conférence en direct et sans intermédiaire avec les journalistes.

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