En tant qu’Israéliens et Palestiniens, nous irons ensemble à Bruxelles

, par traduit par Pierrick Le Paven, Yair Gorni

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En tant qu'Israéliens et Palestiniens, nous irons ensemble à Bruxelles

En tant qu’Israéliens et Palestiniens, nous sommes allés ensemble à Bruxelles. Le 4 mars 2026, nous avons rencontré des militants et des responsables politiques au Parlement européen. Par amour pour nos peuples et pour notre patrie commune, nous cherchons à promouvoir une vision d’un avenir meilleur. C’est une vision de deux États, non pas ennemis mais alliés, travaillant ensemble dans un cadre fédéral. C’est une vision destinée à redonner de l’espoir, à montrer qu’une autre réalité est possible pour notre région.

Nous savons que nos nations ne s’aimeront pas soudainement, et nous ne nous attendons pas non plus à ce que les anciens griefs et ressentiments du passé disparaissent simplement. Mais si la vision concurrente pour la terre que nous aimons est celle de davantage de haine, payée au prix du sang, avec un groupe revendiquant cette terre pour lui seul, alors nous devons faire en sorte que notre vision de deux partenaires égaux au sein d’une union politique soit entendue.

La nécessité de repenser la solution à deux États

Nous ne nous opposons pas à la forme classique de la solution à deux États, qui constitue le cadre des efforts de paix depuis les accords d’Oslo en 1993, et nous faisons tout notre possible pour contribuer à sa réalisation si elle peut apporter une paix durable. Cependant, l’échec de sa mise en œuvre au cours des trente dernières années nous a conduits à comprendre que ce paradigme doit évoluer sur deux points essentiels.

Premièrement, une séparation entre les Israéliens d’un côté et les Palestiniens de l’autre ne fait pas et ne peut pas faire partie d’une solution — elle fait partie du problème ; l’unité économique, la liberté de circulation, ainsi que la sécurité conjointe et la gestion commune des ressources naturelles doivent faire partie de tout accord. Deuxièmement, toute paix entre Israéliens et Palestiniens ne doit pas seulement les servir eux, mais l’ensemble de la région, en ouvrant des perspectives à de nouveaux partenariats.

Il existe déjà, dans les propositions actuelles de solution à deux États, des mécanismes pouvant servir de base à un cadre fédéral, et nous cherchons à les renforcer et à les développer comme point de départ de nos objectifs plus larges en faveur d’une paix positive. En même temps, si la mise en œuvre de la solution à deux États continue de ne pas produire de résultats, nous devons préparer une alternative fondée sur un modèle fédéraliste, ou du moins confédéral.

Contre un État unitaire

Pour ceux qui ont vécu la haine et les effusions de sang, nous ne pouvons pas attendre indéfiniment la fin de l’occupation israélienne en Cisjordanie et du terrorisme du Hamas dans la bande de Gaza. Mais un État unitaire sur l’ensemble du territoire ne pourra jamais constituer un aboutissement pour les Israéliens et les Palestiniens. Qu’il soit mis en place sous la forme d’une ethnocratie d’un côté ou de l’autre, ou comme un prétendu État postcolonial accordant des droits égaux, nous pouvons être certains que cela mènerait à une réalité pire que celle d’aujourd’hui.

Le premier ressemblerait davantage à l’Algérie française, à l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid, ou à l’Afghanistan actuel, et le second à Chypre avant 1972, à la Somalie ou au Liban. Qu’il s’agisse d’une dystopie ou d’un État sans gouvernement fonctionnel, ce n’est pas une solution viable à long terme. Pour instaurer une paix durable, toute solution doit garantir l’autodétermination à la fois des Israéliens et des Palestiniens, et doit donc être de nature binationale en leur offrant à chacun le droit à l’auto-gouvernance.

Prendre l’Europe comme exemple

La formation de l’Union européenne constitue l’exemple le plus puissant pour notre vision. Des groupes de pays où les identités nationales restent des forces importantes, mais où les conflits du passé ont été dépassés. Cela prouve que le fédéralisme est la seule option pour un avenir juste et durable. Un jour, nous espérons qu’Israël et la Palestine seront perçus comme le Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique — où nous nous trouvons aujourd’hui — comme marquant la première étape vers un avenir meilleur dans notre région.

Comme l’espère le projet européen — et comme cela a déjà été réalisé dans certains États membres de l’UE — cette structure d’institutions communes pourrait évoluer vers une fédération pleinement intégrée d’États membres levantins. Mais en tant que membres de premier plan de Federalist Future Israel, aux côtés de nos alliés et amis du Democracy & Federalism Hub Palestine, nous ne voulons pas être perçus comme des rêveurs déconnectés de la réalité. Nous sommes des réalistes qui comprennent simplement que l’histoire ne nous attendra pas. Le choix qui s’offre à nous n’est pas entre la perfection et le compromis, mais entre un avenir politique partagé et une lutte continue et sans fin. Le fédéralisme n’est pas une utopie — c’est un cadre de coexistence. Et si nous avons le courage de commencer, nous pourrions encore transformer ce conflit en un partenariat garantissant dignité, liberté et paix pour tous.

Le Forum fédéraliste pour la paix est une initiative née de la rencontre entre des fédéralistes européens et des militants israéliens et palestiniens. Ce projet est le fruit d’une collaboration lancée à la suite des événements tragiques du 7 octobre 2023, qui a abouti à une réunion trilatérale sur l’île fédéraliste de Ventotene en septembre 2025. L’objectif principal est de créer un espace de formation, de dialogue et d’échange entre jeunes Israéliens et Palestiniens, dans le but d’élaborer ensemble des propositions de paix innovantes et communes, capables de sortir de l’impasse actuelle que représente la solution à deux États à elle seule. À travers le prisme de la pensée fédéraliste – qui s’oppose au nationalisme et promeut une paix positive et durable –, cette initiative vise à ouvrir une voie d’espoir au cœur d’un conflit dévastateur, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles solutions, notamment une solution fédérale.

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