Élections législatives en Hongrie : une victoire qui pourrait rebattre les cartes pour l’Union européenne

Le courrier d’Europe

, par Le Courrier d’Europe, Lucía Montenero-Nebot

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Élections législatives en Hongrie : une victoire qui pourrait rebattre les cartes pour l'Union européenne
Parlement hongrois, Budapest ©DUOTONE (PIxabay)

Le dimanche 12 avril 2026, le parti Tisza a remporté 138 sièges sur 199 au Parlement hongrois, offrant au parti vainqueur une super-majorité constitutionnelle et mettant fin au règne de 16 ans de Viktor Orbán. Cette victoire du leader de centre-droit Péter Magyar, montre que la Hongrie a choisi l’Europe, dans un contexte où le pays et l’ancien gouvernement s’opposaient fermement à la position de l’Union concernant l’Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien a d’ailleurs salué la victoire de Péter Magyar, en affirmant que cette dernière permettrait d’apporter davantage de paix, de sécurité et de stabilité en Europe.

Un record historique de participation

Ce scrutin annonçant la tant attendue fin de l’ère Orbán, est d’abord celui d’une mobilisation sans précédent. À la clôture des bureaux de vote le dimanche 12 avril, le taux de participation avait atteint près de 80%, soit le taux le plus élevé que le pays ait connu depuis son retour à la démocratie en 1990. En comparaison, lors des élections législatives de 2022, le taux de participation avait atteint 69,6%. Cette participation massive de la part des Hongrois illustre bien l’ampleur du désir de changement qui s’était accumulé dans la société hongroise. Les appels de Péter Magyar vers la jeunesse hongroise et aux ressortissants hongrois vivant à l’étranger ont indéniablement été entendus.

Après le dépouillement de 77% des bulletins, l’opposition menée par Péter Magyar avait obtenu 53% des suffrages exprimés contre 38% pour le Fidesz, la formation de Viktor Orbán.

La victoire du conservateur pro-européen a été accueillie avec joie par plusieurs dirigeants européens comme Emmanuel Macron ou encore par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen qui s’est réjouie que la Hongrie ait choisi l’Europe. Dans son discours de victoire, Péter Magyar a d’ailleurs rendu hommage au moment symbolique du scrutin : ce dimanche 12 avril tombait exactement 23 ans après le référendum sur l’adhésion de la Hongrie à l’Union européenne (UE), en 2004.

Déblocage de dossiers pour l’Union européenne

Les conséquences pratiques de cette victoire pro-européenne sont immédiates. Le premier dossier devant être traité en urgence sera le véto déposé par la Hongrie de Viktor Orbán concernant le prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine. En effet, le futur Premier ministre qui devrait prendre ses fonctions courant mai, a annoncé qu’il lèvera ce veto, à condition que Budapest ne contribue pas financièrement au prêt dont il est question.

En addition à ce véto, il sera également question de traiter des sanctions imposées par l’Union européenne contre Moscou. Depuis l’invasion de la Russie en Ukraine en février 2022, la Hongrie a systématiquement bloqué l’aide financière des vingt-sept pays de l’UE à Kiev. Péter Magyar a donc également signalé qu’il ne perpétuera pas ces obstructions hongroises, représentant une décision de la plus haute importance pour la diplomatie européenne. L’ordre du jour pour l’Union est dès à présent d’instaurer de solides réformes institutionnelles afin de permettre un rétablissement de la confiance au sein des États membres et leurs citoyens ainsi qu’un repositionnement géopolitique stratégique et efficace, dans un monde où les dynamiques politiques ne cessent de se redessiner.

Enfin, concernant les 18 milliards d’euros de fonds européens gelés depuis 2022 pour non-respect de l’État de droit, Magyar a annoncé que son gouvernement adhérerait au Parquet européen, une condition sine qua non pour que le dégel entre en vigueur. Le futur Premier ministre a également affirmé que la Hongrie s’engagerait dans les réformes judiciaires exigées par la Commission.

Un démantèlement de “l’orbanisme” très attendu

Malgré ces promesses, le retour à une pleine démocratie sera complexe pour le pays. Même si le vainqueur de ces élections législatives possède un avantage concernant sa majorité supérieure aux deux tiers du Parlement, la mainmise de Viktor Orbán sur l’État est très importante, impliquant une future forte opposition du côté des médias et du pouvoir judiciaire.

Mais la victoire de Magyar ne profite pas seulement à la Hongrie. En effet, elle offre à l’Union européenne l’occasion de s’interroger sur ses propres failles institutionnelles. Questionnée par le journal The Guardian, Zselyke Csaky, chercheuse au Center for European Reform, estime que ce scrutin offre à l’Europe une réelle opportunité “d’en sortir plus forte et de s’attaquer à ses problèmes de fond”, faisant référence notamment à la remise en cause de la règle de l’unanimité en matière de politique étrangère qui “a permis à certains États membres de prendre le continent en otage”. De ce fait, Ursula von der Leyen a immédiatement saisi le momentum puisque lors d’une conférence de presse à Bruxelles, elle a plaidé pour le passage au vote à la majorité qualifiée en politique étrangère comme moyen efficace d’éviter les blocages systémiques. Cette règle de l’unanimité pour certaines thématiques est au cœur des débats européens depuis le Traité de Lisbonne signé en 2009. Alors, le règne de Viktor Orbán aura au moins eu ce point positif, à savoir démontrer en grandeur réelle ce que coûte à l’UE la règle de l’unanimité lorsqu’un État membre décide d’en faire un instrument de chantage.

Une victoire qui porte un message clair aux populistes européens

Au lendemain de la victoire du parti “Respect et liberté” (Tisza), le chef de la diplomatie ukrainienne Andriy Sybiha a estimé que cette défaite pour le parti de Viktor Orbán aura des conséquences directes pour les autres partis et mouvements en Europe qui tiennent des propos similaires.

Il est donc possible de voir dans cette victoire un signal pour le paysage politique européen dans un sens plus large puisque ce nouveau style de dirigeant qui arrive au pouvoir pourrait indiquer une tendance vers une politique pro-européenne et libérale de droite, complètement opposée aux tendances nationalistes et populistes du Premier ministre sortant. Cette percée du parti conservateur pro-européen s’inscrit par ailleurs dans un contexte où de nombreuses élections européennes auront lieu au cours des années 2026 et 2027. Dans cet agenda, la victoire de P. Magyar pourrait donc porter une sérieuse influence auprès des partis de droite modérée mais aussi des coalitions au Parlement européen. In fine, cette victoire pour la Hongrie et son peuple représente un soulagement à un niveau national, mais ce dernier est tout autant, voire d’autant plus, important s’il est étudié à une échelle européenne.

L’Union européenne sort de 16 ans de cohabitation avec un État membre qui se comportait comme un adversaire interne, représentant même sur certains sujets, tel que l’aide apportée à l’Ukraine ou le respect indispensable de l’État de droit, un véritable opposant. Au sein de l’UE, la Hongrie était depuis le régime de Viktor Orbán le seul État membre classé comme “régime hybride” par certains indices internationaux. Il est donc maintenant question pour l’UE de renouer des liens diplomatiques solides avec la Hongrie, en espérant que cette victoire se traduira dans la durée par des réformes solides et durables, afin d’éviter l’émergence de nouveaux régimes européens outsider.

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