Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

, par Ferghane Azihari

Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c'est défier l'Europe politique

Les candidats à la Présidence de la Commission ont tous été désignés par leurs partis respectifs. La gauche européenne se rangera derrière Alexis Tsipras, Les écologistes derrière Ska Keller et José Bové. La campagne des socialistes et des démocrates sera dirigée par Martin Schulz. Guy Verhofstadt sera le candidat des centristes. Enfin les conservateurs ont décidé de se ranger derrière Jean-Claude Juncker, ce dernier ayant réussi à évincer son principal concurrent Michel Barnier.

Le choix Juncker, une défiance envers l’Europe politique

Il y a lieu d’être véritablement déçu du choix du parti conservateur européen. En ayant choisi d’adouber le candidat de Merkel, ce dernier a tout simplement fait un bras d’honneur à la perspective d’une Europe politique. Jean-Claude Juncker est en effet issu de la constellation intergouvernementale, la même qui aspire à usurper le pouvoir au détriment des citoyens européens. Dans cette perspective, il est évident que les gouvernements européens attendent de Juncker qu’il perpétue la tradition diplomatique au sein d’une Commission européenne assujettie au jeu de l’expression des intérêts étatiques et non à la défense de l’intérêt général européen. On peut donc craindre de l’ancien Président de l’Eurogroupe qu’il s’efface devant les diplomates qui nous dirigent, qu’il se contente de jouer un rôle de médiateur des intérêts étatiques et qu’il ne s’impose pas là où l’Europe a besoin d’un véritable leadership.

Michel Barnier a été évincé parce qu’il dérangeait

Rappelons que Juncker n’avait initialement pas l’ambition d’être placé à la Commission européenne après qu’il fut désavoué par son propre pays, le Luxembourg. À l’inverse Michel Barnier avait la volonté d’incarner un véritable leadership en Europe. D’ailleurs ce dernier est toujours en train de lutter pour faire avaler sa réforme bancaire que les États européens (France et Allemagne en tête) tentent d’enterrer avec les lobbys financiers. Cette réforme bancaire montre que loin d’avoir des visées électoralistes, elle a exposé son auteur au courroux de nos gouvernements qui ont vu en Michel Barnier le danger d’une forte concurrence politique. C’est ainsi qu’ils se sont empressés de faire taire l’hérétique qui osait remettre en question leur sacro-sainte autorité alors que l’Europe a besoin de ce genre de renégat.

Le PPE exprime une certaine hésitation vis-à-vis de l’Europe politique

Bien que le PPE se dise europhile, cette décision exprime en vérité une certaine défiance. Comprenons que les conservateurs européens sont majoritairement contre une politisation de la fonction de Président de la Commission européenne. Ils se sont mis d’accord pour continuer à faire de la Commission une institution à la botte de nos Chefs d’État et de Gouvernement, diplomatiquement mais non démocratiquement responsable. En fait le PPE lui même ne semble pas convaincu de la pertinence d’une véritable européanisation de la démocratie et continue à penser que les affaires européennes relèvent d’avantage de la politique étrangère que de la politique intérieure. En ce sens si l’on examine les six principaux candidats à la Présidence de la Commission, Juncker est bel et bien l’intrus. Il est le cheval de Troie des gouvernements conservateurs, qui de l’intérieur, veulent mettre l’Europe des citoyens au pas au profit de l’Europe des États.

Vos commentaires

  • Le 12 mars 2014 à 10:23, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Le pessimisme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté...

    La formule churchillienne trouve toujours à s’appliquer en cette veillée d’armes européenne.

    Faire de JUNCKER le cheval de Troie de l’Allemagne et des intérêts de l’Europe des états me paraît très audacieux. Je crois en effet me souvenir qu’à la tête de l’Euro - groupe, le petit JUNCKER a osé s’opposer à un certain SARKOZY qui n’a jamais été vraiment un apôtre de l’Europe fédérale !!!

    Lui faire aujourd’hui un procès d’intention, sans tenir compte de son passé militant pro - européen, me paraît donc aller à l’encontre d’une légitime présomption d’innocence au regard des valeurs européennes !

    Lui faire aujourd’hui un procès d’intention, sans prendre en compte ce passé, ne serait - il finalement que le symptôme d’une immense frustration, celle de constater, après celui d’un « petit belge », l’adoubement d’un « petit luxembourgeois », et donc aussi, malgré, c’est vrai, la grande envergure de BARNIER, l’éviction d’un candidat issu d’un pays qui demeure marqué du sceau de la...souveraineté nationale ?

  • Le 12 mars 2014 à 12:17, par shaft En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Monsieur Ferghazi

    n avez vous pas l impression de vous contredire ? Vous m avez fait remarquer que madame merkel n orgaanisait pas de coup d etat mais voila que vous l accusez de prendre l europe en otage. Dois je vous rappeler qu elle a proposer un saut federal il n y a pas si longtemps ?

    Un saut federal qui met en avant une forme de communautarisme que vous defendez sur votre blog

  • Le 12 mars 2014 à 14:06, par Till Burckhardt En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Définir Guy Verhofstadt candidat des « centristes » est une lecture assez franco-française. L’ancien premier ministre belge est tout d’abord le candidat libéral.

    À part le Modem, seuls les LibDem britanniques se situent au centre de l’échiquier politique (mais ont opté tout de même pour une coalition avec les Consrrvateurs sur le plan national). La plupart des partis libéraux sont considérés comme au moins autant de « droite » que les versions locales du PPE.

    Les partis « centristes » d’Europe du nord sont des formations agrariennes à tendance nationaliste qui ont historiquement et culturellement plusueurs points en commun avec l’Union démocratique du centre (UDC) suisse - unanimement classée à droite - qui siège au sein du groupe ALDE à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

    Enfin, il faut être bien conscients du fait que la candidature de Guy Verhofstadt est très contestée au sein des grosses formations membres, dont une partie n’exclut pas un passage vers le groupe ECR après les élections (VVD néerlandais, partis centristes nordiques).

  • Le 12 mars 2014 à 14:14, par Komrad En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Les récents propos de Barnier ( le 27 février lors du débat Barnier/Repentin) le font apparaitre comme un énième defenseur de l’intergouvernementalité, à l’instar de toute la classe politique Française au gouvernement depuis 2002 au moins. Ses efforts sur la reglementation bancaire sont louables, et l’ont peut être conduits à ne pas décrocher le leadership du PPE, mais n’en font en aucun cas un fédéraliste. Il faudra malheureusement recruter au tour extérieur pour avoir des personnalités osant faire leur coming-out fédéraliste. Mesdames et messieurs un peu de courage et moins de tactique politicienne. A tout prendre José Bové plutôt que le fade Moscovici.

  • Le 12 mars 2014 à 14:47, par Ferghane Azihari En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    @Monsieur Lefèvre et Komrad

    Puissiez-vous avoir raison et moi tort. Mais je ne pense pas violer la présomption d’innocence de Monsieur Juncker quand je m’appuie sur ses propres dires : Il n’a jamais été motivé pour la Présidence de la Commission et s’intéresse au poste de Président du Conseil européen qu’il trouve « plus tranquille ». Évidemment quand il déclare ceci, j’ai du mal à considérer sa candidature et sa nomination comme bienveillante. Et cela n’a rien à voir avec la nationalité. Nous avons besoin d’un Commissaire insolent qui puisse défier le Congrès de Vienne sans hésitation. Tsipras est Grec, il vient d’un pays très affaibli sur la scène européenne, pourtant au regard du critère de la motivation, je le trouve bien plus qualifié que Junckler. Vehofstadt, Schulz, Banier, Bové et Skeller aussi. Tous ces candidats ont (ou avaient) une réelle motivation contrairement à Juncker qui a réussi à été coopté par ses amis issus des gouvernements alors qu’il a été désavoué par son propre pays.

    Quant à Barnier, force est de constater que le personnage, s’il n’a pas le passé pro-européen de Juncker, avait décidé de renoncer à sa carrière nationale pour s’occuper exclusivement des affaires européennes. Loin de raisonner en termes d’intérêts étatiques, il n’a pas hésité à défier les grands États, en particulier le Royaume-Uni avec ses réformes bancaires tout en allant contre la volonté du gouvernement « socialiste » et du gouverneur de la Banque de France.

    @Till Burckhardt

    Oui, pour moi « libéral » et « centrisme » c’est la même chose même si j’ai bien conscience que c’est parfois plus compliqué que cela. Mais notons que l’ALDE se réclame à la fois du libéralisme et du centrisme même si les implications de ces idéologies ne sont pas les mêmes en fonction des cultures ;)

    @Shaft

    Mme Merkel a accepté le jeu du suffrage universel mais elle est bien décidée à faire élire le candidat qui lui plaît. Je ne vois pas en quoi c’est une contradiction. Enfin notons le discours ambiguë de Mme Merkel sur l’Europe. Elle plaide à la fois plus d’intégration mais méprise le Parlement européen. De ce fait, sa conception post-nationale de l’Europe est à relativiser. Et oui, le fédéralisme, c’est une sorte de communautarisme institutionnalisé en ce qu’il a vocation à considérer la multiplicité des identités dans la gestion du vivre ensemble.

    Voilà de quoi vous rassurer, puisque vous aviez peur que l’Europe attaque votre identité !

    Ne vous en faites pas, l’Europe n’a pas vocation à se construire en prenant la France comme exemple. Car l’hyper-centralisation administrative qui caractérise notre « République » indivisible (mais qui n’est que l’héritière de notre ancienne Monarchie) est aux antipodes de l’esthétique fédérale. Et c’est pourquoi les français ont tant de mal à envisager une Europe garante de la diversité....les joies du Jacobinisme ;)

  • Le 12 mars 2014 à 16:02, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    @ Ferghane,

    « ...coopté par ses amis issus des gouvernements... »

    Serait-ce une tare rédhibitoire à vos yeux ? Le signe d’une totale contradiction avec l’engagement fédéraliste ? Mais VERHOFSTADT aussi a été chef d’un exécutif en Belgique, ce qui ne l’a jamais empêché d’être un fédéraliste convaincu, au point d’un jour avoir été la bête noire de BLAIR qui ne voulait pas de lui quand BARROSO est sorti d’une bien sombre boîte noire ! JUNCKER et VERHOFSTADT, un même passé, la même expérience amère avec les ténors européens parce que tous deux trop européens !!!

    Où nous nous rejoignons, c’est dans l’impérieuse nécessité d’avoir un insolent à la tête de la Commission, quel que soit son passé, qu’elle qu’ait pu être sa sortie de scène nationale, tantôt douloureuse (JUNCKER), tantôt prestigieuse (VAN ROMPUY).

    Et, peut-être, un second couteau à la présidence du Conseil européen. Après tout, ce serait un juste retournement des choses, au plus grand profit de tous, sauf, peut-être, de nos prétendues grandes puissances nostalgiques d’une grandeur perdue et d’une autre, plus récente, et donc quelque part parvenue dans tous les sens du terme !

  • Le 12 mars 2014 à 16:44, par Ferghane Azihari En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Ce n’est pas une tare rédhibitoire. Vous dites très justement que Monsieur Verhofstadt est ancien Premier ministre. La différence entre lui et Monsieur Juncker, c’est la motivation (et l’idéologie, mais vous aurez remarqué que mon article ne s’en préoccupe pas). Et j’ai peur des candidats qui ne sont pas motivés.

    Il y a un dicton qui énonce « Ne donnez jamais le pouvoir à quelqu’un qui le demande ». Au contraire, j’estime qu’il faut faire attention à ceux qui aspirent à de grandes responsabilités sans être motivés.

    Mais allez savoir, peut-être que Monsieur Juncker saura nous surprendre...si il est élu....

  • Le 13 mars 2014 à 20:38, par Alexandre Marin En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    "Car l’hyper-centralisation administrative qui caractérise notre « République » indivisible (mais qui n’est que l’héritière de notre ancienne Monarchie)"

    J’ai conscience que je m’éloigne un peu, mais j’en profite pour dire que notre "ancienne monarchie", dans sa période dite "absolue" avait hérité du féodalisme le gouvernement de la terre. La centralisation y fut surtout d’ordre administratif et institutionnel ; il s’agissait, par exemple, de remplacer les gouverneurs locaux, titulaires d’un droit d’une charge dont ils étaient propriétaire, par des intendants nommés par le roi, qui n’étaient pas titulaires d’un droit ni d’une charge, mais d’une fonction. Il en fut de même avec les officiers (pour une raison de lutte contre la corruption dans les armées), puis des juges durant la révolution française.

    Cette révolution a apporté la nation, c’est-à-dire le gouvernement, non plus d’une terre, mais d’un peuple. Par conséquent, la centralisation a été d’ordre juridique, culturel, et économique.

    C’est cet héritage monarchique qui distingue les nationalismes du couchant de l’Europe (France, Espagne, Royaume-Uni, Portugal...), des nationalismes post-impériaux du centre et du levant. Les premiers sont traditionnellement fondés sur l’assimilation et l’appartenance à une communauté nationale. Les seconds sont traditionnellement basés sur une appartenance ethnique commune. C’est pourquoi un des courants des nationalismes allemand et autrichien a été le pangermanisme.

  • Le 14 mars 2014 à 08:30, par Ferghane Azihari En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Bien que cet article reste sévère (nous verrons ultérieurement si c’était à tort ou à raison), on remarquera que certains sont encore plus critiques que moi :

    http://www.euractiv.fr/elections/la-candidature-de-jean-claude-ju-news-534080

  • Le 15 mai 2014 à 16:49, par olivier En réponse à : Élections européennes : Voter PPE et Jean-Claude Juncker, c’est défier l’Europe politique

    Les conservateurs ont toujours été les fidèles laquais du véritable pouvoir et le seront encore ; rien de neuf a attendre d eux, et qu en j entends junker ressortir, avec la bouche en cul de poule, le mot de Giscard « vous n avez pas le monopole du coeur », je me dis que l on tient ici une belle crapule.

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