Discours sur l’état de l’Union : Juncker a choisi son scénario

Perspectives européennes

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Discours sur l'état de l'Union : Juncker a choisi son scénario
© Flickr - Discours sur l’Etat de l’Union 2017

Jean-Claude Juncker a fait l’état d’une Union plus forte et plus stable qu’il y a quelques années. Il a prononcé un discours qui donne un cap à l’Union européenne et un agenda ambitieux : Europe de la défense, stratégie industrielle et proposition de négociations sur des accords de libre-échange. Plus qu’un agenda, c’est un scénario bien défini qui a été présenté par le président de la Commission. Voici l’opinion des rédacteurs en chef des éditions anglophone, germanophone, et francophone du Taurillon.

Un plaidoyer pour la clarté institutionnelle

Juuso Järviniemi – Rédacteur en chef du magazine thenewfederalist

« L’Europe à plusieurs vitesses a longtemps fait l’objet de nombreux débats, et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence française a relancé les discussions et l’intérêt de ce scénario. Mais aujourd’hui, Juncker a présenté la vision d’une Europe qui avance unie, et non à plusieurs vitesses. Au lieu de créer de nouvelles institutions, Juncker veut réduire leur nombre. Le défi sera alors d’obtenir l’accord des Etats membres sur cet objectif de clarté institutionnelle : si la Commission y parvient, l’Europe n’en ressortira que plus forte.

Si un noyau européen se constitue, celui-ci pourrait être formé par les pays membres de la zone euro. En effet, Juncker souhaite renforcer la zone euro au sein du cadre européen. Il rejette l’idée d’un Parlement de la zone euro distinct du Parlement européen, et souhaite qu’un commissaire européen y soit dédié. L’encouragement de Juncker envers les pays non membres de la zone euro à rejoindre cette dernière vient confirmer l’idée selon laquelle la zone euro et l’Union européenne doivent être identiques et ne faire qu’un.

L’appel pour une meilleure lisibilité et clarté des institutions européennes ne se limite pas à la zone euro. Juncker a également invité la Roumanie et la Bulgarie à rejoindre l’espace Schengen, pour réduire le nombre d’exceptions dans les structures institutionnelles. Mais l’annonce la plus surprenante en faveur de plus de clarté institutionnelle est de fusionner les Présidences de la Commission et du Conseil européen. Cette proposition fédéraliste permettrait de simplifier le leadership en Europe, et apporterait enfin une réponse à la fameuse question « Who do I call if I want to speak to Europe ? ». »

Plaidoyer pour une intégration plus forte et non à une Europe à plusieurs vitesses

Gesine Weber, co-rédactrice en chef du magazine treffpunkteuropa

« On a beau prendre Jean-Claude Juncker pour un eurocrate sans envergure pendant 364 jours de l’année, il sait sans aucun doute faire des discours fondateurs et directeurs concernant l’avenir de l’Union européenne. C’est ce qu’il a montré de manière impressionnante lors de son discours annuel sur l’état de l’Union : Juncker parle des vents favorables tout en soulignant que l’Union doit tenir le cap et hisser les voiles pour envisager l’avenir d’une Union des valeurs démocratiques, unie et forte. Le plaidoyer de Juncker est passionnant et européen, il s’agit d’une forte profession de foi en faveur d’une intégration commune au lieu d’une Europe à deux vitesses. Ses mots signifient l’audace et l’envie du départ vers une nouvelle Europe qui soit une Europe des citoyens et des Etats au même temps. Ce sont les propositions telles qu’un seul Président européen ou la mise en œuvre d’une véritable union de la défense d’ici 2025 qui font battre les cœurs dans le champ pro-européen.

 « Il ne suffit pas de réparer le toit. Nous devons commencer à terminer le travail maintenant. Maintenant qu’il fait beau, et tant qu’il fait encore beau. », selon le Président de la Commission européenne. Il a raison : ces dernières années, jamais nous n’avons eu un moment où les motivations à l’échelle politique pour le développement étaient aussi concomitantes qu’aujourd’hui. Il semble bien probable que, suite aux élections en Allemagne, le couple franco-allemand reprenne son flambeau et lance des initiatives – une mesure très prometteuse pour l’implémentation des réformes par le haut. Or, le problème de l’euroscepticisme et du nationalisme croissants qui couvent sous la surface et donc à l’échelle plus basse n’est pas considéré par Juncker. Ceci est aussi naïf que dangereux : en ce moment, il n’est guère possible que les gouvernements hongrois et polonais soutiennent des réformes fondamentales, ni qu’ils communiquent les avantages d’une union sans cesse plus étroite à leurs citoyens de manière convaincante.

Par son discours, Juncker réussit à convaincre tous ceux qui sont déjà aux côtés de l’Union. Or, il nous faut désormais des gouvernements qui agissent de manière européenne dans les pays membres et des citoyens qui pensent de manière européenne si l’on veut tenir le cap et hisser les voiles sans qu’un Etat passe par-dessus bord. C’est maintenant que l’Union doit se montrer persuasive – par la création d’une solidarité de fait et pas seulement par un discours programmé une fois par an. »

Faire preuve d’audace pour l’Union européenne

Laura Mercier – Rédactrice en chef du magazine Le Taurillon

« "Helmut Kohl et Jacques Delors m’ont appris que l’Europe n’avance que quand elle fait preuve d’audace." Dans son discours sur l’Etat de l’Union, Jean-Claude Juncker s’est montré audacieux pour l’avenir de l’Union européenne, en annonçant de nombreuses pistes de réforme et d’évolution, au nom de l’unité et de l’efficacité. L’efficacité de l’UE passera par une meilleure clarté institutionnelle. Il approuve notamment la création d’un poste de ministre européen de l’économie et des finances, qui fusionnerait avec celui du commissaire européen, et il souhaite la fusion des présidences de la Commission et du Conseil européen.

Parmi les priorités de la Commission, la plus urgente est celle du renforcement de la démocratie et du respect de l’Etat de droit. « Notre Union a besoin d’un saut démocratique ». Le cap est mis sur les élections européennes de 2019, pour lesquelles Juncker appelle les partis européens à faire campagne plus tôt qu’en 2014. Il soutient le maintien du « Spitzenkandidat », ainsi que l’idée de présenter des listes transnationales.

A l’aube des élections européennes, il est urgent de réconcilier les citoyens européens et l’Union européenne. L’Europe doit se construire et se réformer avec les citoyens, et sur la base du compromis entre les Etats membres. Les annonces de Juncker ne feront certainement pas l’unanimité, et sa volonté de renforcer l’inclusion de tous les Etats membres est un message clair : le scénario d’une Europe à plusieurs vitesses n’est pas celui que la Commission veut suivre. D’ici 2019, il faut que les citoyens européens puissent avoir une vision claire de l’évolution de l’UE, et il faudra pour cela que les Etats membres s’accordent sur le cap qu’ils souhaitent donner à l’Union. Après un discours ambitieux, il est temps pour les Etats membres de faire preuve eux aussi d’audace. »

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