COP30 : moment de vérité dix ans après les Accords de Paris

, par Arina Udovychenko, Le Courrier d’Europe

COP30 : moment de vérité dix ans après les Accords de Paris

Du 10 au 21 novembre 2025, la ville de Belém, capitale de l’État du Pará, au nord du Brésil, accueillera la trentième Conférence des Nations unies sur le climat (COP30). Cet événement majeur réunira les pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), adoptée en 1992 pour prévenir tout “changement climatique dangereux” provoqué par l’activité humaine.

Une étape clé, dix ans après les Accords de Paris

Dix ans après la signature historique des Accords de Paris en 2015, la COP30 devra examiner la mise en œuvre des engagements pris pour limiter le réchauffement de la planète à moins de 2°C, et si possible à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Ces discussions se déroulent dans le cadre des négociations onusiennes fondées sur le consensus, impliquant 196 pays.

Avant le début officiel de la conférence, le Brésil prévoit de réunir des dizaines de chefs d’État et de gouvernement les 6 et 7 novembre, afin d’aborder des questions logistiques et diplomatiques en amont d’un sommet qui se veut historique. Cependant, la préparation de cet événement suscite déjà certaines préoccupations, notamment en ce qui concerne les coûts logistiques et d’hébergement particulièrement élevés. Les appartements allant de 200 à 3700 dollars la nuit soit jusqu’à 50 000 dollars (environ 43 000 euros) pour toute la conférence, et c’est pour cette raison que le Président autrichien, Alexander Van der Bellen, annonce son absence au sommet, ces frais logistiques ne peuvent pas être couverts dans le cadre budgétaire strict de la présidence.

Belém, lieu symbolique des enjeux climatiques

Le choix Belém comme ville hôte revêt une forte portée symbolique. Le Brésil est à la fois le huitième producteur de pétrole mondial et le principal en Amérique latine, mais il abrite aussi la forêt amazonienne, considérée comme l’un des écosystèmes les plus essentiels de la planète. Cette immense région stocke des milliards de tonnes de carbone, régule le climat mondial et abrite des milliers d’espèces ainsi que de nombreuses communautés autochtones. Le Président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a salué l’organisation de la COP30 dans son pays, promettant un “sommet historique” pour la planète. De son côté, la ministre brésilienne de l’Environnement, Marina Silva, qualifie cette édition de “COP des COPs”, soulignant la nécessité d’un “alignement sur l’urgence climatique".

Un contexte alarmant : les gaz à effet de serre atteignent des records

À quelques semaines de l’ouverture du sommet, l’organisation météorologique mondiale (OMM) a publié un bulletin inquiétant. Selon son rapport du 15 octobre 2025, la concentration moyenne de CO2, de méthane (CH4) et de protoxyde d’azote (N2O) a de nouveau atteint des niveaux records en 2024. Il s’agit de la plus forte hausse depuis le début des mesures modernes prises en 1957. À partir de la période de référence, également appelée la période préindustrielle (1850 - 1900), la concentration de CO2 a augmenté de 3,5 ppm, soit 152%. Le méthane (CH4) a enregistré une hausse de 266% par rapport à cette même période de référence, quant au Protoxyde d’azote (N2O), sa concentration moyenne mondiale a atteint 338 ppb, soit une augmentation de 125%. L’OMM attribue cette progression à la combinaison des émissions humaines, des feux de forêts et du faible rôle des puits de carbone naturels (forêts et océans), qui absorbent de moins en moins le CO2. “Les décideurs politiques doivent être conscients du fait que les systèmes naturels sont également impactés et qu’ils pourraient cesser ou réduire leurs activités. Nos actions doivent donc viser à réduire les émissions au plus viteavertit Oksana Tarasova, coordinatrice du bulletin.

Un tournant pour la transition énergétique

Le 24 septembre dernier, lors du Sommet pour le climat tenu parallèlement à la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale des Nations unies, plusieurs dirigeants ont souligné la nécessité d’accélérer la transition énergétique. Cette évolution est perçue non seulement comme une réponse à l’urgence climatique, mais aussi comme une opportunité économique susceptible de créer des emplois, favoriser la croissance et renforcer la sécurité énergétique mondiale.

Ce moment charnière pour la gouvernance climatique mondiale coïncide avec une phase d’incertitude pour la Commission européenne : confrontée à des tensions internes et à un recul de son influence en matière de politiques environnementales, elle a publié un “kill list” de réglementations jugées non essentielles aux objectifs du Green Deal européen.

À quelques semaines de la conférence de Belém, la Commission européenne défend une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90% d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990. Mais cette ambition accentue les divisions entre les États membres : si l’Espagne, le Danemark, la Suède, la Finlande ou la Slovénie soutiennent le positionnement de l’UE, L’Italie et la Hongrie freinent toute avancée rapide.

La France, quant à elle, adopte une position plus flottante. En 2023, Emmanuel Macron avait déjà appelé à une « pause » dans la réglementation environnementale européenne afin de préserver la compétitivité des entreprises. À Belém, cette prudence française pèsera sur la capacité de l’Union à afficher une ligne commune et une ambition crédible sur la scène internationale.

Trente ans après la première COP, organisée en 1995, la COP30 s’annonce comme une étape cruciale dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elle devrait démontrer que les promesses faites depuis Paris ne restent pas lettre morte et que les nations peuvent agir collectivement pour préserver un climat vivable. Belém, au cœur de l’Amazonie, sera ainsi le théâtre d’un moment de vérité pour la planète.

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