Carnaval aux Pays-Bas : folklore local et cultures du monde

, par Justine Brulez

Carnaval aux Pays-Bas : folklore local et cultures du monde
Défilé de Carnaval animé avec des Chars Colorés en Hollande ©Eren Alkış, Pexels

Carnaval ou Vastenavond aux Pays-Bas est une tradition populaire dans le sud et fragmentée au nord, en particulier à Amsterdam. A travers l’inversion des rôles, le folklore de Carnaval permet à chacun de porter sa voix dans la sphère publique et privée. Découvrons la richesse de la culture néerlandaise en Europe.

Une célébration chrétienne aux rôles inversés

Défilé de Carnaval à Bréda, province de Brabant-Septentrional, Pays-Bas.
FransA, Pexels

Moins visible sur la scène internationale que les grands carnavals européens (Venise ou Cologne), Carnaval, appelé Vastenavond veille du Carême en nééerlandais reste une fête d’origine chrétienne accompagnée des spécificités néerlandaises. Précédant le Carême, la tradition est particulièrement animée dans le sud ; Maastricht, Limbourg et Den Bosch, Brabant-Septentrional entre costumes, défilés et parades colorées. Les coutumes ont été reprises en intégrant d’anciens rites du printemps païen qui symbolisent la transition de l’hiver au printemps.

D’année en année, la période varie, en règle générale, à la mi-février ; la seule règle : précéder les trois jours du Mercredi des Cendres, l’entrée en Carême, en 2026, le 18 février. Vastenavond se déroule cette année du 15 au 17 février. Aux traditions, s’ajoute la prise de contrôle des localités et des villes sur une à plusieurs journées, en particulier dans le sud : provinces de Limbourg et Brabant-Septentrional, à Maastricht.

Amsterdam : célébration multiculturelle

Centre-ville d’Amsterdam
Marcelo Verfe, Pexels

D’après le témoignage de la jeune leader, cofondatrice et présidente de la JEF Amsterdam, Haidi Altwlkany, contrairement aux carnavals du Sud : Brabant, Limbourg et Maastricht, la culture amstellodamoise est construite sur un modèle basé sur l’invitation et l’organisation d’événements en salle privée. Les programmateurs vous convient à leurs événements sur inscription. Ce système se complète de particuliers, de cercles communautaires, d’associations, d’étudiants dans toute la capitale. Le principe est simple : les hôtes de cérémonie définissent le format, la liste d’invités et le thème. Selon les propos de la présidente, les thèmes des soirées incluent largement différentes cultures : des influences sud-américaines, africaines, maghrébines.

Les costumes jouent un rôle moteur en représentant leur patrimoine culturel, inversant les rôles sociaux, stéréotypés et les professions. Carnaval symbolise l’un des rares moments de l’année où l’expression artistique prend place dans l’espace public pour quelques jours : expérimenter et exprimer son identité à travers les costumes, construire un personnage à cette occasion. D’après Haidi Altwlkany, de larges événements publics ont déjà eu lieu. Néanmoins, en général, le carnaval d’Amsterdam s’organise autour de réceptions privées à taille humaine plutôt qu’une prise de contrôle de la capitale. Au travers de l’image d’Amsterdam à l’international, la vie nocturne joue un rôle majeur pendant Vastenavond. La musique et les soirées dansantes en night-clubs s’inscrivent dans l’identité urbaine de la capitale. De préférence en comité restreint et localisé, les festivités sont marquées par leur caractère animé, et varié en taille.

Haidi, originaire d’Irak, d’Iran, et du Liban, souligne que l’identité amsterdamoise se forme autour d’un melting-pot de cultures et communautés internationales au-delà d’un dialecte local. La gastronomie du Carnaval d’Amsterdam s’imprègne ainsi des traditions culinaires des communautés locales : héritage néerlandais accompagné des cuisines, à titre d’exemples, brésilienne, portugaise ou polonaise. La bière reste fétiche au niveau national. L’histoire coloniale, des négoces et des cultures a forgé l’Amsterdam d’aujourd’hui, à travers une influence internationale qui perdure notamment à travers l’événement SAIL Amsterdam, dévoilant d’anciens navires des années 1600-1700 qui font écho à la colonisation.

Le Sud : espace de folklore et de libre expression

Trois canards au Carnaval de Gelderland, Vaassen, Pays-Bas
Wim van ’t Einde, Unsplash

Vastenavond, tradition très animée dans le sud des Pays-Bas, met en arrêt pendant quelques jours la vie locale et les commerces : fête, défilés folkloriques, musique populaire, costumes et décors hors normes. Mis en place par les associations carnavalesques, les parades et défilés “D’n Optocht” et “Boonte Störrem” aux thèmes spécifiques mettent en lumière les défis de société au regard des figures publiques dès la fin de matinée jusqu’en début d’après-midi. Musiciens et fanfares les accompagnent. Semblables à des “manèges-voiture”, les chars sont construits par des ateliers de fabrication et les particuliers sur une année ; parfois un concours des constructions remarquables est à la clé.

Propres au sud, ces festivités débutent par des processions religieuses dans les lieux de culte en présence d’orchestres et de participants costumés. Le Prince de Carnaval, sélectionné parmi les résidents de la localité, reçoit au début des festivités les clés de la ville du maire en main propre. C’est une façon de remettre symboliquement le pouvoir aux citoyens pendant la fête ; le maire reste responsable de la ville. Les localités sont “sous prise de contrôle” par le Prince de Carnaval et les participants costumés.

A travers la satire et l’ironie propre aux Néerlandais, les parades de Vastenavond mettent en lumière les personnalités, les institutions publiques et politiques de manière chaleureuse et transparente. Haidi nous indique que “cette liberté d’expression doit rester non-discriminatoire et permet aux participants de s’exprimer dans l’espace publique”. Comme nous le rappelle la jeune leader, “Carnaval demeure avant tout un moment d’expression artistique libre, chaleureux et collectif”.

Le Carnaval des Pays-Bas met à l’honneur l’expression artistique, le devoir de mémoire des traditions, la diversité culturelle. Le melting-pot a un prix, celui de se rappeler de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage des années 1600 à 1700, notamment à travers Sail Amsterdam. Nord ou sud, le carnaval reste une tradition citoyenne et populaire qui permet de mettre en lumière les rôles joués en société.

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