Cadmium et engrais agricoles : ce que dit vraiment la science

, par Laurent Petit

Cadmium et engrais agricoles : ce que dit vraiment la science
Source : Pexel

L’agriculture bashing a de beaux jours devant lui, les campagnes médiatiques prenant de nombreuses formes. Par exemple en 2018, l’Union européenne a modifié la législation sur le taux de cadmium présent dans les engrais. Un sujet sur lequel de nombreuses contre-vérités ont été véhiculées. Mais qu’en dit exactement la science ?

La fin de l’année 2019 a été marquée par une profusion d’articles à charge contre le cadmium, une substance naturellement présente dans les engrais utilisés en Europe et partout à travers le monde. La presse se laisse souvent entraîner par des modes, le « dossier cadmium » n’a pas dérogé à la règle : Que Choisir, Le Journal de l’environnement, Le Monde ou encore Science & Vie, tout le monde a succombé à la tentation. Pourtant, les informations contenues dans ces articles sont souvent réfutables et/ou inexactes. Faisons le point.

Le cadmium est mauvais pour la santé : Vrai

• Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), le cadmium (Cd) fait partie des métaux lourds. S’il est présent naturellement dans les sols, il est aussi utilisé pour des applications industrielles, principalement comme matériau transformé (batteries, peintures, alliages…). Il est aussi présent en dose infinitésimale dans des minerais bruts comme le phosphate, qui entrent dans la fabrication d’engrais.

• Le cadmium est donc nocif pour la santé humaine, mais à haute dose uniquement. Le Larousse définit ainsi sa dangerosité : « Le cadmium, fortement absorbé par les vases marines, s’accumule particulièrement vite le long de chaînes alimentaires (d’un facteur 100000 chez les crustacés marins). On le rencontre aussi dans le riz. C’est un métal toxique, en particulier pour le squelette osseux et le rein. » Il s’accumule par exemple dans les mollusques, les céréales ou les racines riches en amidon.

• Le monde agricole utilise trois types d’engrais, dont les engrais phosphatés. Ces engrais se présentent sous forme de granules et ne sont pas « aspergés sur les plantes » comme le colportent certains articles particulièrement mal renseignés, y compris dans des publications pourtant sérieuses comme Les Echos. Les intox sur le sujet sont, en fait, plutôt récurrentes.

• Selon Terry Roberts, président de la très sérieuse INPI et auteur du livre Cadmium and Fertilizers : The Issues and The Science, « le seul cas connu de toxicité au cadmium remonte aux années 50 au Japon, dans des rizières. De manière générale, les conclusions de nos études scientifiques montrent que les fertilisants contenant du cadmium sont sains et ne présentent aucun risque pour la santé humaine ».

Le taux de cadmium dans les engrais est trop haut : Faux

• Entre 2016 et 2018, les autorités européennes ont discuté d’un abaissement du taux de cadmium dans les engrais phosphatés, de 90 à 60mg/kg. Descendre plus bas, comme le souhaitent certains lobbies, aurait des conséquences indiscutables sur l’indépendance alimentaire européenne.

• En septembre 2018, l’Université de Wageningen a publié une étude sur l’impact du cadmium sur les sols. « Limiter le cadmium dans les engrais n’aura qu’un très faible impact, dans les 20 ou 50 années à venir, sur le niveau de cadmium présent dans les sols. Compte tenu de la faible absorption du cadmium présent dans le sol par les cultures, il est très probable qu’une réduction du niveau de cadmium dans les engrais n’aurait qu’une incidence très marginale sur les aliments consommés en Europe. »

• « Les études montrent que le niveau actuel toléré ne présente pas de risque pour la santé et qu’il n’y a pas non plus de raisons agronomiques pour justifier une baisse de ce taux », tempéraient, en octobre 2018, les dirigeants de l’UNIFA (Union des industries de la fertilisation). Jusque-là en France, le taux légal était donc de 90 mg/kg, sans aucun scandale sanitaire à déplorer.

• Faisant habituellement autorité en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) admet alors ne pas avoir les outils et les données scientifiques pour statuer sur la dangerosité du cadmium présent dans les engrais utilisés en France. Dans un rapport d’expertise de 2015, elle admet que ses « rapporteurs jugent nécessaire la réalisation de travaux pour évaluer au cours du temps, en fonction des apports en cadmium dus aux engrais phosphatés, l’évolution de la teneur en cadmium dans les sols français, la contamination des productions végétales et de facto, l’exposition alimentaire associées ». En résumé, les informations scientifiques n’étayent pas la thèse d’une toxicité dans les produits utilisés en Europe.

• En novembre 2018, l’Union européenne vote finalement une nouvelle norme sur le taux de cadmium présent dans les engrais utilisés par les agriculteurs européens. Elle instaure une limite à 60mg/kg pour les prochaines années, taux qui sera éventuellement réexaminé selon un accord provisoire.

Les limites réglementaires sont très hétérogènes à travers le monde : Vrai

• Selon la publication américaine International Journal of Engineering Sciences & Research Technology, il existe de grandes variations entre les réglementations, d’un pays à l’autre. Cela commence avec la Suède qui, en 2011, a notifié la Commission européenne d’un changement de sa propre législation, passant de 100 à 46mg/kg, selon le SCHER (Scientific Committee on Health and Environmental Risks). A l’autre bout du spectre, on retrouve la Nouvelle-Zélande qui autorise des fertilisants à 122mg/kg, suivie par l’Australie à 131mg/kg, le Japon à 148mg/kg ou encore le Canada – pourtant très à cheval sur les règles sanitaires – dont la réglementation est la moins contraignante, avec un seuil réglementaire maximal de 889mg/kg.

• Aux des États-Unis, chaque État est libre de fixer ses taux. Par exemple, l’Etat de Washington (extrême nord-ouest) est calé sur le Canada avec 889mg/kg. Là encore, on est loin du seuil de 60mg/kg instauré par l’UE.

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