Vite, des entreprises européennes !

, par Léonard de Chaisemartin, Olivier Sirello

Vite, des entreprises européennes !
Eurofighter Typhoon, avion développé par Eurofighter GmbH Auteur : Dean Thorpe - Certains droits réservés

Le « rapport Gallois » récemment rendu au gouvernement sur la compétitivité française interroge également sur les stratégies européennes actuelles. Celles-ci y sont vivement critiquées et sont jugées « trop générale[s] et lacunaire[s] ». Trop générales, car dépassées par les nouvelles donnes de la compétition internationale et la montée en puissance de nouveaux acteurs, notamment les BRICS. Lacunaires, car n’abordant pas les sujets de l’énergie et des matières premières, qui sont pourtant un des talons d’Achille européens.

Mais le rapport Gallois nous paraît lui aussi « passer à côté » d’une nécessité, celle d’une action en faveur d’entreprises européennes. Il demeure en effet dans une perspective nationale, ne voyant dans les politiques communautaires de compétitivité que les avantages et les risques qu’elles représentent pour la France. Or en réalité, pour les auteurs de cet article, intérêts continental et national se confondent.

Les stratégies actuelles et leurs erreurs

Un dogme communautaire actuel majeur, d’ailleurs justement critiqué par Louis Gallois, va à l’encontre de cette idée d’identité d’intérêts. La concurrence est vantée par le site officiel de l’Union européenne comme incitant les entreprises à l’innovation et diminuant les prix, à l’avantage des consommateurs. Au sein du marché unique tout d’abord, les seules exceptions à la règle d’atomicité admises sont les monopoles naturels et les services publics. Vis-à-vis de l’extérieur ensuite, le protectionnisme étant vu comme un mal qu’il s’agit de toujours combattre pour empêcher qu’il renaisse.

D’après le même site, la priorité est donnée aux petites entreprises plutôt qu’aux grandes, avec l’idée que les premières sont largement majoritaires, et que ce sont elles qui ont le plus besoin de l’aide européenne. C’est méconnaître la réalité du marché international : dans de nombreux secteurs, seules de grosses structures seraient capables de résister à la concurrence des géants nord-américains, japonais ou émergents.

Enfin l’Union européenne semble pour le moment estimer que le marché intérieur peut toujours constituer le débouché principal des entreprises européennes et le moteur de la croissance. Pourtant, ce marché est ouvert et une large part échappe à nos entreprises. De plus, sa croissance se ralentit (surtout à l’Ouest), et reste durement touchée par la crise.

Quelles réformes ?

Le modèle de compétitivité proposé par l’UE nous paraît dans l’impasse. C’est pourquoi nous voulons mettre en avant de nouvelles propositions.

Il faut tout d’abord mettre fin, dans certains secteurs, à la concurrence entre entreprises nationales. Celle-ci s’apparente souvent à une concurrence inter-Etats membres et effrite la solidarité entre pays. Pour que les effets bénéfiques de la concurrence soient préservés, il faut conserver celle qui vient de l’extérieur : cela revient à abandonner l’idée d’un protectionnisme quantitatif européen, proposée par exemple par le mouvement des Poissons roses [1]. Elle serait de toute façon difficile à mettre en place, l’Europe dépendant trop du reste du monde pour imposer un protectionnisme. Certains secteurs sont peu touchés par la concurrence extérieure : dans ceux-là, la concurrence inter-membres ne serait pas supprimée.

Dans les secteurs où l’intégration à la concurrence mondiale empêche l’éventualité d’un monopole, la règle d’atomicité et le modèle de la petite entreprise doivent être abandonnés. Ainsi, et pêle-mêle, dans les secteurs de l’énergie, de l’automobile, de l’équipement, de l’armement, de la haute technologie etc., l’Europe doit encourager les fusions. Une première étape serait d’accroître les programmes faisant collaborer des entreprises privées de différents pays, au-delà des domaines traditionnels de l’harmonisation des normes et de la requalification industrielle (voir pour ce dernier domaine l’article qui montre à quel point la collaboration d’entreprises de différents pays peut y être fructueuse.

A ce titre, EADS représente un modèle, certes imparfait, car le fonctionnement y reste encore très « intergouvernemental » : le fait que les Etats soient actionnaires suscite des controverses permanentes sur la répartition des fonctions de commandement et des emplois entre nations. Cela est dû au fait que les dirigeants nationaux (Angela Merkel principalement) n’identifient pas encore l’intérêt de leur pays avec l’intérêt européen. La mise en place d’entreprises européennes sera nécessairement difficile et progressive, ce qu’illustre l’échec du processus de fusion d’EADS et BAE, qui avait suscité l’espoir des observateurs économiques.

Pourtant seules des entreprises européennes pourront faire face aux géants des autres continents, et chercher des débouchés ailleurs que dans un marché intérieur peu dynamique : elles sont une des solutions majeures aux crises actuelles, et montrent que ce n’est que par plus d’intégration que l’Europe pourra résoudre ses difficultés.

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Notes

[1page IV du programme

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