Une politique énergétique européenne dans le gazoduc

Partie I

, par Pieter de Jaegher, Traduit par Ágnes Portik

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Une politique énergétique européenne dans le gazoduc

En janvier 2006 la fourniture de gaz vers l’Europe s’est arrêtée pour environ un jour, en raison d’un conflit commercial entre Gazprom de la Russie et Naftogaz de l’Ukraine. En même temps, les capacités de stockage disponibles ont limité les problèmes provoqués par la perturbation. Cependant, en janvier 2009 un autre conflit du gaz est survenu. Cette fois la perturbation a duré pendant presque deux semaines et a causé de graves pénuries.

Juste comme en 2006, Gazprom a voulu changer les conditions de la livraison de gaz pour l’Ukraine. Comme ce pays achète toujours son gaz à un prix préférentiel, et pas à un prix dirigé par les marchés mondiaux, des réclamations de Gazprom n’ont pas semblé excessives à première vue. En dépit de cette explication plutôt plausible, il est difficile de fermer les yeux sur les implications géopolitiques de ces conflits de gaz. Par le pouvoir de Gazprom, la Russie vise à déstabiliser l’Ukraine. Cet ancien pays satellite est maintenant vu comme un associé irrespectueux aux yeux de la Russie à cause de la Révolution Orange. Le gaz offre à la Russie la possibilité de se venger pour l’ingratitude de l’Ukraine et pour renforcer l’opposition des pro-Kremlin. D’autre part, l’Ukraine a essayé d’obtenir la bonne volonté de l’Ouest, et plus spécifiquement de l’UE, par les actions qui ont finalement fait complètement couper à la Russie le transport de gaz en Europe.

La discussion au sujet de ces événements n’est pas le but de cet article. Plus importante est la piqûre que l’UE a reçu par ces incidents. Quelques Etats membres ont subi d’énormes dommages économiques par la crise et ne pouvaient pas garantir aux ménages un écoulement suffisant de l’électricité et du gaz, causant des tragédies sociales. La Russie a perdu sa réputation en tant que fiable fournisseur du gaz, d’autant plus qu’elle sert des moyens politiques, alors que l’Ukraine ne semble plus être un fiable pays en transit. Intérieurement, la crise a exposé plusieurs défauts dans les efforts de l’UE de construire un marché commun de l’énergie. En même temps l’Europe s’est rendue compte de sa vulnérabilité externe. L’UE recherche donc des solutions à ses faiblesses en formulant et en augmentant les directives nécessaires pour mettre au point le marché intérieur d’énergie qui pourra aborder tous ces problèmes.

Les conflits entre un fournisseur et un pays de transit ne sont pas les seuls problèmes majeurs pour l’UE. Une demande croissante en ressources énergétiques dans d’autres régions du monde est un autre sujet de souci. La Chine, l’Inde et la Russie sont témoins d’une demande plus élevée de l’énergie à cause de leur développement économique. L’exploitation des gisements de gaz existants semble produire également des problèmes. En raison des réserves de gaz en diminution et des investissements réduits en technologie et développement de nouveaux gisements de gaz, la production ne peut pas suivre la demande. L’infrastructure désuète du gaz est encore un autre danger potentiel. Une panne causerait plus de dégâts que n’importe quelle interruption de la livraison pourrait provoquer.

Alors, qu’en est-il de la dépendance européenne au gaz russe ? La consommation de l’UE est-elle vraiment si mal diversifiée ? Est-ce que les visions d’une domination russe sur la consommation de gaz de l’UE sont surestimées ou justifiées ? Faut-il avoir peur de l’ours russe comme nous l’avons eu par le passé, pendant la guerre froide ?

Les faits sont plus complexes qu’il ne semble. Le gaz naturel ne concerne que 24% de la consommation d’énergie de l’UE. De cette consommation de gaz naturel, l’UE en produit environ 40% elle-même et importe 60% dont le gaz russe prend une part de 42%. La Norvège et l’Algérie suivent avec 24.2% et 18.2% respectivement. De façon générale, la dépendance d’importation sur le gaz russe ne semble pas très problématique à première vue. Cependant, un oeil plus attentif prouve qu’il existe une différence énorme, particulièrement entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est. Dans cette dernière région, quelques pays dépendent entièrement des importations russes pour leur consommation de gaz. Cependant, la part du gaz naturel dans leur consommation d’énergie totale diffère de manière significative.

Pour l’Europe occidentale, les faits sont complètement différents. Bien que la dépendance globale à l’importation demeure haute, au moins pour le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Danemark, il y a quelques différences au sujet de la dépendance sur le gaz russe. D’ailleurs, la part du gaz naturel dans la consommation d’énergie totale varie encore considérablement. La Finlande, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et la France sont en tête si on considère la part du gaz russe dans les importations totales de gaz, alors que les importations russes de gaz dans les pays comme la Belgique, l’Espagne, le Portugal ou le Royaume-Uni sont négligeables ou inexistantes.

À l’avenir, la dépendance à l’importation de l’UE augmentera encore plus, en raison de la diminution de la production de l’énergie indigène. La demande de l’énergie montera aussi bien. Selon des données de la Commission, « la dépendance d’importation de l’énergie de l’UE passera de 50% de consommation totale d’énergie d’UE aujourd’hui à 65% en 2030. On s’attend à ce que la dépendance envers des importations de gaz augmente de 57% à 84% en 2030, de pétrole de 82% à 93% ». Cependant, les politiques et les actions sur l’efficacité énergétique devraient être prises en considération. Celles-ci devraient pouvoir garder un équilibre stable malgré une demande plus élevée et une réserve en baisse. Si l’UE peut réagir convenablement à ces défis, une dépendance plus élevée d’importation ne constituera pas forcément une menace, parce que suffisamment de produits de remplacement seront disponibles. Ceux-ci peuvent offrir un asile sûr supplémentaire pour de futurs problèmes de livraison.

L’adoption du troisième paquet pour libéraliser davantage le marché européen de l’énergie le 25 juin 2009 est un signe que l’UE est prête à agir dans ce domaine.

Illustration : Gazoduc. Source : google images

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