Sommet de Copenhague, répondre aux énigmes du changement climatique

, par Laurent Nicolas, Maria Xypaki

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Sommet de Copenhague, répondre aux énigmes du changement climatique

Jusqu’où les pays émergents comme la Chine ou l’Inde sont-ils prêts à aller pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ? Comment financer la lutte contre les changements climatique dans les pays pauvres ? Voici quelques-unes des nombreuses questions auxquelles le sommet de Copenhague devra répondre.

La Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), établie après le sommet de Rio en 1992, prévoit la tenue annuelle d’une série de négociations au sein de l’organe principal de cette convention, la Conférence des Parties (COP), regroupant principalement les ministres de l’environnement. La quinzième réunion de la COP, ou COP15, est le nom officiel du sommet de Copenhague qui se tiendra du 7 au 18 décembre 2009 au Bella Center dans la capitale danoise. 192 pays y seront représentés, et l’on y attend plus de 15.000 participants officiels (diplomates, conseillers) mais aussi une foule de journalistes et d’activistes.

L’affrontement annoncé entre pays riches et pays émergents

L’objectif de ce sommet qui suscite d’ores et déjà la plus grande attention est d’aboutir à la signature d’un accord qui devra définir les nouveaux objectifs de la communauté internationale en matière de lutte contre les changements climatiques, dans le prolongement du protocole de Kyoto qui prend fin en 2012.

Réussir à définir une stratégie d’ampleur implique de s’attaquer à plusieurs enjeux. Tout d’abord, quels sont les pays qui devront réduire en priorité leurs émissions de gaz à effet de serre et pour combien de temps ? La Chine, par exemple, est devenue le premier émetteur de CO2, devant les Etats-Unis, alors que l’économie américaine a historiquement émis bien plus de CO2 que sa rivale chinoise. Les autorités chinoises ont par ailleurs défendu leur droit à développer leur économie, jouant sur la responsabilité des Etats-Unis et de l’Union Européenne (UE) dans la lutte contre les changements climatiques. A Bonn, en avril et juin dernier, les deux cycles de discussions préparatoires à la COP15 ont précipité l’agacement des pays émergents face à l’incapacité des pays développés à avancer des propositions concrètes, notamment concernant les mesures destinées à aider les pays les plus pauvres à mettre en place des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique.

L’UE doit garder la main

A quelques mois du sommet crucial de Copenhague, les termes de la négociation sont ainsi posés : les pays en voie de développement demandent aux plus riches de s’engager sur une réduction considérable des émissions de CO2 (autour de 40% inférieures au seuil de 1990 d’ici à 2020), et de prévoir dans le même temps une aide financière chiffrée entre 0,5 et 2% de leur PIB afin de permettre leur adaptation. De leur côté, les pays industrialisés, à l’exception de l’UE, ne sont pas parvenus à formuler des engagements clairs.

L’Union Européenne est en effet le seul groupe de nations disposant d’un engagement contraignant et chiffré de réduction des gaz à effets de serre : diminuer de 20% les émissions par rapport au seuil de 1990 d’ici à 2020, et viser les 30% si d’autres nations s’imposent des objectifs similaires. Pour ce qui est du financement de mesures similaires dans les pays en développement, le commissaire européen à l’environnement Stavros Dimas avait plaidé en faveur d’une stratégie globale de développement sans carbone, tenant compte des ressources domestiques et s’appuyant sur une gouvernance assainie, pouvant inciter à tourner les investissements privés vers des technologies plus propres. Selon Dimas, le financement public serait assuré par la communauté internationale afin de couvrir les investissements ne pouvant pas être financés localement.

De l’autre côté de l’Atlantique, les engagements sont bien moins lisibles sur tous les grands enjeux du sommet de Copenhague. S’étant d’abord prononcé pour une cible de 80% de réduction sur le long terme, l’administration Obama, plus réceptive que la précédente sur les questions environnementales, a récemment annoncé vouloir défendre tout aussi fort des objectifs de moyen terme, sans plus de précisions chiffrées.

Européens et Américains doivent s’entendre

Toutefois, les deux dernières réunions du Conseil Européen (mars et juin 2009) n’ont pas permis d’avancer dans la définition d’une position concrète des 27 avant ce sommet crucial. En partie du à la gestion de la crise économique qui touche toute l’Europe, les chefs d’Etats et de gouvernements ne se sont pas risqués à évaluer la part que l’UE pourrait prendre en charge dans le financement des procédures décidées à Copenhague. La tâche incombe donc à la Suède, pays pionnier en matière de politique environnementale, et qui sera à la tête de l’Europe jusqu’à la fin de l’année 2009.

L’Union défend sa position de leader dans la lutte contre les changements climatiques, position acquise grâce à des politiques environnementales dynamiques. Mais pour préserver cette autorité, les Européens doivent reprendre l’initiative en proposant un système de financement au futur équilibre de Copenhague, et ainsi renforcer leur coopération avec les Etats-Unis.

La constitution d’un front transatlantique uni derrière des revendications communes sera la meilleure chance de faire accepter aux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) leur responsabilité dans l’accroissement du réchauffement climatique. Dans une période de crise économique globale, qui doit être, d’après Barroso, « un déclic pour le changement, et non une excuse à l’inaction », la capacité de l’Europe à influer sur le cours des négociations internationales devient une urgente nécessité.

Illustration :Visuel de campagne d’Oxfam contre les changements climatiques

Source : Flickr

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