Géopolitique

Quel avenir pour la PESD ? (I)

Quelle « Politique Européenne de Sécurité et de Défense » ?

, par Marie Molinié

Quel avenir pour la PESD ? (I)

Les questions de sécurité et de défense sont un enjeux fondamental pour nos sociétés européennes et pour la réalisation du projet européen. Ces questions sont aussi le dernier refuge de la pensée souverainiste.

Et on se doute bien que de la réponse technique apportée à ces questions diplomatiques et militaires émergera, ou pas, le projet d’une Europe politique. A partir de ce jour nous publions donc dans nos colonnes, une série d’articles consacrés à cette question dont nous vous proposons ici le tout premier épisode.

Dans ce tout premier épisode, on s’attachera à définir l’objet ’’PESD’’ tout en revenant sur les circonstances de la naissance de celle-ci.

Fait important que bon nombre d’hommes politiques ont oublié lors de la dernière campagne référendaire : l’économie n’a pas été la seule préoccupation des Pères fondateurs de la CEE, aujourd’hui Union européenne (UE).

La genêse de l’actuelle PESD

Avant même les Traités de Rome, le plan Pleven proposait aux citoyens d’Europe de l’Ouest une Communauté Européenne de Défense, donnant naissance à une véritable armée européenne, chapotée par un ministre européen de la défense. En un mot, une première étape inespérée et porteuse d’espoirs pour les fédéralistes.

Après le rejet de la CED en 1954, il faudra attendre 1992 pour que la défense et les relations extérieures figurent à nouveau dans un traité communautaire. Pire, il faudra attendre de constater notre incapacité à résoudre un conflit ayant eu lieu à nos portes pour lancer effectivement les bases d’une politique européenne de sécurité.

La question que l’on peut d’entrée se poser est celle de l’utilité de la PESD. Avant 1992 en effet, et encore aujourd’hui, c’est l’OTAN qui assurait la sécurité européenne. Depuis l’effondrement du bloc communiste et de la menace soviétique, l’OTAN n’a pas disparu. Pourquoi donc mettre en place une autre force militaire ?

La question ne s’est en réalité pas posée. Adoptant une logique pragmatique, avec comme objectif premier le renforcement des capacités militaires des Etats européens, la France et le Royaume-Uni ont jeté à Saint-Malo les bases opérationnelles d’une politique européenne de sécurité et de défense.

La PESD fut lancée par les deux Etats ayant une politique étrangère totalement opposée dans son rapport aux Etats-Unis depuis la crise de Suez de 1956. Par les deux Etats incarnant les positions les plus opposées quant à l’avenir de l’UE : union politique ou simple zone de libre-échange ? Cette originalité dans le lancement de la PESD revêt encore tout son sens aujourd’hui. Si l’accord de ces deux Etats était nécessaire pour lancer la PESD, il l’est encore plus actuellement, pour lui assurer un avenir.

Pourquoi la PESD ?

L’actuelle PESD est née pour des raisons tant internes qu’externes.

D’un point de vue interne il faut souligner le fait que, malgré l’échec de la CED en 1954, la perspective d’une Europe politique n’a en fait jamais été abandonnée. Après avoir réalisé la marché commun puis lancé les bases d’une monnaie unique, la défense était l’étape nécessaire pour l’avènement d’une Europe politique. Par cette Europe politique, les dirigeants européens de l’époque entendaient faire d’UE une entité forte et crédible sur la scène internationale, capable de défendre ses intérêts tout en diffusant ses valeurs.

Sur le plan externe, deux évènements ont facilité l’émergence d’une PESD.

En effet, l’année 1990 avait vu l’effondrement du bloc communiste et partant, la disparition de la menace soviétique. D’une part, une fois cette menace disparue, les lacunes capacitaires des Etats européens ne représentaient plus un obstacle à la construction de la PESD. Avant 1990, cela constituait un obstacle dans la mesure où les Etats d’Europe de l’Ouest craignaient une attaque soviétique. Surtout, la menace soviétique disparaissant, le continent européen perdait tout son intérêt stratégique pour les Etats-Unis et d’une certaine façon, pour l’OTAN. Avant 1990, les Etats-Unis étaient attentifs aux activités se déroulant en Europe de l’Ouest car ils craignaient une progression du communisme. L’OTAN avait d’ailleurs été créée pour assurer la défense des Etats européens en cas d’agression de la part de l’URSS.

Le menace soviétique ayant disparu, les Etats-Unis n’ayant donc plus aucun intérêt à être attentifs à l’actualité d’Europe de l’Ouest, le champ était, théoriquement, libre pour lancer une politique de sécurité et de défense européenne, proprement européenne.

Le fait déclencheur de la PESD reste néanmoins, au-delà de ces explications théoriques, la guerre en Bosnie-Herzégovine, que les Etats européens ont été incapables de gérer. Dans la mesure où les dirigeants européens se targuaient de mettre sur pieds une Europe politique forte et crédible sur la scène internationale, il paraissait quelque peu navrant voire choquant qu’ils ne parviennent pas à régler un conflit se déroulant à quelques kilomètres de leurs capitales respectives. Comment justifier auprès des citoyens européens que l’UE légifère sur les modalités de fabrication du fromage au lait cru alors qu’elle était impuissante face à des massacres ?

C’est donc l’existence de conflits majeurs et la volonté d’affirmer l’Europe politiquement qui ont conduit à l’émergence de la PESD.

Au-delà des causes de l’émergence de la PESD, l’avenir de cette politique se jouera en fonction notamment de l’alliance ou non de la France et du Royaume-Uni, et au travers d’eux, de deux conceptions de la sécurité européenne.

Parce qu’une partie des causes de l’émergence de la PESD sont celles ayant entraîné une modification de la politique de l’OTAN, l’avenir de la première nous impose de nous interroger sur ses relations avec la seconde.

L’avenir de la PESD renvoie donc nos Etats devant leurs responsabilités. Il exigera d’eux une forte dose de volonté politique, notamment dans le domaine de l’armement. Et cette question spécifique sera l’objet du prochain article consacré à la PESD.

Une PESD qui devra enfin s’assurer une identité propre et une originalité spécifique par rapport à l’OTAN pour ne pas être réduite à une simple réplique, en moins efficace. Ce qui sera l’objet de notre article de conclusion.

Illustration :

Photographie d’un char d’assaut « Abrams M1A1 » en Irak, US Army, octobre 2004 (Sources : Denniss, Avril 2005, wikipedia).

Mots-clés

Vos commentaires

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom