Les Biélorusses veulent du changement... mais à quel point ?

, par Traduction de Benoît Pélerin, David R. Marples

Les Biélorusses veulent du changement... mais à quel point ?

Plusieurs indices montrent que le peuple biélorusse, relativement passif, aspire à des changements fondamentaux dans la vie politique et économique de leur pays. Certains militants comme le candidat à l’élection présidentielle, Andrei Sannikau, affirment sentir une vague de fond populaire qui pourrait balayer le pouvoir de Loukachenka lors des élections à venir le 19 décembre.

Quelle crédibilité accorder à un tel scénario ? Existe-t-il de réelles possibilités de changement en Biélorussie après la longue présidence d’Alexandre Loukachenka ?

Culte de la personnalité et mécontentement

Le plus récent sondage publié par l’Institut Indépendant de Recherche Politique et Socio-économique, mené entre le 2 et le 12 Septembre 2010, basé sur 1 527 « répondants » et ayant une marge d’erreur inférieure à 3 %, fourni des résultats révélateurs.

Plus du tiers s’est accordé à dire qu’il existe un culte de la personnalité autour de Loukachenka dans le pays et 28 % supplémentaires ont vu des signes grandissants de ce phénomène. Moins du quart continue d’affirmer qu’un tel culte n’existe pas.

À la question « quel type de président doit avoir la Biélorussie à l’avenir ? », 43,2% ont répondu qu’il devrait encourager des changements majeurs par rapport à l’actuelle ligne de conduite contre 38,2% qui ont estimé qu’on ne devrait pas s’écarter la politique actuelle. Presque 40% considèrent que le futur président devrait rapprocher la Biélorussie de l’Union Européenne, tandis que moins de 25% préfèrent un président qui défendrait une intégration plus avant avec la Russie. Presque 60% sont en faveur d’un président défenseur de l’économie de marché contre moins de 15% qui préféreraient un adepte de l’économie planifiée (un modèle à l’ordre du jour prochain « Congrès pour la Biélorussie » de Loukachenka).

Andrej Sannikau : montée d’une opposition en faveur de l’UE

De nombreux observateurs ont perçu du mécontentement parmi les Biélorusses. Le plus remarquable concernant peut-être l’ancien ministre des affaires étrangères Andrej Sannikau dont la campagne a déjà rassemblé plus de 150 000 signatures, faisant de lui l’une des dix figures de l’opposition ayant atteint les 100 000 signatures nécessaires, aux côtés de Uladzimir Neklyayeu, qui se trouve à la tête du mouvement « Dites la vérité » et Mikola Statkevich du Parti Social Démocrate de Biélorussie. Sannikau utilise sur le site européen de la Biélorussie le slogan « Pour une Biélorussie normale ! », une référence satirique à la propagande gouvernementale, mais dénonçant aussi la voie « idiosyncratique » suivie récemment par le président en exercice.

Sur le site de Charter 97 (ndt : principal mouvement d’opposition), Sannikau développe ses idées alors que la campagne pour obtenir les signatures nécessaires s’accélère. Il se concentre notamment sur la rupture des relations avec la Russie, décrit le modèle économique de Loukachenka comme branlant et insiste sur l’urgence d’une coopération régionale. Les discussions entre officiels biélorusses et membres d’associations d’État russes sont plutôt chose commune, mais mi-octobre, Sannikau a été invité à une table ronde à l’Académie Diplomatique du ministère des affaires étrangères russe, aux côtés de plusieurs délégués « officiels » biélorusses.

Au cours de la discussion, les participants se sont, selon Sannikau, divisés en deux camps : l’un adhérant à la « vieille approche » et prenant la défense des actions récentes de Loukachenka, tandis que le second (majoritaire) s’est concentré sur les moyens de faire revenir les relations Russo-Biélorusse « à la normale ». Plus remarquablement, plusieurs délégués ont ressenti un écart grandissant entre les systèmes publics biélorusse et russe du fait du délabrement du système économique au Belarus. En d’autres mots, les faiblesses économiques en Biélorussie rappellent le besoin de changements politiques.

Sannikau appuie ses arguments par un commentaire sur le nouveau rapprochement entre la Biélorussie et l’UE, évoquant le soutien de Nicolas Sarkozy à la création d’un espace économique commun entre les deux pays via un régime de libéralisation des visas. Cependant le partenaire biélorusse ne pourra prendre part à une telle initiative sans un changement de leadership à Minsk. Sannikau semble ainsi s’appuyer sur le soutien sincère des biélorusses à un resserrement des liens avec l’Europe sans s’aliéner le voisin russe. A l’opposé, il voit dans la Russie un allié précieux dans le rapprochement avec Bruxelles.

Loukachenka indéracinable ?

En attendant Loukachenka semble être enraciné sur ses positions. Le 22 octobre, il a participé à la campagne « Question au président » organisée par le l’Union Républicaine de la Jeunesse et l’organisation du Pionnier Biélorusse, deux organisations de jeunesse soutenues officiellement par les autorités. Il y a déclaré : la Biélorussie est un îlot de paix de tranquillité, parlant comme à chaque fois du bouleversement économique ayant immédiatement suivi l’indépendance au début de 1990 et comparant cette période avec ses propres réalisations. Il s’est adressé à la jeunesse, qui occupe l’ancien siège du Komsomol à Minsk, comme étant « la première génération » ayant « grandi dans un état souverain et indépendant ». Aucun doute que dans un tel environnement il s’est senti à l’abri de toute question dérangeante.

En théorie donc la population désabusée semble prête à embrasser le changement tandis que son président, qui s’est appuyé sur la force et la manipulation pour rester en place, semble à cour d’idées. La difficulté cependant, en dehors de procédures électorales moribondes et faussées, est l’attitude des citoyens.

La plupart souhaite des réformes économiques, y compris l’élite en col blanc. Selon un observateur, tout le monde veut voir du changement, mais personne ne se croit capable de l’influer ou que ce sont les élections qui l’apporteront. La tâche de Sannikau et des autres consiste donc à persuader l’électorat de la possibilité d’une victoire et d’inculquer la foi dans le mouvement pour le changement.

Deux bémols doivent cependant être soulignés. Premièrement, le chemin vers l’Europe aux côtés de la Russie n’apporte que peu de gages quant à la continuité de la démarche indépendante de la Biélorussie. Deuxièmement, les européens semblent plus disposés que jamais à accueillir la Russie indépendamment du résultat des élections en Biélorussie.

Version originale de l’article publiée d’abord sur le site de The Jamestown Foundation

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