Le traité de l’Elysée, 50 ans après

, par Arnaud Huc

Le traité de l'Elysée, 50 ans après
De Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer © Parlement européen

Voilà maintenant 50 ans que le traité de l’Elysée a été signé entre la France et l’Allemagne. 50 ans après cet acte qui a fait avancer l’Europe et en particulier le couple franco-allemand quelles perspectives ce projet a-t-il encore devant lui ? En effet, alors que l’Europe est au beau milieu d’une crise économique et politique, les prochaines années vont quant à elles être marquées par une nécessité de réformes institutionnelles en Europe, la refondation du couple franco-allemand et le risque de retrait du Royaume-Uni.

Des réformes nécessaires

L’année 2013 risque d’être une année pendant laquelle les changements institutionnels ne vont pas être nombreux en particulier du fait des élections fédérales allemandes qui auront lieu à la fin 2013. En 2014 par contre, les changements en Europe risquent d’être nécessaires et potentiellement importants. En effet, devant les difficultés décisionnelles au sein de l’Union ce sont les Etats qui ont repris le leadership dans la crise, laissant les institutions européennes à la remorque. 2014 va donc certainement être l’année de réformes institutionnelles qui viseront à rendre plus clair le mode de décision. On peut par ailleurs conjecturer qu’avec ces réformes strictement institutionnelles vont avoir lieu des réformes sur la gouvernance économique et sur la stabilité budgétaire de la zone Euro.

La nécessaire refondation du couple franco-allemand

50 ans après l’acte qui marqua la fondation du couple franco-allemand nous sommes forcés de constater que les relations ne sont pas au beau fixe. Les dissensions actuelles au sein du couple franco-allemand, et qui prennent leurs sources dès fin 2011 peuvent être expliquées par plusieurs facteurs.

Premièrement la France et l’Allemagne ne partagent pas la même vision de l’Europe, deuxièmement les idéologies politiques d’Angela Merkel et de François Hollande sont dissemblables, et troisièmement la France et l’Allemagne ont décidé de se doter de soutiens différents dont les buts sont là encore dissemblables, les pays du Nord (Pays-Bas, Danemark) pour l’Allemagne, et les pays du Sud pour la France.

Ce froid entre Merkel et Hollande doit être réglé d’autant plus vite que Merkel risque d’être réélue. Elle jouit en effet d’une bonne popularité en Allemagne suite à sa fermeté sur les sujets européens et à la conjecture économique actuellement favorable en Allemagne. Hollande ne peut donc pas, a priori, compter sur un changement de chancelier en Allemagne et devra donc s’entendre avec Angela Merkel pour que l’Union européenne retrouve la voie de la stabilité.

L’Allemagne et la France vont donc devoir négocier ensemble pour sortir de la crise institutionnelle et économique qui frappe l’Europe. 50 ans après le traité de l’Elysée un autre traité va devoir être discuté au sein de l’Union et on peut espérer que, partageant plus ou moins des visions fédéralistes, la France et l’Allemagne se décident enfin à envisager un traité ambitieux.

Du couple franco-allemand au ménage à trois

Le couple franco-allemand a souvent été dénoncé et nombres de pays ont voulu sinon le diluer au moins le contourner en essayant eux aussi de constituer un centre d’impulsion en Europe. Nicolas Sarkozy avait par exemple voulu en terminer avec le couple franco-allemand en privilégiant au début de son mandat un rapprochement avec le Royaume-Uni. Cependant le Royaume-Uni, du fait de la conception fortement eurosceptique qui habite la plupart de ses dirigeants, ne peut constituer un déclencheur des réformes à engager en Europe. C’est d’ailleurs ce rapprochement entre la France et le Royaume-Uni qui avait mené l’Union dans une impasse, hésitant entre simple marché commun et union politique.

Il est cependant vrai que réduire l’Union européenne au couple franco-allemand est problématique. Les pays du sud de l’Europe, en particulier l’Italie (et dans une moindre mesure l’Espagne) voulaient déjà avant la crise que la relation privilégiée entre France et Allemagne se desserre pour permettre un décalage vers le sud du centre d’impulsion.

La crise a semble-t-il contré les rêves de l’Italie dans un leadership refondé de l’Union européenne. Néanmoins c’est cette même crise qui a fait apparaître un nouvel acteur, la Pologne. Cet Etat qui a longtemps été eurosceptique est depuis peu devenu un fervent europhile. On peut imaginer que le duopole franco-allemand qui dirige pour l’instant l’Europe se transforme en triumvirat avec la Pologne représentant les pays de l’ex-bloc soviétique.

Vos commentaires

  • Le 22 janvier 2013 à 16:11, par un eurofédéraliste En réponse à : Le traité de l’Elysée, 50 ans après

    Question : on parle de plus en plus de la Pologne et du triangle de Weimar (Allemagne, France, Pologne) pour faire avancer l’Europe. Pourquoi est-ce qu’on met de côté l’Espagne et surtout l’Italie ? D’accord, elle sont en crise pour l’instant, mais : 1) La crise, aussi dure soit-elle, n’aura qu’un temps 2) L’Espagne est aussi peuplée que la Pologne (40M) et moins que l’Italie (60M, comme la France) 3) L’Espagne a une relation privilégiée avec l’Amérique latine 4) L’Espagne et l’Italie sont traditionnellement assez européennes, voire fédéralistes, alors que la Pologne l’est depuis peu 5) Si la Pologne et l’Allemagne ont une histoire compliquée qui les rapproche, voire une culture commune d’après quelques rares personnes, on peut en dire autant de la France avec l’Espagne et l’Italie, tous trois pays latins, à la langue et la culture encore plus proches.

    Comprenez-moi bien, je ne souhaite pas un directoire des plus cinq grands Etats (ou plutôt des cinq Etats les moins petits) en Europe. Je préférerais une Europe fédérale, avec une voix par Etat et une voix par citoyen. Mais en attendant, s’il faut être pragmatique et attendre un leadership de certains grands Etats, pourquoi le Triangle de Weimar et pas les cinq grands ?

    PS : je laisse de côté le Royaume-Uni, pas besoin d’en parler

  • Le 22 janvier 2013 à 16:55, par Momo En réponse à : Le traité de l’Elysée, 50 ans après

    @ un eurofédéraliste

    Je serais plutôt enclin à garder les institutions telles qu’elles sont c’est à dire le système des votes à majorité qualifié. Pas un vote un Etat, mais un vote en fonction de la puissance démographique et financière (économique).

    Le leadership, dans les faits économiques c’est la banane bleue, elle traverse plusieurs pays de l’Union.

    Aussi appelée mégalopole européenne.

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