L’incertitude européenne

, par Pascal Malosse

L'incertitude européenne
Dessinateur : Frep Blog : Crayon de nuit www.crayondenuit.com/

Les mauvaises nouvelles s’enchaînent à un rythme que ni journalistes, ni les commentateurs des marchés n’arrivent à suivre. L’éclatement de la zone euro serait imminent. La création d’un noyau dur fédéral est la principale piste qu’étudient un nombre limité d’États européens dans une cacophonie historique.

L’incertitude la plus totale

Difficile de suivre le rythme : L’OCDE vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2012 dans l’Union européenne. L’agence de notation Moody’s annonce le risque de « multiples défauts souverains ». De l’autre côté de la Manche, les banques et les autorités publiques se préparent à l’éclatement de la zone euro. Les ambassades britanniques auraient reçu des consignes du Foreign Office pour aider leurs ressortissants en cas de fermeture des distributeurs de billets et en cas d’émeutes. S’agirait-il du traditionnel mépris des journaux britanniques pour la monnaie unique ? Ou faut-il vraiment s’inquiéter ?

Les investisseurs fuient la zone euro à une vitesse fascinante. Les taux des dettes souveraines espagnoles, italiennes, belges, françaises sont en train de doubler, voire de quadrupler. Les banques européennes ne se prêtent quasiment plus entre elles (sur ce que l’on nomme le marché interbancaire), comme pendant les semaines avant la faillite de Lehman Brothers en 2008. Elles réduisent leurs opérations et prêtent beaucoup moins d’argent pour financer l’économie réelle. Oui, il faut vraiment s’inquiéter !

Un noyau dur à moyen terme

La perception de la crise varie énormément d’un pays à l’autre. Le contraste est saisissant du côté allemand. Selon la Chancelière, Angela Merkel, il s’agit d’une crise grave, mais il ne faut en aucun cas céder à la panique des marchés et prendre des décisions à la hâte. Ses conseillers estiment que l’Italie et l’Espagne pourront tenir malgré des taux aux alentours de 7%. Un seul chemin est possible : A court terme, saigner les finances publiques des États les plus faibles pour reprendre le contrôle sur les finances publiques. A moyen terme, instaurer un noyau dur européen avec une surveillance renforcée des budgets nationaux. Et à long terme, accepter une mutualisation des dettes souveraines dans le cadre d’une petite fédération, avec les garanties démocratiques nécessaires. La Banque centrale européenne devra bien entendu rester indépendante et conserver la doctrine de la stabilité des prix. Un énième sommet de la dernière chance est prévu les 8 et 9 décembre pour entériner ces solutions.

Une question sans réponse

Une question effrayante reste cependant sans réponse : Doit-on continuer à appliquer la même méthode depuis 3 ans, dictée par les mêmes personnes déjà en place avant le début de la crise ? Les faits démontrent pourtant que rétablir les finances publiques de la Grèce en quelques mois par l’austérité n’était pas la bonne solution. La reconstruction d’un État grec sur une période de 10 ans aurait été plus plausible. Les faits démontrent également qu’un gouvernement de technocrates en Italie pour appliquer l’austérité n’a pas empêché la contagion. Étrange déni de bon sens. Nous assistons à un repli sur des dogmes qui devraient être remis en cause.

Wolfgang Munchau, président d’Eurointelligence, est l’un des analystes les plus pertinents sur la crise de la zone euro. Il propose une solution technique : 1) Une intervention illimitée et immédiate de la Banque centrale européenne. 2) La création d’eurobonds. 3) La création d’une zone fiscale intégrée, avec un trésor européen et des recettes européennes. Ces décisions sont à prendre dans les 10 prochains jours pour éviter l’éclatement.

Pour trouver des solutions à plus long terme, on devrait plutôt s’interroger sur la nature profonde de la crise, sur les déséquilibres mondiaux, sur la complexité de la finance, sur la concentration des richesses qui n’avait pas atteint un tel niveau depuis 1928. Peut-être devrait-on même s’interroger sur le sens de l’Histoire. En tout cas, une construction européenne fondée uniquement sur le contrôle budgétaire ne peut susciter que le rejet des citoyens. Ces derniers sont pourtant demandeurs d’une Europe qui les protège. Il est grand temps de les associer pour ne pas condamner le rêve européen. Et il ne faudrait pas associer que 6 ou 7 peuples. Mais bien les 27 qui sont déjà à l’intérieur et ont de grandes attentes.

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