L’ésotérisme et ses professionnels en Pologne et en France

, par Agnieszka Ferenc

L'ésotérisme et ses professionnels en Pologne et en France

La croyance en l’irrationnel représente un fait marginal ? La société contemporaine a donné une place importante à l’ésotérisme. Aussi bien en France qu’en Pologne, on peut observer une augmentation de la popularité de« l’irrationnel » et de ses professionnels, de plus en plus visible aujourd’hui : dans les journaux, chaînes de radio, ainsi que dans les sites internet spécialisés.

En France, il n’existe pas de formation officielle pour exercer en tant que voyant, astrologue ou magnétiseur. Toute personne peut s’autoproclamer et exercer dans un cabinet. Il y a donc une très grande hétérogénéité dans la profession, mais c’est une activité qui reste dans de nombreux cas légale : on paie des impôts (l’exercice de la voyance étant déclaré comme activité d’une micro-entreprise, ou bien comme simple emploi dans le domaine commercial).

En Pologne, comme en France les métiers ésotériques sont le plus souvent présentés par ses professionnels comme étant des métiers à vocation, reposant sur un don inné. Ce sont rarement des activités professionnelles initiales, mais plutôt des voies de reconversion. Fréquents sont les cas de femmes qui se sont professionnalisées dans le domaine, suite à un tournant dans leur vie : une crise personnelle, un divorce qui permet de « tourner la page » et souvent de quitter le statut de femme au foyer en transformant une passion pour l’ésotérisme en activité professionnelle.

Quelle formation pour les professionnels de l’ésotérisme ?

Il est difficile de dresser un profil social caractéristique de ces professionnels en France. Les situations sont très variées : un cartomancien élevé dans une famille de gens de voyages ayant arrêté ses études à 10 ans, un ingénieur qui s’est reconverti en magnétiseur, un animateur de gala qui pratique la chiromancie pour arrondir ses fins de mois...

En revanche, le profil des professionnels polonais de Cracovie est plus homogène, notamment sur le plan du parcours scolaire. Ils sont majoritairement diplômés d’un master, souvent en « science des religions » ou bien ont bénéficié d’une formation de l’école « psychotronique » (formation post-bac de 2 ans et demi censée former de futurs professionnels de l’ésotérisme). Plusieurs écoles de ce type ont vu le jour en Pologne, entre autres : L’école « psychotronique-Julian Ocharowicz à Cracovie - école de professionnels guérisseurs, tarologues, clairvoyants », le Collège « Psychotronique - Prometeusz » à Bytom. On trouve également des établissements similaires à Wroclaw et à Varsovie. Les programmes proposés dans ces écoles font penser à « Harry Potter », avec des matières peu communes (astrologie, histoire de la magie, rêves conscients, hypnose, chamanisme, tarot, ovnis-logis). Elles délivrent des diplômes qui n’ont certes pas une grande reconnaissance sur le marché du travail (ce qu’avouent les professionnels eux mêmes), mais qui permettent de bénéficier d’une formation officielle. Les professionnels polonais ont connu un « boom » au milieu des années 90 grâce à un nouveau règlement administratif apparu en 1995 qui a légalisé l’exercice des professions ésotériques en les classant comme « des services à la personne ou services commerciaux » [1].

Enfin reconnus comme de « vraies » activités professionnelles, ces métiers ont connu une croissance rapide. Sur le marché du travail polonais, on trouve environ 100 000 personnes qui exercent des arts divinatoires, et une médecine in-conventionnelle, qui attirent de plus en plus de « patients-clients » pour leur diagnostic rapide et « clair » et pour leur traitement plus « naturel ».

Les magnétiseurs et radiothérapeutes, souvent adhérents au « CECH » (une organisation chargée de l’encadrement et de la gestion des métiers artisanaux en Pologne), essaient de prouver leur fiabilité en obtenant des certificats ou des concours, qui indiquent leur niveaux d’aptitude.

Quel effet sur la société ?

L’ésotérisme est un domaine qui est en plein développement, aussi bien en Pologne qu’en France, où les adeptes sont de plus en plus nombreux. Mais sa popularité relève-t-elle plus d’un simple phénomène de mode, d’une quête de bien être, de sérénité, - un équilibre entre le corps et l’esprit-, ou cache-t-il plutôt des changements dans les structures de la société contemporaine ? Certains sociologues polonais comme Tadeusz Doktór [2] craignent une perte d’emprise des religions traditionnelles qui jusque là créaient des liens entre les individus [3] .

On a donc un risque d’individualisation, d’isolement social où les individus seraient auto suffisants spirituellement sans être associés à une institution. En France, on voit plutôt le bon côté des pratiques et croyances ésotériques. On l’explique par une recherche de spiritualité et par un bricolage religieux [4] . Nous avons en effet à faire à une nouvelle articulation de croyances et d’approches « insaisissables », où la spiritualité devient taillée « sur mesure »…

Notes

[1Journal officiel des lois et des décrets n° 48, paru le 11 mai 1995, point 253, p. 1.

[2DOKTOR Tadeusz, Le New Age et le fondamentalisme (in) BOROWIK I,

[3DOKTOR T, Le pluralisme religieux et moral en Pologne. Rapport de recherche, Cracovie 2001, p 213.

[4HERVIEU-LEGER Danièle, Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Flammarion, 1999

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