L’Europe à la croisée des chemins

intégration renforcée ou désintégration, telle est la question !

, par Philippe BERREE

L'Europe à la croisée des chemins
Crédits photos : Flickcc.bluemountains.net

Quel contraste ! Le 22 janvier 2013 était célébré le cinquantenaire du Traité de l’Elysée, symbole, après la déclaration Schuman de 1950, du rôle moteur qu’a joué le couple franco-allemand dans l’intégration du continent européen, après deux conflits mondiaux. Alors que les deux pays tentent de définir de nouveaux domaines de coopération accrue, le Premier Ministre britannique, manifestement mu avant tout par des préoccupations de politique intérieure, propose le lendemain même à ses concitoyens de se prononcer à l’horizon 2015-2017 sur une sortie éventuelle de l’Union européenne (UE) jugée insuffisamment démocratique et synonyme de contraintes, s’il n’obtient pas satisfaction dans des négociations « à la baisse ».

« To be or not to be » membre de l’organisation supranationale du continent européen qu’incarne l’Union européenne, tel a toujours été le tiraillement lancinant de la société et plus encore de la classe politique britannique. Membre à part entière, la Grande-Bretagne a souvent fait preuve d’un comportement ambivalent à l’égard du principe de solidarité qui régit le fonctionnement de l’UE, du rabais « budgétaire » aux clauses d’exemption sociale et monétaire. Il y a pourtant cette fois une contradiction majeure dans le positionnement de David Cameron. Soit il parvient à négocier un retrait des disciplines communautaires induites par le statut d’Etat membre à part entière de l’UE pour se « recentrer » sur le seul marché unique et cela porte un nom : l’Espace Economique Européen ! Soit le Royaume-Uni (y compris l’Ecosse ?) quitte l’UE, ce que permet le Traité de Lisbonne ! On ne peut en effet réclamer des concessions de ses partenaires dans le sens d’une réduction de ses obligations pour ensuite soumettre cette « adhésion au rabais » au suffrage populaire… « L’adhésion » à l’UE n’est pas un droit : elle implique d’emblée de partager « l’acquis communautaire » que constituent les valeurs et politiques existantes de l’UE, mais également son projet politique !

L’Union européenne a souvent progressé en temps de crise : celle qu’elle traverse depuis deux ans a ainsi conduit à accroître nos règles en matière de coordination et de contrôle des politiques budgétaires et économiques nationales au sein de la zone euro, tandis que le système financier fait progressivement l’objet d’une remise en ordre à travers notamment l’union bancaire en gestation.

Nous devons pourtant aller plus loin, de façon déterminée. Il ne s’agit pas tant de relancer le débat d’un point de vue strictement institutionnel, comme trop souvent par le passé, mais de définir l’avenir du projet européen, au-delà de la promesse historique de la paix et de la prospérité de notre continent : du périmètre de cette Union « plus étroite des peuples » européens, dans le respect de la diversité de chacun de ses membres, découlera alors seulement une ou plusieurs formes d’organisation de type fédéral. Déjà, la zone euro ou les coopérations renforcées prévues par les Traités actuels dessinent les contours de ce à quoi pourrait ressembler cette relance du projet d’intégration européen. Reste à en déterminer les politiques communes nouvelles et le niveau pertinent de décision ! Energie, environnement, immigration, harmonisation fiscale et sociale par le haut, mutualisation des dettes nationales et capacité d’emprunt de l’UE, politique industrielle, politique culturelle, défense européenne au service d’objectifs communs de politique étrangère… : tels sont, entre autres, les domaines sur lesquels nous sommes appelés à débattre, le plus largement possible. Cette réflexion ne peut se faire sans les citoyens européens : l’UE est en effet un « bien commun », au bénéfice de tous ses habitants. C’est le modèle économique et social européen, ainsi que son poids et son rayonnement dans la mondialisation, qui sont en jeu ici !

Aussi le Mouvement Européen-France appelle-t-il les gouvernements et les parlements des Etats membres, ainsi que les institutions européennes, à commencer par le Parlement Européen, à ne pas différer plus longtemps la question de la construction d’une Europe politique ! Il invite en outre les citoyens à se saisir de ce débat au cours de cette année européenne de la citoyenneté qui débute, afin que les vrais enjeux de l’avenir de notre continent soient au cœur de la campagne que mèneront les partis politiques européens en amont des élections européennes de 2014 !

Vos commentaires

  • Le 1er février 2013 à 15:44, par ChristainPascal En réponse à : L’Europe à la croisée des chemins

    Est-ce que si cette Europe là va mal, cela veut dire qu’il faut aller encore plus loin dans la même direction ?

    Je pense que non !

    Si l’Europe va mal, il me semble que c’est d’abord parce qu’elle s’est faite sans les peuples qui la constituent, elle s’est faite selon la méthode Monnet, de cabinet en commission, elle s’est faite par des traités entre dirigeants, sans que ce soit la volonté des peuples que de se fondre ensemble dans un melting-pot européen. Comme si les allemands étaient des européens exactement comme les autres, comme si les Italiens étaient des européens exactement comme les autres, comme si ce qui fait d’un Allemand qu’il est allemand, ou d’un Italien qu’il est Italien, était une tare de jeunesse, qui lui passera quand il sera grand, quand il sera européen.

    Non, Il y a une identité Allemande, une identité Britanique, une identité Francaise, qui font d’un Britanique autre chose et plus qu’un Européen habitant outre-Manche, d’un Allemand autre chose et plus qu’un européen habitant outre-Rhin.

    Et quand on veut effacer ces identités nationales, constitutives de nos peuples, il arrive un moment où les réalités nous rattrapent : Pourquoi l’Allemagne ne veut pas d’EuroBonds lorsque la Grève va mal ? parce que ce n’est pas l’intérêt de l’Allemagne et ce n’est pas l’intérêts des Allemands. Ce qui est légitime.

    Non l’Union Politique en Europe ne peut pas se faire (en tout cas pas avant longtemps) sur une base Fédérale. Il faut s’appuyer sur les identités nationales, seules réalités aujourd’hui constitutives de l’Europe.

  • Le 1er février 2013 à 20:37, par Fabien Cazenave En réponse à : L’Europe à la croisée des chemins

    @christainpascal : vous plaquez une vision du 19e siècle sur l’Europe d’aujourd’hui... Si je suis votre propos, il est illusoire de vouloir continuer à faire la France alors qu’il y a aussi une identité Bretonne, corse, alsacienne, chtimi, de l’Aunis, de la Saintonge, de La Rochelle ou de Rochefort... L’humain a des identités multiples. S’il peut-être à la fois, Rochelais, de l’Aunis, Charentais, du Poitou-Charentes et Français, pourquoi ne pourrait-il pas être Européen également ? Vous fixez arbitrairement une frontière établie autour d’un concept politique créé au 18e siècle... la France existait avant la Nation française, tout comme toutes les identités culturelles dont je parlais plus haut. Demandez à un Chinois la différence entre un Allemand et un Français s’il a toujours vécu en Chine... il sera bien embêté ;-)

  • Le 2 février 2013 à 16:03, par christainPascal En réponse à : L’Europe à la croisée des chemins

    Pourquoi l’Allemagne ne veut pas rembourser la dette greque ? Parce que ce n’est pas son intérêt. Ca c’est du réel bien d’aujourd’hui. Les nations existent. Alors on peut imposer une vision commune aux peuples européens sans tenir compte de leur avis, sans referundum. Ca ne sera pas la premiere fois. On l’a fait par les armes a certaines epoques, on peut le faire aujourd’hui avec le libre-echange, la competitivité, une monnaie Unique, puis la dette, et sous pretexte de cette dette dire ensuite que le budget doit etre piloté par Bruxelles. Cela s’apparente a une forme d’imperialisme. Ce n’est pas ma vision de l’Europe. Revenir a des provinces, aux duchés de Bretagne et de Bourgogne, et a la Champagne ca nous ramenerait pas mal en arrière. Alors pourquoi ne parler de la Lotharingie... Plutot que de l’Alsace Lorraine ?

  • Le 2 février 2013 à 18:37, par Jonathan Leveugle En réponse à : L’Europe à la croisée des chemins

    @christainPascal : Mais l’Europe ne se fait pas dans le dos des peuples. Il ne faut pas croire que le peuple ne s’exprime que par référendum. D’ailleurs nous ne sommes pas un peuple mais des citoyens.

    Nous sommes en démocratie dans l’Union comme dans chaque Etat membre. Les décisions sont prises par des dirigeants élus, c’est cela la démocratie représentative. Cela ne veut pas dire que tout fonctionne parfaitement, c’est pour cela que nous demandons de renforcer la démocratie européenne en élargissant les pouvoirs du PE et en votant directement pour le pdt de la Commission. Il faut aussi développer la démocratie participative, c’est pour cela que les citoyens européens ont maintenant la possibilité de mettre en place des initiatives citoyennes.

    Maintenant vous êtes sans doute anarchiste et contre toute démocratie représentative.

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