L’Amérique de Barack Obama II suppose une Europe plus forte

, par Jacqueline Grapin

L'Amérique de Barack Obama II suppose une Europe plus forte

Le moment approche où il faudra que les Européens réalisent que le dialogue avec les Etats-Unis, indispensable de part et d’autre, dépend beaucoup de leur propre capacité de se prendre en mains et de mieux contrôler ensemble leur destin. La réélection de Barack Obama ouvre une nouvelle phase dans le dialogue entre l’Europe et les Etats-Unis. L’Amérique a changé depuis son arrivée au pouvoir en 2008. Et lui aussi.

Parmi tous les facteurs qui modifient la relation transatlantique, la démographie n’est pas le moindre. Désormais la majorité des enfants qui naissent aux Etats-Unis ne sont plus blancs : ils sont Hispaniques, Noirs, ou Asiatiques. C’est grâce aux Hispaniques, aux Noirs, aux jeunes et aux femmes, que Barack Obama a gagné l’élection. La société américaine est devenue une société multiraciale dont la perspective, comme celle du président né à Hawaï, est mondiale et s’éloigne tout doucement des traditions européennes. Les nouvelles équipes choisies par Barack Obama sont plus jeunes que les précédentes et moins liées à la vieille Europe.

On le dit très peu, mais les agrégats économiques américains sont encore plus mauvais que ceux de l’Eurozone et de l’Union européenne. Le déficit public représente 9 % du PIB (contre 6,2 % dans la zone euro en 2011 et 3 % la limite recommandée par le traité de Maastricht). L’endettement de l’Etat américain était officiellement de 101,5 % du PIB la même année contre 82,2 % pour la zone euro, la norme du traité de Maastricht étant de 60 %. Contrairement à la Banque Centrale Européenne, la FED peut exporter une partie des problèmes de l’Etat américain en faisant marcher la planche à billets. Il n’en reste pas moins que les cordons de la bourse de l’Oncle Sam sont serrés, ce qui explique qu’il refuse de participer au sauvetage des Etats européens en difficulté, estimant qu’il appartient aux pays européens les plus riches de contribuer à leur redressement.

Le mot d’ordre à l’OTAN est « sharing and pooling ». On abaisse les voiles… Et il ne faut pas s’attendre que la base industrielle et technologique européenne s’en trouve renforcée. L’OTAN est désormais considérée par Washington comme une « boite à outils » dans laquelle il est possible de puiser pour soutenir des opérations hors de la zone d’origine de ses missions. Et alors que l’Alliance se transforme progressivement en corps expéditionnaire, les Européens seraient bien avisés de s’interroger sur les données réelles de la défense européenne.

Car le mot d’ordre à Washington est le bascul vers le Pacifique. Le nombre des troupes américaines stationnées en Europe est passé de 300.000 à 80.000 et va bientôt passer à 70.000, avec la suppression complète de forces blindées américaines en Europe. Vient aussi d’être décidée la suppression de 2 escadrons de l’US Air Force. Le quart des forces résiduelles américaines stationnées en Allemagne doit être rapatrié tandis que les bases dans le Pacifique sont renforcées, notamment en Australie, où s’installent 2500 « marines » et à Singapour où sont désormais basés 4 navires de guerre avec les équipements maritimes et aériens correspondants. Les relations avec des pays comme le Viet-Nam et les Philippines sont intensifiées. 60 % des navires de guerre américains, y compris six escadres dotées de porte-avions, seront stationnées dans la zone Asie-Pacifique en 2020.

L’optique américaine est maintenant de limiter les interventions armées, qui coûtent cher. Le nouvel équilibre dans le domaine de l’énergie change la donne. Grâce à l’accélération de la production de pétrole et de gaz de schiste aux Etats-Unis, l’approvisionnement entier du pays sera quasiment assuré d’une manière autonome dès 2020. C’est une révolution, non seulement énergétique et économique, mais qui bouleverse la perspective stratégique du pays, notamment en ce qui concerne son engagement au Moyen-Orient. Une nouvelle optique s’impose : « lead from behind ». Il s’agit d’utiliser de loin le potentiel européen au Moyen-Orient et en Afrique pendant que se construit l’endiguement américain autour de la Chine en Asie, région de plus forte croissance et d’importance géostratégique grandissante. Il est clair que l’Europe va devoir mettre les bouchées doubles…

Le premier voyage du Président Obama après sa récente élection a été en Asie ; pas en Europe. La négociation du partenariat Trans Pacific Partnerhsip lancée par Brunei, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour groupe désormais neuf Etats dont les Etats-Unis qui pilotent le projet. Ils ont récemment invité le Mexique et le Canada à s’y joindre. C’est la plus grande négociation commerciale en cours.

Alors que le Doha Round de négociations internationales a échoué, les Américains cherchent à se placer au centre d’un système d’accords de libre-échange régionaux dont ils seraient la clé, complétant notamment le Trans Pacific Partnership par un éventuel accord de libre échange des Etats-Unis avec l’Union Européenne. Berlin, Londres et le président de la Commission José Manuel Barroso, qui y voit un grand dessein de son second mandat, y sont favorables. La France est plus réservée, car elle est arcboutée sur ses objections concernant des sujets délicats comme la protection de l’audiovisuel et des appellations contrôlées, et ne désespère pas d’imposer la notion de réciprocité dans les négociations avec le grand voisin américain qui a toujours refusé cette approche sans que la Commission s’en offusque. Ce faisant son intérêt reste de jouer le jeu européen.

Ce qui est sûr, c’est que la relation entre l’Europe et les Etats-Unis va perdre de sa prépondérance, mais pas nécessairement de son importance. Car dans les circonstances actuelles la nécessité de renforcer ce dialogue est paradoxalement accrue pour deux raisons. La première est l’interdépendance de fait. Le potentiel réel de l’Europe est grand, même si elle s’acharne trop souvent à poursuivre un processus d’autodestruction. Les Etats-Unis et l’Europe sont toujours réciproquement leur principal partenaire pour le commerce et l’investissement, et leurs marchés représentent plus de 54 % de l’économie mondiale. Avec 3,6 milliards de dollars de commerce quotidien dans les deux sens, il s’agit de la plus grande relation commerciale du monde. Les investissements détenus par les Etats-Unis en Europe et par l’Union européenne aux Etats-Unis dépassent 3.000 Milliards de dollars. Ils contribuent à la création de 14 millions d’emplois de chaque côté. Les Etats-Unis ont investi aux Pays-Bas entre 2000 et 2010 neuf fois plus qu’en Chine pendant la même période…

Surtout, les enjeux mondiaux qui menacent l’Occident ne pourront être relevés si les Etats-Unis et l’Europe n’agissent pas de concert sur le terrain et dans les négociations internationales. C’est la condition de leur leadership au plan mondial. Il y a donc fort à parier que nos amis américains vont finir par se rendre compte qu’ils n’ont rien à gagner à s’éloigner de l’Europe. Et réciproquement, l’Europe devrait se rendre à l’évidence que son intérêt est de se reprendre, et d’offrir à Barack Obama un front cohérent et puissant. Car les Américains ne respectent que les forts…

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