Interview de M. Jean Leonetti : « Il faut accepter l’idée d’une Europe à deux projets »

, par Jonathan Leveugle

Interview de M. Jean Leonetti : « Il faut accepter l'idée d'une Europe à deux projets »
M. Jean Leonetti, Ministre des Affaires européennes Copyright : Services audiovisuels du Parlement européen

M. Leonetti était l’invité du Mouvement européen pour un café débat autour des 10 ans de l’euro. Le Ministre des Affaires européennes a rappelé la nécessité de préserver l’euro et d’avancer vers une réforme de la gouvernance économique européenne. Il a ensuite accordé une interview au Taurillon.

Dans son interlocution, M. Leonetti a rappelé que l’Europe traverse une crise grave, de laquelle elle essaye de se sortir. Les États européens n’ont pas la même analyse de la situation et des solutions à apporter. Pour la France, l’Allemagne et d’autres, il est nécessaire d’avoir plus d’Europe et plus d’intégration ; tandis que pour la Grande-Bretagne il en faut moins. Selon le Ministre des Affaires européennes, il faut accepter l’idée d’avoir une Europe, non pas à deux vitesses mais à deux projets pour que l’Union puisse avancer.

M.Leonetti a rappelé la nécessité de doter l’Europe de frontières si elle veut s’approfondir. L’Union doit mener une réflexion pour savoir sur quel espace elle se construira. Selon lui, l’UE est un même peuple partageant un destin, des valeurs et respectant des règles.

Hongrie

Vous avez rencontré le Ministre hongrois des Affaires européennes qui a montré des signes d’apaisement. Quelles mesures devra prendre la Hongrie pour « rassurer » la France ?

La France n’a pas à donner de leçons aux autres États membres de l’Union européenne mais reste vigilante au respect des traités. La Commission, qui en est la gardienne, a envoyé trois lettres qui appellent des réponses claires. Mon homologue M. Zsolt Nemeth m’a confirmé que la Hongrie souhaite se conformer strictement aux dispositions européennes et M. Orban rencontrera très prochainement M. Barroso pour lui rappeler cette volonté.

Et si les efforts fournis ne sont pas satisfaisants ?

Il y a une série de sanctions prévues. Mais nous ne sommes pas dans cette démarche. Le gouvernement hongrois est dans une volonté de conformité avec les Traités et je suis sur que la Commission n’aura pas besoin d’activer les sanctions successives.

Gouvernance économique

Dans votre description de la crise actuelle, vous avez souligné le fait que l’Europe doit franchir une nouvelle étape. Quelle est-elle ?

Les chefs d’Etat sont en train de négocier un nouveau traité qui devrait être signé avant mars. Il comporte un mécanisme d’aide et de solidarité, plus communément appelé le Fond monétaire européen et un mécanisme de convergence, de gouvernance et de discipline. Il mettra en place une « règle d’or » qui entrainera en cas de déficit des sanctions automatiques. Pour mettre en place la gouvernance nécessaire de notre monnaie unique, les États partageront leurs informations.

La convergence fiscale est aussi un élément du nouveau traité et notamment en matière d’impôt sur les sociétés qui devrait aboutir avant la fin du mois de janvier. Nous sommes donc en train de franchir une étape décisive.

Notre objectif et de rétablir la croissance, l’emploi et la compétitivité et l’équilibre pour y parvenir réside dans la discipline et la solidarité que nous sommes en train de mettre en place grâce à la règle d’or, au mécanisme européen de stabilité et à la gouvernance économique européenne.

Cette méthode intergouvernementale de gouvernance économique et budgétaire est pourtant mise en place depuis une dizaine d’années avec la Stratégie de Lisbonne. Pensez vous que cela pourra fonctionner grâce au nouveau traité ?

Nous n’avons jamais mis en place cette convergence. Nous l’avons proclamé mais jamais mise en place. Nous avions pris des engagements qui n’ont pas été tenus et il est maintenant nécessaire de mettre en place des sanctions.

Il faut savoir tirer les erreurs du passé. Les États bénéficiaient de la solidarité sans mettre en place une discipline budgétaire ce qui a abouti à la faillite de la Grèce.

Dans son communiqué de presse Standard & Poors explique que la perte du AAA français est due à un mauvais diagnostique des solutions à apporter à la crise actuelle. Le nouveau traité se limite à renforcer la discipline budgétaire. Selon cette agence, il ne répond pas au problème lié à la disparité des économies au sein de la zone euro. Pensez-vous qu’il permettra de réduire ces écarts ?

Selon ces agences, ce nouveau pacte ne permettra pas de rétablir la croissance, la compétitivité et l’emploi. Je ne partage pas cet avis. Je me permets aussi de rappeler que pendant toute une période nous avons été accusés d’avoir manqué de discipline et maintenant que nous en faisons nous sommes accusés de ne faire que ça.

Nous ne faisons pas de la discipline pour faire de la discipline, l’objectif du sommet de la fin du mois de janvier est de relancer la croissance et l’emploi. Pour y parvenir il faut une discipline budgétaire et une solidarité entre les États.

Commerce international

Vous avez évoqué le principe de « réciprocité » en matière d’échanges avec nos partenaires internationaux tels la Chine ou les États-Unis. Qu’entendez-vous par là ? Peut-on parler de protectionnisme européen ?

Au vu de l’ouverture actuelle du monde, de la compétitivité et des forces européennes en terme de démographie, de monnaie et de capacité économique, l’Europe n’a aucun intérêt à faire du protectionnisme.

En revanche, les échanges commerciaux doivent être loyaux. L’Union s’impose des règles qu’elle entend voir appliquées par les pays dans lesquels il y a des possibilités d’investir.

Le projet de Taxation des transactions financières (ou taxe Tobin) verra t il bientôt le jour et comment se traduira t il ?

C’est un projet consensuel et partagé par beaucoup de familles politiques. Je trouve qu’il est politiquement intelligent, économiquement efficace et moralement juste. C’est une fiscalité qui ne touche pas l’économie réelle et ne dégrade pas l’emploi.

La Grande-Bretagne n’est pas pour ce projet, il est donc nécessaire de mettre en place cette taxe au sein des pays européens qui le souhaitent. La chancelière allemande n’est pas opposée à ce projet tout comme un certains nombre de pays qui soutiennent cette idée. Il est d’ailleurs possible qu’elle voit le jour dans les mois à venir.

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