Afrique

Europe et maintien de la paix en Afrique : une approche originale

La volonté d’aider sans ingérence

, par Marie Molinié

Europe et maintien de la paix en Afrique : une approche originale

Après avoir récemment évoqué dans les colonnes de ce webzine la politique de l’UE en Afrique en matière d’aide au développement, nous vous proposons ici une série d’articles concernant sur le thème des relations « UE - Afrique » en matière de maintien de la paix.

L’idée générale de cette série d’articles serait de voir comment l’UE - qui aspire à devenir un acteur fort des relations internationales - conçoit-elle sa contribution à la paix en Afrique.

Son approche est-elle originale ? Lui permettra-t-elle d’être un acteur reconnu de la paix ? Tout autant de questions auxquelles seules des cas concrets de coopération UE - UA pourront apporter des débuts de réponses...

Une forte volonté européenne en faveur de la paix en Afrique

La justification première de l’implication de l’UE en Afrique, au-delà de la gestion d’une grave crise humanitaire, est sa volonté de nouer un véritable partenariat politique avec l’Afrique. Selon l’UE, ce rapprochement procède d’une solidarité naturelle justifiant un partenariat de fait entre ces deux organisations régionales. Au plan politique et institutionnel, l’UA en se construisant sur le modèle de l’UE, elle a choisi d’agir en faveur de la paix et de la prospérité en se dotant en 2004 d’un Conseil de Paix et de Sécurité, tout comme l’avait fait la CEE dès 1957. L’Europe s’intéresse depuis ses débuts au développement du continent africain. C’est en raison de cette similitude des objectifs et aspirations que l’UE justifie un devoir naturel d’aider l’Afrique. La stabilisation du continent africain est reconnue comme condition préalable à un développement économique durable et au respect des principes démocratiques et des Droits de l’homme.

L’UE conçoit sa collaboration avec l’UA sur la base du principe de l’appropriation africaine. Selon ce principe, il appartient aux Africains d’assurer eux-mêmes leur développement et la pacification de leur continent. Seulement, dans la mesure où l’organisation régionale africaine ne dispose pas des moyens nécessaires, moyens humains, matériels ou logistiques, ses partenaires, au premier rang desquels l’UE, se proposent de l’aider. C’est à l’UA de tout mettre en œuvre pour régler les problèmes que traverse actuellement l’Afrique. À charge pour les Européens, qui se veulent un pilier de l’aide au développement et du retour à la paix, de lui en donner les moyens nécessaires.

Équilibre entre aide et ingérence à trouver

Les justifications au principe de l’appropriation africaine sont multiples même. Elles relèvent de façon globale d’une certaine réticence de la part des États membres à intervenir militairement en Afrique. Pour certains d’entre eux, cela s’explique par le poids de l’histoire et leur passé colonial, pour d’autres, c’est le peu de capacités disponibles face à des besoins immenses qui constituent le principal obstacle. Pour d’autres enfin, l’Afrique ne présente aucun intérêt historique, géographique ou stratégique, et ne justifie donc aucunement que l’UE s’y investisse militairement.

La politique de l’UE en Afrique s’appuie ainsi sur un équilibre entre non-ingérence et non-indifférence. Il existe une volonté commune de voir les Etats africains jouer un rôle moteur dans la prévention et le traitement des crises et, parallèlement une volonté de soutenir cette implication.

Une approche originale en matière de maintien de la paix

L’Union envisage le maintien de la paix en abordant une approche autre que la simple approche militaire. Selon l’Union, le retour à la paix ne se fait pas uniquement par recours à la force mais procède davantage d’une politique de prévention visant à combattre à la source les causes, structurelles et conjoncturelles des conflits. L’UE insistera donc plus sur la prévention que sur le traitement des crises et priorisera, dans la mesure du possible, le civil sur le militaire. Elle se distingue en cela d’une logique d’action beaucoup plus « dure » qu’est notamment celle des Etats-Unis et de l’OTAN. Ces derniers préférant plus généralement l’outil militaire au dialogue.

Le facteur économique jouant un rôle important dans le déclenchement des crises, l’Union va concevoir sa politique de maintien de la paix en mettant en œuvre des programmes de développement économique.

En outre, au-delà de l’aspect aide économique, actuellement régie par les Accords de Cotonou de juin 2000, l’Union s’efforce de nouer un dialogue politique avec les Etats africains afin d’encourager la promotion de la démocratie, de l’Etat de droit et le respect des libertés fondamentales. Elle veille ainsi à l’évolution de la situation des Etats africains par le biais d’indicateurs de crise de sorte à pouvoir agir le plus rapidement et le plus efficacement possible en cas de troubles.

L’action de l’Union porte donc sur la prévention des conflits en s’attaquant à leurs causes profondes, en soutenant les initiatives locales de développement et de promotion de la démocratie, sur la gestion de crise par une intervention lors des phases aiguës des conflits, en appuyant les efforts déjà déployés, en aidant à la consolidation de la paix et à la reconstruction du pays.

C’est cette définition globale du maintien de la paix qui singularise l’action de l’Union en termes de maintien de la paix.

Le Multilatéralisme efficace

Autre originalité de l’Union européenne : le cadre dans lequel elle agit sur la scène internationale. L’UE agit selon la logique d’un « multilatéralisme efficace ». Elle n’agit pas unilatéralement mais veille plutôt à ce que son action soit coordonnée avec celle des autres acteurs présents. Qu’il s’agisse de l’ONU, de l’UA ou des organisations sous-régionales africaines, le principe est toujours le même : travailler de concert, en appuyant les efforts déployés et ce de façon coordonnée afin d’éviter tout doublon.

L’objectif visé étant bien sûr une plus grande efficacité de l’action menée. L’Union agit à la demande et sous l’aval des Nations Unies, n’impose pas mais propose ses solutions aux organisations partenaires et met tout en œuvre pour leur permettre de mener à bien leur action. C’est cette approche qui vaut aujourd’hui à l’UE une certaine reconnaissance [à défaut d’une reconnaissance certaine] sur la scène internationale, qui explique que l’ONU fasse appel à elle pour assumer ou appuyer une mission de maintien de la paix.

De la théorie à la pratique ?

Nous venons ainsi de présenter succinctement les principes phares de l’action de l’UE en tant qu’acteur de paix sur la scène internationale. À première vue, il s’agit de principes intéressants, confirmant tant l’originalité de l’UE que sa capacité à assumer pleinement le rôle de « pacificateur » de la planète. La réalité n’est cependant pas si idyllique.

Un exemple concret de collaboration entre l’UE et l’UA, au Darfour, prouve qu’au-delà d’une politique de maintien de la paix théoriquement séduisante, l’UE est confrontée à de nombreuses difficultés internes qui ruinent sa crédibilité auprès de ses homologues africains.

Illustrations :

Le visuel d’ouverture de cet article est une photographie tirée du site du service d’aide humanitaire de la Commission européenne.

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