Elections en Serbie : encore un référendum sur le rapprochement avec l’Union européenne

, par Dumitru Drumea, Olivier Laboulle

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Elections en Serbie : encore un référendum sur le rapprochement avec l'Union européenne

Depuis le 5 octobre 2000, la Serbie s’efforce d’asseoir la démocratie pour pouvoir prendre la voie de l’intégration européenne. Cette voie a été cependant difficile, parfois même très difficile.

Nouvelles élections, vieilles élections

Le 11 mai 2008, les Serbes ont eu encore une possibilité de la façonner en votant aux élections législatives, suite auxquelles il y aura la constitution d’un 5e gouvernement depuis 2000. En même temps que les élections nationales, celles régionales et celles locales ont eu lieu. Ce qui est remarquable, c’est que les résultats de ces élections sont très différents mais aussi très similaires avec les élections précédentes. Cela ne peut seulement arriver que dans un pays qui est en contradiction avec lui-même.

Les principaux prétendants étaient connus :
- le Parti Démocratique, dirigé par Boris Tadic, qui s’est présenté comme social-démocrate et qui a rassemblé plusieurs petits partis sur sa liste ;
- le Parti Démocrate de la Serbie, dirigé par Vojislav Kostunica et Velimir Ilic, se veut nationaliste modéré et parti se revendiquant proche du peuple ;
- le Parti Radical Serbe, dirigé par Vojislav Seselj, accusé de crimes de guerre par le TPIY et en incapacité de diriger la campagne électorale, et donc remplacé par Tomislav Nicolic, les deux formant le noyau dur du mouvement nationaliste ;
- le Parti Socialiste de la Serbie, dirigé par Ivica Dacic, l’ancien parti de Slobodan Milosevic ;
- et enfin le parti Libéral Démocrate de la Serbie, dirigé par Cedomir Jovanovic et qui se positionne sur la scène politique comme très libéral et proeuropéen.

Le spectre politique et les opinions des électeurs ressemblent donc beaucoup à celui de n’importe quel autre Etat européen. Mais cela n’est vrai seulement qui pour ceux qui ne s’informent pas de toutes les réalités si intéressantes et si vives de la scène politique serbe.

La donnée Kosovo

Ces élections viennent trois mois après la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo de la Serbie, soutenue par la majorité des pays européens qui ont reconnu la région comme un État indépendant. Cela a eu, comme prévu, un énorme impact en Serbie sur les citoyens, et a soulevé une nouvelle vague de frustrations et de protestations ainsi que des violences au mois de février.

Ce chaos politique a eu comme résultat la séparation entre les partis coalisés du gouvernement, ainsi qu’une division forte et profonde entre les Serbes. Personne en Serbie n’est content de l’indépendance du Kosovo et du fait que les États européens le reconnaissent. Les divisions qui ont façonné la campagne électorale cette fois, et qui continueront probablement de diviser les Serbes, faisaient s’affronter ceux qui pensent qu’il faut, malgré tout, accélérer le processus d’intégration de la Serbie à l’UE, et les autres qui pensent Belgrade devrait arrêter ce processus tant que l’UE ne reconnaît pas le Kosovo comme partie intégrante de la Serbie. Cette ligne de différenciation a été clairement reprise par les partis politiques et les élections se sont transformées en une sorte de référendum : pour ou contre l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne, quoi qu’il arrive au Kosovo.

Un choix nouveau pour la Serbie

Et c’est ici que la majorité des ressemblances avec les élections précédentes s’arrêtent. Aujourd’hui ce n’est plus la question de la division politique des partis, mais celle entre les patriotes et les traîtres, la Serbie des années 1990 ou la Serbie européenne, nationalistes ou ultra-nationalistes, croyants ou non-croyants… Beaucoup d’accusations, de mots durs, de campagnes de dénonciation et d’autres coups durs ont suivi. Auparavant amis et partenaires, certains sont devenus des ennemies. Mais ce n’est pas si mal malgré tout.

Un des résultats important de ces élections, c’est que les acteurs politiques ont clairement défini leurs positions. Avant, il y avait beaucoup de postures peu trop claires ou cachées, surtout de la part de Vojislav Kostunica. Il est resté Premier Ministre pendant 5 années consécutives, et même s’il a réussi à faire progresser la Serbie, cette politique est souvent considérée comme trop lente et timide en relation s’il voulait vraiment intégrer la Serbie dans l’Union européen (UE).

C’est ainsi que le 11 mai le peuple de la Serbie avait le choix entre :
- d’une part, la Coalition pour une Serbie européenne, dirigée par Boris Tadic et le Parti Libéral Démocrate de la Serbie, qui prônent une Serbie intégrée dans l’UE,
- d’autre part, le Parti Radical Serbe et le Parti Démocrate Serbe dirigé par Vojislav Kustunica qui ne veulent pas entrer dans l’UE sans le Kosovo et militent pour un renforcement du dialogue avec la Russie.

Il est clair que dans un tel contexte aura le Parti Socialiste de Serbie aura un rôle décisif, lui qui a essayé de parler d’autres enjeux, restant ouvert à toutes les idées des deux côtés.

Le résultat des élections

Et c’est ainsi que ça s’est passé, le 11 mai les Serbes ont voté et la coalition de Tadic a obtenu 102 sièges sur 250 au Parlement National, ce qui est une nette augmentation par rapport aux scores précédents et un résultat formidable. Les libéraux ont obtenu 14 sièges, le Parti Radical 78 sièges (ce qui correspond à peu près à ses résultats aux législatives précédentes) et le Parti de Kustunica obtient 30 sièges, 6% en moins par rapport à l’année dernière. Même s’il est clair que les partis proeuropéens ont gagné beaucoup de sièges et ont obtenu un grand soutien de la part des électeurs, l’opposition a quand même obtenu un nombre important de sièges dans le Parlement.

Finalement, cela rend le Parti Socialiste particulièrement attractif pour les autres, car en gagnant 20 sièges, c’est peut être lui qui va déterminer l’avenir de la Serbie. Les calculs sont simples : celui qui se rallie le Parti Socialiste constituera le nouveau gouvernement de la Serbie.

La question se pose toujours, mais des réponses vont être donnés dans les mois qui viennent quand on va savoir si le Parti Socialiste, qui a été tenu à l’écart du pouvoir pendant les huit dernières années, veut jouer le rôle clé dans la politique sociale et l’intégration européenne avec Tadic ou s’il est toujours obsédé par son passé nationaliste et n’a pas réussi à tourner la page ; dans ce cas, le Parti Socialiste Serbe se ralliera à Kostunica et Nikolic avec leur approche nationaliste.

Quel chemin va prendre la Serbie ? Cela reste la question…

Illustration : photographie de Boris Tadic, source : Wikipedia

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