Downing Street - De catastrophe européenne en catastrophe européenne...

, par David Soldini

Downing Street - De catastrophe européenne en catastrophe européenne...

Certes les britanniques avaient habitué l’Europe à une gestion calamiteuse des affaires européennes. Timide depuis toujours, la politique anglaise semble conditionnée par ce qui apparaît encore comme une faute originelle : avoir rejoint l’Union sans le vouloir vraiment et avec une opinion publique largement contraire à tout projet d’intégration. Et voici la présidence britannique confrontée à deux dossiers qui illustrent parfaitement sa difficulté à faire un choix clair en la matière : les prisons américaines en Europe et le budget européen.

Guantanamo en Roumanie...

Le premier dossier montre l’incompatibilité entre la politique étrangère britannique et les velléités unitaires européennes dans ce domaine. L’Europe, et en premier lieu la Commission européenne, pressée par l’Allemagne et la France, s’inquiète de la présence supposée de prisons, ou plutôt de centres de torture américains sur le sol européen. Ainsi, la CIA disposerait dans certains Etats européens de bases pour déplacer, enfermer, torturer, faire disparaître, des terroristes, ou supposés tels (puisque évidemment ils ne bénéficient pas de procès, ils ne peuvent être définit comme terroristes !). L’accusation est extrêmement grave et fait écho aux inquiétudes exprimées par le Parlement européen au sujet de la présence de bases Echelon (le grand système d’écoute internationale de la CIA) sur le territoire communautaire et notamment en Angleterre. C’est donc tour à tour les allemands, à travers le ministre de la défense puis des affaires étrangères et la Commission européenne à travers le Commissaire à la justice européenne F. Frattini, qui se sont émus de ces rumeurs, et ont demandé des explication rapides et précises aux autorités américaines. Face à eux le mutisme de Downing Street : la présidence britannique se cache honteusement et se tait. Est-il possible que le meilleur allié des Etats Unis dans sa lutte contre le terrorisme ne soit pas au courant des exactions américaines en Europe ? Est-il concevable que Blair ne sache rien des prétendus agissements illégaux et terroristes de ces amis d’outre-atlantique. Ni démenti, ni explication. Ni de la part de Washington, ni de la part de Londres. Le silence est total, ou presque. Car la première victoire européenne est la prise en compte de la demande formelle de l’UE de la part des autorités américaines. Une petite victoire, certes ; une victoire qui montre d’avantage l’embarras américains et la gravité extrême des accusations formulées que la force et l’unité européenne, freinées comme jamais par les ambitions de Blair et ses difficultés internes. Mais, bon, Downing Street vaut bien un Guantanamo...

Des fonds structurels encombrants...

Le second dossier est également sensible. Le budget européen, comme tout ce qui a trait à l’Europe actuellement, est dans l’impasse. La France et l’Angleterre bloquent égoïstement, tous deux refusant de mettre sur la table de négociations des avantages exorbitants. Les nouveaux Etats de l’Union, certainement pas les plus riches, avaient réussi a faire rougir de honte nos beaux représentants des pays riches lors du sommet présidé par le Luxembourg, en proposant, afin de boucler le budget, de réduire leurs propres subventions ! Mais, le ridicule ne tuant pas, cela n’a pas suffit et le budget n’a pas était adopté. Blair, jugeant la question presque insurmontable et après avoir fait un one-man-show remarqué au Parlement européen, semblait avoir mis la question de côté. Mais voici que pour redorer son blason, après les vives critiques internes auxquels il est exposé et après s’être fait critiquer durement par M. Juncker, le vertueux premier ministre Luxembourgeois, le preux ministre de sa Majesté la Reine, propose une solution pour boucler le budget rapidement. Plutôt que de toucher à la Politique agricole commune (ce que refuse la France, principale bénéficiaire) ou au rabais britannique (négocié par Mme Thatcher et toujours appliqué) il s’agit de diminuer, voir faire pratiquement disparaître, les fonds structurels, dont sont bénéficiaires les régions les plus pauvres de l’Union. Ainsi l’équation de M. Blair est très simple, plutôt que de demander aux Etats de donner plus, ou aux Etats riches de moins recevoir, on retire aux Etats pauvres le peu qu’on leur donne actuellement ! Et le merveilleux de cette équation, c’est que vu qu’ils sont faibles ils n’auront même pas la force de se plaindre. D’ailleurs, s’ils osent, la réponse est toute trouvée, dans la bouche d’un diplomate anglais : au Conseil européen de Bruxelles, huit d’entre eux s’étaient déclarés disposés à abandonner certaines subventions si ce renoncement pouvait faciliter une solution. Cela signifie naturellement qu’ils reçoivent trop et qu’ils ne sont pas capables d’utiliser au mieux leurs ressources... Autant les économiser.

Nul besoin d’être analyste politique pour comprendre le raisonnement blairien. Nul besoin d’être européen pour comprendre la mauvaise foi de l’homme de Downing Street. Blair ne croit pas en l’Union, ni en matière de politique étrangère, ni dans le domaine économique. Sa seule utilité reste l’organisation d’un marché au sein duquel les biens européens ou étrangers, produit avec des capitaux si possible britanniques puissent être écoulé avec facilité. Il semblait avoir jusqu’à aujourd’hui de solides alliés à l’Est de l’Europe, il se peut qu’à trop vouloir sauver sa peau et défendre l’indéfendable au sujet de sa politique étrangère calamiteuse, Blair perde également cela. C’est tout le bien que l’on peut souhaiter à l’Europe...

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Vos commentaires

  • Le 6 décembre 2005 à 07:43, par ? En réponse à : Downing Street - De catastrophe européenne en catastrophe européenne...

    Enfin en ce qui concerne les affaires anti-terroristes le premier ministre britannique a bien raison de ne pas se laisser intimider : ce n’est absolument pas de la compétence de l’Union et le rejet du traité constittuionnel a confirmé que la charte des droits fondamentaux n’a pas de valeur juridique.

    Après le 11 septembre à New-York et les attentats de Madrid et de Londres, je suis plutôt satisfait que des pays européens prennent leurs responsabilités dans la lutte contre le terrorisme. Toute cette affaire c’est une tempête dans un verre d’eau.

    Quant à ce qui concerne véritablement l’Union européenne et la présidence britannique du Conseil il est clair que c’est catastrophique,, mais on s’y attendait non ?

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