Citoyens d’Europe à l’étranger : un témoignage

, par Grégoire Henning

Citoyens d'Europe à l'étranger : un témoignage

Tout commence par une anecdote : m’installant à Chicago pour une vingtaine de mois dans le cadre de mon travail de thèse, je veux obtenir un permis de conduire de l’Illinois – chose relativement facile : un accord de réciprocité existe entre l’Illinois et la France, et sur présentation de mon permis français, je peux obtenir un permis américain.

Cependant, pour cela, je dois fournir une attestation d’authenticité, document attestant que mon permis de conduire français est bien réel et toujours valide. Pour obtenir ce document je me rends au Consulat français à Chicago. Je fournis les copies de mes permis de conduire et passeport, on m’informe que je recevrai l’attestation dans environ trois semaines. Rien de surprenant jusqu’ici, sauf qu’un collègue Allemand a suivi le même chemin quelques semaines plutôt. Et pour obtenir l’équivalent germanique de l’attestation d’authenticité au Consulat allemand, il lui aura fallu... une trentaine de minutes.

Il est surprenant de voir que deux documents équivalents, authentifiant des permis de conduire – nationaux, mais néanmoins de modèle européen [1] – soient si différents dans le temps nécessaire à leur obtention. Surtout qu’il ne s’agit pas là d’une demande de passeport ou d’inscription sur une liste électorale, mais juste d’un permis de conduire – d’importance moindre en Europe qu’aux USA où il constitue la seule forme d’identification officielle puisqu’il n’y existe pas de carte d’identité. Dans une Europe qui se voudrait proche de ses citoyens, on attendrait une plus grande homogénéité dans les procédures comme celle-ci entre les différents pays membres. Faire l’expérience d’une Union européenne qui s’adresse de la même façon à tous ses ressortissants lorsque ceux-ci sont à l’étranger serait une manière forte de montrer que l’Union existe non seulement dans les grands sommets politiques ou économiques, mais aussi au niveau du citoyen.

Bien sur, nous avons besoin d’une Union forte là où se prennent les grandes décisions internationales : au G20, à la conférence de Copenhagen, etc. Car une position unique, partagée par 27 pays représentant un demi-milliard d’habitants ne peut être ignorée. Mais cette Europe des hautes sphères politiques ou économiques ne peut être coupée des citoyens par des anecdotes comme celle qui m’est arrivée. A mon grand regret, je n’ai pas eu l’occasion de vivre pendant de longues périodes dans un autre pays membre – à l’exception de quelques mois en Italie il y a trois ans. Mais, ici aux Etats-Unis, face aux nombreuses démarches administratives de visa, d’assurance maladie, de permis de conduire, etc. je ne peux m’empecher de penser : « En Europe, cela serait plus simple »... Peut-être me trompé-je, mais cette aspiration pour l’Europe est réelle.

Dans mon expérience personnelle, c’est justement aux États-Unis que j’ai le plus ressenti mon identité européenne. D’abord parce que se rendre aux États-Unis c’est traverser une frontière, changer de monnaie, etc. autant de choses qui se font rares en Europe. C’est dans une Université américaine, entouré d’Américains, de Chiliens, d’Indiens, d’Israéliens, d’Allemands, d’Italiens, de Néerlandais, etc. que j’ai pu faire ce constat simple : quelque chose d’imperceptible nous rassemble, nous Européens. Entre Francais, Allemands, Italiens, etc. nous nous comprenons. Pas par un simple esprit grégaire qui nous pousse à rester entre nous, mais parce que véritablement, sans pouvoir mettre le doigt dessus, nous avons quelque chose en commun, un point de vue convergent sur notre expérience aux États-Unis.

Cela m’a permis de réaliser que pour les jeunes Européens, qui étaient encore enfants lorsque Maastricht a fait tomber les frontières, qui n’ont gagné leur vie qu’en Euros, l’Europe fait partie du décor, elle fait tellement partie du paysage qu’elle en est invisible, elle est aussi évidente qu’insoupçonnée. Elle ne repose pas seulement sur des grands symboles, mais sur de nombreux petits aspects de notre quotidien. L’Europe n’est pas faite que de grandes choses, mais aussi de petis détails souvent imperceptibles. Et c’est hors de l’Europe que ces détails, communs à tous les Européns, se font visibles et révèlent l’Europe à ses citoyens.

Illustration : photographie d’un consulat français aux États-Unis. Source : Wikimedia.

Notes

[1Les permis de conduire n’ont pas subi une complète harmonisation dans l’Union, un certains nombre de points restent à la compétence des Etats membres : http://ec.europa.eu/transport/road_safety/behavior/driving_licence_en.htm.

Vos commentaires

  • Le 6 décembre 2009 à 18:28, par french derek En réponse à : Citoyens d’Europe à l’étranger : un témoignage

    J’ai toujours cru que l’Allemagne était la plus grande bureaucratie du monde : mais voila ! vous avez découvert que c’est la France.

    Sérieusement, c’est vos derniers paras qui me donnent du plaisir. C’est vrai, pour les jeunes l’UE et l’Euro sont « normal ». Je veux que vôtre message être recu par toutes les politiques et autres qui faire des remarques désobligeantes des deux institutions.

    Merci.

  • Le 6 décembre 2009 à 23:55, par Lancelot En réponse à : Citoyens d’Europe à l’étranger : un témoignage

    Merci pour cet article ! Vivant à l’étranger je me suis fait le même type de réflexions... on sent vraiment quelquechose, un lien particulier avec les autres européens. Tout de suite, comparé à un chinois ou à un américain on sent qu’au final la différence entre un francais, un allemand un espagnol est bien tenue. Je pense que les bases d’une identité européenne existe, il sufirait de l’expliciter pour contribuer à la développer, mais explicitement qu’es ce qu’un européen ?

  • Le 7 décembre 2009 à 20:27, par Greg H En réponse à : Citoyens d’Europe à l’étranger : un témoignage

    Peut on vraiment « expliciter » une identité europénne ? Je ne suis pas sur, et qui s’en chargerai ? Mais on peut l’expérimenter. En rencontrant d’autres européens ou en s’expatriant pour prendre du recul, alors on découvre ce lien qui existe entre Francais, Allemands, Finlandais, Polonais, Grecs, ... Il faut aussi donner des opportunités aux jeunes de faire par eux même cette expérience.

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