British Council, Institut Cervantes, Goethe Institut, Institut Français : et pourquoi pas un Institut Européen ?

, par Sophie Mascaret

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British Council, Institut Cervantes, Goethe Institut, Institut Français : et pourquoi pas un Institut Européen ?
L.H.O.O.Q. , Marcel Duchamp, 1919 (détail)

Le 12 juillet 2010, le Parlement français adoptait le projet de loi relatif à l’action extérieure de l’Etat portant création d’un nouvel établissement public industriel et commercial. L’objectif de cette réforme : accroître la visibilité de l’action culturelle de la France à l’étranger, jusqu’alors dispersée entre les services culturels des ambassades, les centres culturels, les instituts culturels…, en créant un interlocuteur unique.

L’Espagne disposant des Instituts Cervantes, le Royaume Uni des British Councils, l’Allemagne des Instituts Goethe, la France voulait son Institut Victor Hugo, ce sera finalement l’Institut Français.

L’effort de rationalisation de cette réforme est difficilement discutable. On peut néanmoins s’interroger sur le manque d’ambition et de volonté réelle de rationalisation de la politique culturelle internationale des Etats membres de l’Union européenne. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi n’aurions nous pas pour ambition la création d’un Institut Européen ?

Pallier le manque de visibilité de l’UE à l’international

Bien que représentée à l’étranger par les délégations de la Commission européenne, l’Union souffre d’un déficit de visibilité.

Au sein de ces délégations, des « working groups » réunissant les représentants des ambassades concernés par la thématique (culturelle, universitaire, linguistique) s’organisent. Si l’initiative est louable, elle n’en demeure pas moins critiquable par les limites de son champ d’action et ses défaillances en termes de représentativité des états membres de l’UE. En effet tous les pays de l’Union n’ont pas les moyens de développer un réseau diplomatique aussi « universel » que celui de la France.

D’autre part, la Délégation peine souvent à initier et coordonner des actions communes, face à la vision purement étatique des représentants. Si la participation financière de l’un est plus importante que celle d’un autre, il s’assurera de tirer des avantages conséquents sous peine de se retirer du projet. Autant dire que la vision communautaire de la Délégation a de grandes difficultés à s’imposer sur le terrain.

Parallèlement, le système des European Union National Institutes for Culture (EUNIC) est un partenariat établi entre les organisations publiques nationales exerçant leurs compétences dans le domaine du développement de projet culturel et de coopération. Il s’agit par exemple de travailler ensemble à l’organisation de manifestations culturelles.

Ces partenariats ne sont certes pas négligeables puisqu’ils permettent par exemple la mise en place de semaines thématiques sur l’Europe (festival de films européens…). Mais la faiblesse de ce système est qu’il ne prend pas en compte les différences de moyens des Etats membres de l’UE et n’encourage en aucune façon une réelle solidarité entre eux.

Une fois de plus l’interétatique prend le pas sur le communautaire.

Mutualiser les moyens pour accroitre l’efficacité des projets

Au-delà des disparités de moyens entre Etats membres, se pose la problématique de la baisse continue du soutien financier public aux institutions culturelles. Recherches de financements extérieurs et partenariats sont vivement encouragés pour continuer à faire vivre le réseau.

Le choix politique de conserver l’universalité du réseau français à l’étranger a un prix et l’on peut se poser la question de savoir si l’on dispose réellement des moyens de notre ambition. La création d’un Institut Européen pourrait permettre de ne pas avoir à faire ce choix cornélien et d’offrir cette universalité à l’ensemble des partenaires européens.

Le fonctionnement des Instituts Européens (personnel, locaux,…) pourrait être financé par le budget européen. A charge, ensuite, à chaque Etat d’investir sur la mise en place d’évènements culturels ciblés.

L’UE interviendrait ainsi, via l’Institut Européen, en appui logistique des projets culturels élaborés par les Etats membres. Cela engendrerait d’importantes économies d’échelles, économies qui pourraient dès lors être réinvesties directement sur les projets.

Cette organisation permettrait d’une part à des Etats comme la France de conserver son principe d’universalité tant chéri et d’autre part à l’ensemble des partenaires européens d’en bénéficier. Ne négligeons pas le rôle de la diplomatie culturelle dans l’établissement de partenariats économiques et politiques avec les pays où elle s’exerce.

Il est simplement question, dans un esprit communautaire, d’offrir à chacun la possibilité de nouer des partenariats et de mettre en place des projets culturels, linguistiques, universitaires avec les pays étrangers.

En somme : un compromis assurant une certaine équité entre les états membres et laissant à ces derniers une pleine liberté dans la définition de leur politique culturelle.

Participer à la construction d’une identité européenne

Mais l’intérêt premier qui découlerait de la création des ces Instituts Européens n’est pas financier. Cette réforme participerait à l’accroissement de la visibilité et de la crédibilité d’un « vivre ensemble » européen.

C’est grâce à l’identification par nos partenaires à l’étranger de l’existence d’un projet et d’une identité européenne que pourra se développer l’appropriation de cette identité par les Européens.

Car après tout, est-ce que la construction et l’assimilation d’une identité, d’une appartenance ne passe pas aussi par sa reconnaissance à l’international ? Ne se sent-on pas vraiment européen quand un Australien, un Chinois ou un Brésilien nous parle de notre Union ? Cet élan de contentement alors ressenti ne témoigne-t-il pas de notre sentiment d’appartenance à une communauté ? Ne s’approprie-t-on pas davantage l’UE quand on est en dehors de l’UE ou en contact avec « l’hors UE » ? Une sorte de recul nécessaire pour prendre conscience d’une évidence.

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