Refuser le noyau dur européen

, par Pascal Malosse

Refuser le noyau dur européen

Dans la panique générale, les gouvernements des pays encore solides de la zone euro sont tentés de se replier sur eux-mêmes. L’accord du 26 octobre 2011 a montré les limites des moyens disponibles pour le sauvetage des pays faibles.

Le refus d’une Union composée de cercles concentriques

Depuis deux ans, les européens ne maîtrisent pas le cours des événements. Ils parviennent à gagner du temps au fil des accords bricolés, mais ne s’attaquent pas aux racines du mal. Il n’est pas facile d’accompagner un changement de système ! La zone euro et la nature même de l’Union européenne est en question. La tentation est désormais très grande de créer en toute vitesse un noyau dur autour de l’Allemagne. Cette vision de cercles concentriques apparaît aux yeux des pragmatiques comme la plus réaliste. Une nouvelle Union avec une mutualisation des dettes souveraines, un président élu au suffrage universel, le contrôle des budgets nationaux, des sanctions de la Cour de Justice pour les pays trop endettés (CJUE) et la consolidation fiscale comme politique économique. Autour du noyau, se rattacheront comme ils le pourront les plus faibles, en acceptant telle ou telle partie du nouveau traité.

Cette vision de plus en plus probable serait une erreur monumentale, la destruction de tout ce que nous avons entrepris depuis les années 50. L’Angleterre serait naturellement exclue du noyau dur. Sans la présence cette dernière, les pays scandinaves refuseraient sans doute à leur tour de s’engager. Un tel noyau dur susciterait également l’incompréhension de tous les peuples d’Europe centrale : La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, la Slovénie, les pays baltes et les pays des Balkans qui ont fait tant d’efforts pour nous rejoindre, n’auront pas les moyens financiers d’entrer dans le noyau dur. Cette coupure est dangereuse. Les écarts sociaux et économiques se creuseront et abattront l’espoir d’un continent européen solide et solidaire. Posez-vous la question : où se trouvent la créativité, le potentiel d’innovation, une jeunesse qui en veut, la volonté d’oublier un passé malheureux ? Ou se trouvent les derniers euro-optimistes ? Chez les nouveaux États membres !

Enfin, les fameux PIIGS - la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie - qui n’arrivent pas à sortir du cercle vicieux de l’insolvabilité risquent de se retrouver exclus. Dans ce cas, qui restera t-il ? Va t-on revenir à l’Europe des 6, à l’Europe des 4 ? Celle qui est rongée par le pessimisme.

Redonner une vie au projet européen

De plus, le noyau ne serait pas si « dur » que le souhaitent les pragmatiques. L’Allemagne est elle-même sur le point d’entrer en récession. La France a de fait perdu son triple A et va mettre en œuvre l’austérité qui la plongera à son tour dans une spirale infernale. Créer cette nouvelle Union dans l’urgence nécessitera également de bafouer tous les fondamentaux démocratiques. Une création intergouvernementale sans la moindre pédagogie risque de déboucher rapidement sur une crise sociale et politique majeure. L’Union ne peut se fonder sans un rapprochement des identités, sans la participation des peuples qui sont pourtant demandeurs d’Europe et que les gouvernements craignent tant.

Alors que pouvons-nous faire ? Notre continent réuni est la première puissance économique au monde. Nous avons les meilleurs infrastructures, les meilleurs services publics, la meilleure éducation si nous combinons nos forces. Il faut accepter le grand désendettement global d’une manière douce et ordonnée en maintenant ce à quoi nous tenons le plus. Il faut délimiter le rôle de la finance au seul soutien de l’économie réelle. Élever le chômage des jeunes européens en priorité absolue. Et surtout se débarrasser de tous les dogmes vieux de 50 ans. Utopiste me direz vous ? Non, il s’agit de survie. Et si nous ratons, nous seront la risée des futures générations qui se demanderont qui étaient ces abrutis des années 2010.

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Vos commentaires

  • Le 20 novembre 2011 à 13:43, par Vulcan78 En réponse à : Refuser le noyau dur européen

    Tout le problème qui se pose aux peuples européens actuellement est : jouer la partie contre « la crise » seuls ou collectivement. La tentation première naturelle est l’égoïsme et le chacun pour soi. Alors que la meilleure solution dans le contexte de la mondialisation est sans discussion possible le jeu collectif et solidaire. Mais ceci à une condition essentielle : le capitaine de l’équipe européenne doit être crédible et unanimement soutenu par les peuples. Il ne peut pas et ne doit pas être un politicien partisan corrompu et mafieux. Il doit au contraire avoir la compétence, le profil et la crédibilité d’un Saint. C’est ce « profil » de rassembleur intègre qui fait défaut. Les chasseurs de têtes peuvent se mettre au travail...

  • Le 21 novembre 2011 à 15:48, par T S En réponse à : Refuser le noyau dur européen

    Une Union version « noyau dur », une Union plus fédérale, avec un président élu, dont l’équipe gouvernementale serait confirmée par le Parlement européen, ne serait en aucun cas une menace pour la survie de l’Europe. Il s’agirait en tout état de cause de créer les Etats-Unis d’Europe après avoir lancée une assemblée constituante (alternativement le Parlement européen pourrait s’auto-déclarer assemblée constitutante après les élections de juin 2014) afin de rédiger un nouveau traité, simplifiée, donnant aux Etats-Unis d’Europe une souveraineté économique, fiscale et budgétaire. Tout pays pourrait les rejoindre immédiatement, selon les règles constitutionnelles en vigueur dans les pays respectifs. Ces pays adopteraient alors l’Euro, la seule monnaie de cette fédération. Si la Grande-Bretagne ne voulait pas adhérer (ainsi que les pays scandinave), et bien je peux vous garantir que la majorité des pays de l’Est le feraient. Le refus des pays « anglo-scandinaves » de mutualiser davantage les moyens européens, ne devrait pas empêcher la création de ce nouvel ensemble politique. Cette configuration a déjà eu lieu dans le passé, avec le refus du Royaume Uni et autres d’adhérer à la CECA et la CEE. S’il y a 50 ans les Pères fondateurs des Communautés européennes avaient pris cette initiative afin de relever l’Europe et de péréniser une paix si fragile, nous devrions aujourd’hui comprendre qu’il est dans l’intérêt, national et européen, de lancer la création des Etats-Unis d’Europe afin de non seulment garantir la paix sur notre continent, mais aussi pour rationaliser le fonctionnement de notre continent et éviter son naufrage économique.

  • Le 22 novembre 2011 à 13:14, par Pascal Malosse En réponse à : Refuser le noyau dur européen

    Cher T.S, Si tout se passe comme vous dites, en effet, les Etats-Unis d’Europe seraient une belle reussite : Une Union inclusive, le Parlement europeen en assemblee constituante (ou une convention) et l’adhesion des pays d’Europe centrale. Cependant, l’urgence et la panique semble indiquer que nous prenons une autre direction : l’exclusion de nombreux pays et la methode intergouvernmentale. Esperons que c’est plutot la premiere vision, celle qui n’est pas un noyau dur mais un « large centre federal », qui l’emportera...

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